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Branle pas de combat !

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Jonathan Itier

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Deux douzaines de CRS noirs, remuants comme des blattes, se ramassaient dans la rue St Jacques. Je n’étais pas le seul mec avec le crâne ratiboisé, mais dans ma zone de protestation –pas loin du métro du musée médiéval- l’étudiant avait le capillaire plutôt cascadant et s’affichait logiquement extrême-gauche... Juste de quoi se sentir un peu de côté, et observer à l’aise.

Pendant l’hiver 2004 l’art dramatique de la manifestation avait atteint des sommets de frénésie. Comme la jeunesse ne craint pas le ridicule, on lui avait donné les moyens de s’émouvoir en beauté : les pancartes, affichettes, slogans de pubs dansaient sur le boulevard saint Michel avec la fausse grâce des meetings politiques. Mais tout le monde se foutait de ce déploiement théâtral, qui n’était qu’un prétexte de plus au relâchement des mœurs, à la désaffection des salles de cours, au mépris généralisé des institutions –forcément toutes autoritaires, étroites et si mal foutues qu’on avait dû les fermer toutes d’un seul coup...même pas moyen d’acheter des cigarettes ! Moi je n’étais qu’un paumé supplémentaire qui hélait à l’unisson... A cette époque-là je crois me souvenir qu’une amie m’avait laissé une profonde entaille, comme avec la pointe d’un couteau sur l’écorce d’un fruit pas mûr, et que je cherchais dans la communion des bestiaux qui braillaient sur la gueule de leurs parents depuis 45 la consolation d’être entendu, recherché, aimé peut-être ? Il paraît qu’on fait de belles rencontres dans les manifs....

A un moment la faction la plus agacée des étudiants, qui s’enhardissaient depuis deux heures au son des tambourins de cette guerre d’intellos, s’est engouffrée goulument dans la rue St Jacques pour atteindre les fenêtres de la Sorbonne, et s’y planquer comme un seul gros rat en attendant... quoi d’ailleurs ? Je n’ai jamais su. Trois jours plus tard les forces de l’ordre les ont vidés comme des malpropres terrorisés, et retour direct à la case maman, rue des Dragons, etc, que du germanopratin de bonne souche catholique, rentrés bien tranquilles au fond du lit.

Quand tu en recroiseras quelques-uns, dans ce beau 6ème , enlacés dans les bras de leurs bonniches normaliennes, poses-toi un peu cette question, juste parce que ce texte t’as plu –oserais-je dire par gratitude- ouais demandes toi si, par hasard, on se foutrait pas un peu de notre gueule ?

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