Brouillard au bord d'elle

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Image de Automne 2015
À travers les néons martelant du bistro, je creuse mon évasion. Malgré le fait qu'une cocotte me dévisage, j'ingurgite d'une traite le malt de mon Scotch sans glace. Douze ans d'âge, le début des problèmes. Le cul de mon verre tape contre le comptoir poisseux et déjà la soif me gagne à nouveau. Une danseuse, que dis-je, une ballerine, s'élance jusqu'à moi mais je n'ai le courage de dresser les paupières jusqu'à son visage. Corps de nymphe, poitrine bombée. L'enfer s'agite sous mes mirettes. Les méandres sont si nombreux que je ne saurais où m'engloutir. Les tournées s’enchaînent, les mots désinhibent, naissent nus entre la parure de ses lèvres. Néanmoins, je ne les écoutes pas, le brouillard trop épais de mon trouble m'empêche de comprendre son langage. Ma gitane fume et ses yeux se plissent. Une figure endolorie par les années d’excès. Elle minaude qu'il se trouve un motel peu coûteux sur le trottoir d'en face. N'ayant dès lors envie de l'emmener nulle part, je fais celui qui divague. Douce amertume d'une nuit d'insomnie. Pourtant, je la suis. À pas hasardeux dans le quartier des supplices, mon attention s'éloigne sur le clignotant de l'enseigne d'une de ces épiceries qui ne dorment jamais. L'aube est proche mais la nuit s'élève encore assez haut pour ne rien y voir. Dans l'ascenseur miteux, grimpant étage par étage à coup moins frénétique que sec, je savoure mon ignorance. Sol collant, otage d'une tapisserie en loque, le couloir grouillant de vermines, s'affaisse sur une porte qui m'ouvre ses cuisses en grinçant. Elle jette ses breloques au pied du lit et son sac à main se déverse sur la moquette fumante. À demi-nu, le voile se lève encore suffisamment pour que je puisse y trouver repos. Taille marquée, chevelure flamme. J’inhale, non sans une certaine exaltation, le parfum d'une rose déjà flétrie. La douleur se dissipe à deux pas des étoiles tandis que mon cœur s'atrophie comme une pompe sèche. Il n'y a rien de plus à espérer, demain sera gris comme les quelconques cendres qui s'écrasent sans un bruit sur la frêle assiette d'un festin consumé.











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