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Ça raconte Sara.

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Khash Hmv

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Ça raconte Sara. La fille au beau visage. La plus belle fille du village. De belles courbes, de la chair bien où il en faut. Tous se retournent à son passage. Qui pour son gros fessier, qui pour son doux et envoûtant parfum, puis à nouveau pour cet imposant derrière.
Ça raconte Sara. La fille du grand boutiquier du village. Elle marche la tête haute, le menton bien en vue. Très consciente de son sex-appeal, elle fout en rogne les jeunes filles du village. Et même les mères au foyer !
Sara raconte comment elle en a joué. Comment il lui suffisait de faire des yeux doux pour avoir argent, téléphone, bijoux, pagnes de haute qualité. Aux “N’approche plus jamais mon homme, toi!”, elle répondait “Tu devrais lui ôter les yeux, toi”. Elle les tournait tous en rond. Elle n’avait pas 5 prétendants, mais des centaines. Si l’on devait compter les jeunes du village, leurs pères, ceux du village voisin, les hommes de familles alliées à sa mère et son père, les connaissances de son père. Tout le monde chantait Sara, la belle Sara.
Son père en avait marre de les chasser à coups de tapettes lancées. Il a donc adopté les fouets, puis les chiens, puis des gars bien baraqués. Rien n’y fit. Sa mère avait des migraines, rien que d’entendre le prénom de sa fille dans la bouche d’un mâle. On aurait dit qu’elle était maudite, d’avoir tous ces prétendants. Oui, sa mère ne voyait pas de bénédiction là.
À sa mère qui voulait qu’elle fasse des études, elle répondait par un long “tsuuuiiipppsss”. Je n’ai pas besoin d’aller à l’école. Je sais lire et écrire. Je sais compter. J’ai le BAC, c’est suffisant. Et surtout, je suis belle comme la lune. Les hommes sont à mes pieds. Je dis, et ils obéissent.
Avec son père, qu’elle aimait beaucoup plus, elle ne pouvait s’empêcher de s’ennuyer, le trouver trop lourd, à la limite “chiant”. “Ecoute ta mère, ma chérie. En continuant tes études tu auras plus d’argent. Et de par toi-même. Aucun homme ne contrôlera ta bourse”. J’y penserai, qu’elle répondait.
Ah Sara. Conscientise toi vite, Sara.
La vois-tu, là-bas ? Oui, c’est bien elle. Sara. Mais comment a-t-elle pu autant changer ? Il paraît que l’homme auquel elle s’est enfin attachée était un arnaqueur... Tu sais, je devrais me taire sur cette affaire, mais l’homme avait la maladie des 4 lettres : le SIDA. Et elle a de sérieux problèmes désormais avec son appareil génital.
La nouvelle a fait le tour du village. Partout, ça raconte Sara. Lorsqu’elle apparaît, tout son dossier est à nouveau à découvert : SIDA, hépatite C, cancer du col de l’utérus. Et toutes ces autres petites maladies. Plus personne ne veut l’approcher, la saluer. Sans le sou désormais, sans aucune activité en plus, elle ère dans le village. Les corps de ses parents décédés n’ont pas eu le temps de refroidir que les familles s'accaparaient tous leurs biens.
Sara n’a que 21 ans. Elle se sent pointée du doigt. On ri à son passage. Elle ne comprend pas... Elle ne voit pas. Son visage vieilli laisse tout de même voir ses très beaux traits d’antan, bien que ses courbes soient désormais égales aux brindilles de balai. Lorsqu’elle comprend que le village entier est désormais au courant de sa vie, elle s’enferme dans sa chambre et prend cette bouteille cachée sous le lit.
Il y a bien longtemps qu’elle y pensait, mais là, elle ne peut plus supporter.
Ça raconte Sara, la belle fille du village. Celle qui s’est finalement suicidée avec de l’acide.
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