C'était un jour...

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Et la littérature vaincra  [+]

C'était un de ces jours où l'on se levait facilement, car on savait que la journée serait merveilleuse. Non pas à cause d'un pressentiment bizarre et irréel, mais bien parce qu'on allait être l'instigateur de cette merveille. C'était un jour parfait. Le soleil de l'aurore se levait sur l'horizon, les rues semblaient désertes, le monde toujours endormi. J'aimais ce silence, cette ville au repos. Ah ! Que ce calme m'avait manqué ! Depuis que j'avais perdu mon travail, je me sentais dériver. Je ressemblais à la cohorte de gens qui erraient, sans but, dans les rues. Je me levais tard, me couchais tard, je vagabondais seul dans la ville. Cette vie m’oppressais toujours un peu plus. Elle semblait dénuée de sens, sans mon travail, elle ne valait rien. Mais aujourd'hui, je retrouvais le calme dans ma ville. Il était à peine cinq heures du matin et le monde m'appartenait !

***

C'était un de ces jours où on appréhendait de se lever, car on savait que la journée serait mauvaise. Non pas à cause d'un pressentiment bizarre et irréel, mais bien parce que la vie semblait si ennuyeuse que la journée ne pouvait être qu'un désastre. Tous les jours se ressemblaient. L'aube arrivait et déjà, il fallait se lever. Les rues étaient calmes, trop calmes. Je préférais l'effervescence des heures de pointes à ces boulevards désertiques d'où aucun bruit ne parvenait. Depuis que je travaillais, je me sentais dérivé, perdu. Je me levais toujours très tôt, me couchais trop tôt, abandonnant les plaisirs crépusculaires avec mes amis. Ma vie ne me ressemblait pas, avec ce travail, elle ne valait plus rien. Aujourd'hui encore, je venais de me lever, d'enfiler mon uniforme et de quitter mon appartement pour vivre un nouveau jour routinier.

***

C'était le jour le plus court. Enfin, il y avait de fortes chances pour que ce jour soit très court. Une dernière fois, je repris le chemin que j'empruntais tous les jours quand je travaillais. Je passai devant la boulangerie, laissant l'odeur de pain envahir mes narines, croisa le facteur qui débutait sa tournée, puis dis bonjour à ce livreur qui déposait les légumes frais devant la jolie épicerie. Cela m'avait manqué ! Cela pouvait paraître quelconque au commun des mortels mais cette routine matinale m'importait beaucoup et on me l'avait enlevée. Aujourd'hui ma revanche arrivait. Je me postai devant mon ancien bâtiment, il ne me restait plus qu'à attendre...

***

C'était le jour le plus long. Nous étions le vingt et un juin et je promenais mon regard sur le vieux musicien qui jouait de l'accordéon dans le métro. Aujourd'hui était son jour, le jour de tous les musiciens. Cela aurait pu être aussi le mien mais j'avais dû arrêter la musique dès le premier jour de mon travail, faute de temps. J'aurais tant aimé pouvoir vivre de mon art mais la condition artistique est rarement parfaite. Mes mélodies semblaient bloqués dans les profondeurs de l'oubli. Un travail « normal » m'était obligatoire pour vivre. J'attendis quelques minutes sur le quai miteux avant de voir ma rame arriver. Le trajet ne prenait pas beaucoup de temps mais je trouvais toujours le moyen de m'assoupir, je n'étais décidément pas du matin. Comme chaque jour, la gentille veille dame, dont le nom m'échappait toujours, me réveilla doucement à hauteur de mon arrêt. Je lui souris en la remerciant, comme à mon habitude, puis je quittai la station pour rejoindre mon bâtiment...

***

C'était le meilleur des jours. Tapis dans l'ombre, je vis mon remplaçant entrer dans le bâtiment. Il n'avait même pas l'air heureux ! Il venait de me voler mon travail et il ne semblait même pas en être content ! Je ne comprenais pas comment il pouvait être malheureux, il avait un travail, une importance. Moi, je n'étais plus rien. Mais aujourd'hui, tout allait bien et j'allais pouvoir revivre, j'allais rentrer dans mon bâtiment. Je vérifiai les environs une dernière fois avant de sortir mon arme de ma poche et de passer ces portes coulissantes, au couinement amusant, qui scelleraient mon destin.

***

C'était le pire des jours. Je me présentai devant ce bâtiment immonde, l'ouvrit à l'aide de ma clé puis rentrai par les portes coulissantes. Que ce couinement pouvait m'agacer ! Des années que ça durait m'avait-on dit, quand pourrais-je enfin quitter ce bâtiment ? J'appuyai machinalement sur le bouton de la machine à café, il fallait que je me réveille ! Avant tout autre chose, je me traînai jusqu'au coffre où je pris mon arme de service. Je détestais cette arme, je n'aimais pas la violence, ce job d'agent de sécurité commençait tellement à m'étouffer ! Je la rangeai rapidement dans mon étui avant d'apercevoir un vieil homme passer les portes. Que les heures lointaines d'enregistrements de ma musique me manquaient ! J'étais né pour être un artiste, un musicien et non un agent de sécurité.

***

C'était le jour du courage. Je m'avançai rapidement vers la réception, ignorant ses injonctions contraires. Je le vis prendre son arme alors je levai la mienne. Je ne savais pas encore comment ce jour allait finir mais ils m'avaient viré alors moi j'eus le courage de tirer.

***

C'était le jour du courage. Le vieillard s'avança vers moi. Je lui ordonnai de s'arrêter mais il refusait de m'écouter. Je retirai mon arme de son étui, rien de mieux qu'un pistolet pour effrayer les vagabonds. Il continua de se rapprocher avant de lever un objet vers moi. De peur, je tirai sur lui avant de le reconnaître, c'était l'agent qui m'avait devancé, parti à la retraite il y a bientôt deux mois.

***

C'était mon dernier jour. Sa balle venait de me perforer le thorax, le sang coulait doucement. Je mourais lentement le sourire aux lèvres, je mourais dans mon bâtiment !

***

C'était mon dernier jour. Sa balle venait de me toucher en plein cœur, mon corps s'écroula lourdement. Sentant la fin arriver, je pris un dernier souffle et je murmurai « Je n'ai qu'un seul souhait : que quelqu'un se souvienne de mes mélodies... »

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