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Finaliste
Jury

Déprimé jovial, pessimiste plein d'espoir, passionnément dilatante, activement oisif... Une tranche de rire (jaune) entre les deux faces de ma médaille en chocolat, et je serai momentanément  [+]

Image de Automne 19

Bébert est content. Pour une fois, chose rarissime, un cours l’a intéressé : la leçon de science-nat. Ce trimestre les élèves vont devoir constituer une collection d’insectes et l’heure a été consacrée aux modalités du projet qui comptera pour beaucoup dans la moyenne finale. Il s’intéresse aux insectes et il va s’investir à fond dans l’affaire. Il va étonner tout le monde : le prof, bien sûr, qui le considère plutôt comme un glandeur, ses copains, pour qui il est avant tout un gros déconneur et surtout ses parents, à qui il ne fait pas toujours honneur ! Aujourd’hui, exceptionnellement, il a écouté religieusement les explications du professeur.
Comment les capturer, ça en gros, il le sait déjà, mais a glané quelques astuces intéressantes.
Comment les tuer, là, il a déjà bien plus que des notions mais des méthodes assez personnelles. Par exemple, il tue les mouches posées sur le mur avec un élastique tendu à mort qu’il relâche en visant à la bonne distance. La bestiole a peu de chance d’éviter de finir en tache sur la cloison du salon ! Cela rend folle, sa mère, mais surtout ce n’est guère applicable dans le cadre d’une collection d’insectes, qui bien entendu, présentera des spécimens entiers et autrement plus exotiques et prestigieux que des mouches à merde en bouillie !
Comment les présenter, ça, il pense pouvoir le faire avec art et originalité, car il est plutôt adroit de ses mains et sait ne pas être dénué d’un certain sens artistique.
Mais aussi comment les conserver. Et là, c’est autre chose, car il apprend qu’il y a certaines précautions indispensables, ce dont il ne s’était pas douté une seconde ! C’est certes moins compliqué que la conservation des momies égyptiennes, mais tout de même – trouve-t-il – assez technique. Il faut entre autres mettre un certain produit chimique dans les boîtes avant de les exposer. Le professeur l’a écrit au tableau : du paradichlorobenzène. Cela ne coûte pas très cher, semble-t-il, et se trouve en principe chez le droguiste, le marchand de couleurs, comme disent ses parents. Le terme assez est compliqué et Bébert se l’est répété de nombreuses fois avant d’être capable de l’énoncer sans accroc : Para, Paradi, chloro chlorobenzène, paradichlorobenzène... Pas facile, mais il arrive maintenant à énoncer le mot barbare aussi spontanément que s’il discutait du dernier Zambla avec ses potes. C’est donc tout fier et sûr de lui qu’il rentre dans l’antique boutique du droguiste. Le carillon de la porte annonce son arrivée alors qu’un bouquet d’étranges odeurs lui indique qu’il est bien dans le commerce adéquat. Le boutiquier en blouse bleue, campée derrière son comptoir lui demande :
— Et qu’est ce qu’y veut l’jeune homme ?
— Bonjour monsieur, est-ce que vous auriez du paradichlorobenzène en réserve s’il vous plaît, j’en aurais besoin assez rapidement.
Ouf, il a débité sa tirade d’une traite, de façon tout à fait naturelle, et n’est pas peu fier de lui. On pourrait croire qu’il emploie des vocables scientifiques à longueur de journée. Très impressionnant !
Le marchand ne bronche pas, se retourne, saisit un paquet de cellophane contenant des boules blanches qu’il jette négligemment sur le comptoir :
— Et voilà mon p’tit gars, un paquet d’antimite.
Bébert prend le petit air supérieur des érudits face aux ignorants. Après tout ce n’est qu’un petit droguiste de quartier qui ne connaît pas le paradichlorobenzène et n’a certainement jamais eu à satisfaire une telle demande !
— Pardon, vous m’avez mal compris, je désire du paradichlorobenzène, c’est un produit utilisé par les entomologistes pour conserver les arthropodes...
— Oui, de l’antimite, c’est de l’antimite, regarde, c’est marqué dessus. On peut dire aussi du dichlorobenzène, mais c’est toujours de l’antimite.
Le garçon sent une vague de chaleur monter de ses entrailles jusqu’à ses joues qui soudain sont aussi rouges que s’il avait pris un coup de soleil au deuxième degré. C’est Hiroshima. Il bredouille :
— Ben oui... je sais, bien sûr... j’avais mal vu... Bon je vous dois combien ?
Il s’empresse de régler les quelques francs à l’homme et s’enfuit honteux en sentant un regard ironique lui transpercer le dos. Il n’est pas prêt de le revoir celui-là. Jamais, jamais plus !
Il ravale son humiliation, et maudit le prof de science-nat, ce crétin qui ne peut pas parler comme tout le monde ! Il n’a plus qu’à espérer que sa mère ne voie pas qu’il a acheté des boules d’antimite, il ne saurait pas lui expliquer pourquoi il ne lui en a pas demandé, vu qu’elle en a toujours un stock et qu’elle en met dans tous ses placards...

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jean pierre blanc · il y a
C'et vraiment formidable !! pourquoi doner des noms ompliqués à des chose qu ont déjà
un petit nom commun ,plus facile à retenir ,surtout quand on 'est pas un fort en maths ou en chimie !!
l'eau c'est H2O
le chlore c'est Chl
le verre c'est C6 h22 O11
la soude caustique c'est Na O H !!
heureusement t , je préferre les vraies lettres , la littérature française ou internationale !!
l'anti mite , on s'e souvient du nom ,au moins !!
texte épatant et trés drôle !! bravo !!

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M. Iraje · il y a
"La chimie pour les nuls". Chapitre I. ☺☺☺ !
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Virgo34 · il y a
Bonne finale !
un conseil : Il vous faudrait remonter vos textes en compétition à l'aide de l'ascenseur pour être plus visible.

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Sylvie Neveu · il y a
Un sourire et mes voix en soutien
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Fred Panassac · il y a
J’avais bien ri et profité d’un cours de chimie gratuit, je revote avec plaisir en finale pour cette formule à coucher dehors et qui néanmoins est au placard ! Allez 5 boules de plus !
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Patrick Gibon · il y a
ainsi va la vie!
moi les mouks je les flinguais avec une carabine à bouchon fléchettes, mon record dans les 150 en une journée mais bon!
je fus chimiste éphémère par la suite et je rigole sur le para... comme Einstein qui demandait toujours -véridique- de l'acide ortho acétyle salicylique quand il avait mal au crâne, dans une pharmacie!!! parce que il ne se souvenait jamais du nom simple que tout le monde connait... au fait lequel, les moulons?

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Bartho Lomé · il y a
Ravi de rencontrer un collègue grand chasseur de mouks ! 150, pas mal, pas mal...
et la réponse au quiz, c'est l'aspirine ? J'y bon ?

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Patrick Gibon · il y a
bin sûr tout bon!
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Viviane Fournier · il y a
Oh un joli sourire en vous lisant ! Superbe de vraie légereté dans cet instant de vie qu'on vit mal quand on le vit ! bravo et belle chance !
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michel jarrié · il y a
5 voix pour Bébert.
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LES HISTOIRES DE RAC · il y a
EXCELLENT, je vais tacher de m'en souvenir pour le ressortir lors de diners avec des gens pompeux, sûre que ça fera mouche !
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Chantal Sourire · il y a
Tout mignon, ce Bébert, je vote !

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