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Brisée

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Romane

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Ses plaintes désespérées et vaines résonnent encore dans mes oreilles, son sang chaud et poisseux resteras une image gravé dans ma rétine, puis ma peau n’oublieras jamais la sienne, étreindre quelqu’un à lui en briser les os.
Une rue déserte, quatre hommes, des hurlements rauques, des insultes sales, puis un cris et des bruits de pas s’enfuyant. En jetant un regard sur cette scène je perdis l’équilibre, mon corps céda. C’était la première fois, la première fois que mes jambes se dérobèrent de la sorte. Une sensation de vide, de solitude, d'incompréhension puis de folie. Ma tête tourna, mon corps parcouru de spasmes incontrôlables et violent. Je sentis un goût acide dans ma bouche, un autre spasmes me plia en deux, mes mains reposant sur le sol glacée et humide de cette petite rue. Je ne pus me retenir, je re-crachais tout ce que j’avais dans le ventre, j’aurais aimé cracher ma haine et ma tristesse, mais non, ça s'était insinué au plus profonde de mon esprit à présent. Tout mes muscles trembler, ma voix était bloqué dans ma gorge, je voulais hurler mais une boule m’en empêchait. Des secondes s’écoulèrent, mais pour moi ça avait l’air d’une éternité. Je sentis quelques choses d’humide rouler sur mes joues, des larmes, mes larmes.
Mon esprit se refusait à comprendre la moindre chose, je relevais la tête péniblement, du sang, ce fut la première image que je vis. Je me releva, titubant et trébuchant comme un nouveau né. Je m’accroupis, mes mains tremblaient, mon corps tremblait, mon esprit tremblait. Plus rien n’avait de sens, je regardais l’étendue des dégâts, un couteau, du sang, une plaie, des supplications. Qu’est ce que je devais faire ? Une voix hurlait dans ma tête “Réagis putain, réagis il va mourir si tu ne fais rien !”. Machinalement je pris le t-shirt de l’homme, retirant le couteau, le jetant de toutes mes forces le plus loin de moi. Mes mains se placèrent sur la plaie, je n’avais plus de force et pourtant il m’en fallait, il fallait que le sang s’arrête. Je forçais en lui répétant “vous inquiétez pas, ne vous inquiétez pas, je vous promet ça ira”. Je n’y croyais pas une seule seconde, mais il fallait malgré tout. Sa voix tremblante me dit “Je ne veux pas mourir”, mais qui veut mourir ? Je veux pas que tu meurs non plus. Le sang continuait à couler, pourtant je lui disais d’arrêter, je faisais tout pour que ça s’arrête... Il reprit la parole une dernière fois “Je sais que je vais mourir, je te connais pas mais merci.” Non non non ! Il n’a pas le droit de mourir, pas maintenant, pas des mes bras !
Et pourtant si, il finit de se vider de son sang sur mes mains, sur mon corps, il ne respirait plus. Je lui criait de respirer, je le supplier de pas mourir, pas maintenant, pas aujourd’hui, pas ici, pas avec moi. Et pourtant si, il est mort là dans cette rue, contre moi, sans que je puisse le sauver. Je le serrais contre moi, pleurant et criant, je refusais de le lâcher, c’était ma faute. Une main me saisit, me demandant de le lâcher, on devait partir, fuire, pas de témoin, pas nous en tous cas. Je refusais de le laisser là, mon ami me saisit, et il s’enfuit dans l’ombre en me portant, alors que je continuais à crier à m’en déchirer les cordes vocales.
Puis huit heures sont passées sans que je puisse prononcer un mot, sans que la moindre personne ne puisse me toucher ou me parler, sans qu’une seule fois mon corps et mes larmes cesses.
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