Boulevard de l'Ecole de la Vie

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Psychologie du personnage  [+]

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La route dont je souhaite vous parler n'est pas comme les autres, c'est ma route. Le choix du pronom possessif ne cache aucune fatuité quoique l'on puisse en penser; ma route est la seule que je connaisse par cœur. Elle est le décor de mes habitudes. J'y ai vu le désarroi d'un homme perdu, qui, se grillant une cigarette sur les coups de 23h, ne semblait pas mécontent du faible crachin qui caressait son être. Le genre de crachin peu commun qui vous permet de rester dehors quand la lune brille encore.
Cette route semblait être le point de rendez-vous de toutes les âmes perdues.
J'y ai d'ailleurs vue l'absurdité de l'homme vivant qui allait mourir, "Le Rêve de Cassandre" qui se profilait sous mes yeux.
La route dont je vous parle est à sens unique; dois-je y voir un rapprochement avec la vie? C'était, en tout cas, la philosophie de Mr Henri.
Je suis allée l'observer car il m'intriguais avec son parapluie ouvert alors que le soleil asséchait une bonne partie du vivant. Considérez que la route est vivante. Il la foulait de ses pas, chaque jour, tel un illuminé.
Et il me raconta l'histoire de sa vie, la symbolique des lieux et l'usage du parapluie.
Mr Henri était troublant, et sa démarche décadente.
La démence n'était plus le bon qualificatif. Je me trompais, c'est sa banalité qui faisait sa beauté.
Je me rendais compte que de près ou de loin ceux que je croyais désœuvrés étaient difficilement abordables, absorbés par leurs pensées.
Cette route m'apprit la signification réelle du mot solitude. Cet état que l'on croit si présent du moment que l'être n'est pas accompagné par l'un de ses semblables.
Quand j'ai vu ce trentenaire jouait à la guitare du radiohead ; j'ai pensé à la solitude. L'énergie cinétique des voitures dépassait largement l'énergie déployée à jouer. Puis je compris; cet homme ne cherchait pas de public, cet homme cherchait du plaisir, et sa guitare l'y aiderait. La femme que j'ai vue sortir de l'hôpital de ma route l'autre soir, n'était pas seule. Son ventre était arrondi, la vie grandissait en elle.
Cet autre que j'aperçus, ne marchait plus droit, il hoquetait, bien amoché, et l'alcool mettait fin à sa solitude. Ma route avait vu naître l'amour de gens civilisés. Je me rappelle de cette femme pleurant, puis dans mon cadre, cet homme pleurant, et leur étreinte fut belle, dévastatrice.
Ma route abritait le regard de mille passants et pourtant beaucoup venaient s'y réfugier. Il y naissait de ces passions interdites.
Cette route que je faisais mienne, devenait leur, nôtre.
Une nouvelle pièce se jouait chaque jour, chaque soir, devant mes yeux sur le boulevard de l'école de la vie. J'étais spectatrice et je m'intéressais à la sensibilité des personnages.
Ma route avait été construite par l'homme et se révélait propice à la psychanalyse de celui-ci. J'aimais beaucoup ce terrain, un terrain vague.
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