Bouffée de chaleur

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Je passe le plus clair de mon temps à écrire lorsque je ne voyage pas. Et même si je voyage! J'ai été quatre fois finaliste du Prix Hemingway, publiée par les Editions du Diable Vauvert. J'ai  [+]

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Elle s’en souvenait comme au premier jour. C’était en Grèce. Au mouillage devant l’ile de Scorpios, chez les Onassis, quand ils avaient recueilli ce couple et qu’en une nuit tout avait basculé. Et puis qu’elle les avait surpris dans la chaleur moite de l’été, cette fille et lui, en train de faire l’amour sur le pont, debout contre le mat d'artimon.
Elle s’était tue alors, ses ongles enfoncés dans la chair de ses bras, étouffant ses pleurs, ses cris, sa détresse. Elle n’en avait rien oublié. C’était toujours là, comme si c’était hier. L’accostage. La bagarre avec le type qu’il avait laissé sur le carreau. La fille et lui courant sur le quai de ce petit port pour attraper un autobus. Leurs rires dans leur fuite. Ses supplications à elle. Ses larmes. Elle avait bien cru qu’elle en mourrait. Avec le temps, elle avait appris à surmonter tout ça. En y laissant un peu de soi comme lorsqu’on crève à petit feu sans vraiment en mourir.
-C’est loin derrière, de l’ancien, il lui a dit.
Ils étaient jeunes. Lui, avait décidé de vivre libre, sans entraves, au jour le jour. Il croyait en sa vie bohème qui ne devrait de comptes à personne.
-Je regrette, si tu savais, comme je regrette. Pardonne-moi.
Il la prit dans ses bras. Elle ne se déroba pas. Elle l’embrassa du bout des lèvres. Comme s’il s’agissait de la première fois ou plutôt comme le faisait, toute en retenue, la professionnelle du sexe qu’elle était devenue, réservant la mouillure de sa bouche, sa langue, à l’homme de sa vie. Il sentit le rythme de sa respiration s’accélérer lorsqu’elle fit glisser sa robe fourreau le long de son corps, mettant en évidence ses seins pleins et oblongues embarqués dans un écrin rouge finement dentelé.
Son sexe durcit.
-Je suis fou de toi, il répéta. Fou.
-Je suis heureuse de te retrouver. Ça fait tellement longtemps. Peut-être que... Crois-tu que nous pourrions?...
-Non, prenons les choses comme elles viennent. L’embêtant avec les « peut-être », ce sont ces tonnes d’illusions qu’ils charrient.
Il fit glisser une main sur son buste et la referma sur son sein. Il le pétrit. Il sentit le mamelon se tendre. Elle se cambra.
Elle réalisa qu’il était vain de faire des projets, d’envisager un quelconque avenir avec lui. Il était tel qu’il avait toujours été. Elle en savait plus sur son compte que ce qu’il en connaissait lui-même.
Alors, ce serait comme elle l’avait imaginé quand il lui avait annoncé sa venue. Cela avait germé comme une promesse qu’elle se serait faite. Après, elle le savait, elle irait jusqu’au bout.
- S’il n’y a pas d’avenir chéri, au moins prenons le parti d’en vivre...
Elle mit la main sur son sexe. Il ferma un instant les yeux.
Quand il les rouvrit elle avait entièrement fait disparaitre sa robe fourreau noire. Ses dessous rouges. Elle lui apparut entièrement nue. Elle était encore plus belle qu’il ne l’avait imaginée au cours de toutes ces années.
Elle sourit en se collant à lui. Ses yeux brillaient. Sa voix prit des inflexions languides.
-Allonge-toi sur le lit. Ne bouge plus. Ne dis plus rien. Et ne fais pas un geste. Surtout pas un geste.
Il fit ce qu’elle dit. Il s’allongea les bras en croix, ferma les yeux, s’abstînt de trop penser à tous ces hommes qui s’adonnaient à elle, jour après jour, sur ce lit. Avec les mêmes gestes, les mêmes mots. Tous ces rendez-vous d’amours sans amour qui y défilaient.
Il lui sembla qu’il se laissait glisser dans un bain chaud et doucereux et qu’il en sortirait comme un jeune enfant, apaisé et docile. Il s’arcbouta contre elle lorsqu’elle le prit dans sa bouche.
Il jouit vite.
Il fut gagné par une torpeur inhabituelle, peut-être la chaleur étouffante, l’air confiné de la pièce. Il s’assoupissait. Il comprit qu’il était plus las qu’il ne l’était réellement. Elle s’allongea à ses côtés, en lui murmurant à l’oreille une comptine russe de son enfance.
Elle prononça aussi quelques mots dans sa langue natale qu’il ne comprit pas, où il était question de four de cuisinière, de porte ouverte, de brûleurs allumés. De gaz qui les surprendrait bientôt dans leur somnolence.
Elle se colla un peu plus à lui. Puis elle chantonna à voix basse.
Tant qu’elle le pût.

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Patricia Saccaggi · il y a
Tout en douceur...
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JARON · il y a
Bonsoir Danielito, une belle vengeance, c'est chaud, chaud, un texte bien écrit, mes voix sans hésiter. Si vous avez un instant pour découvrir "mondes parallèles" merci d'avance et belle soirée.
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Françoise Mornas · il y a
Érotisme torride avant le brasier final... Et des phrases intéressantes, par exemple : elle en savait plus sur son compte que ce qu'il en connaissait lui-même... Savoir donne le pouvoir...
Également en lice, si vous voulez passer...

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Patmarch Patmarch · il y a
Une vengeance à la hauteur de ce que la fille a enduré, c'est ce qui fait l'intérêt et la force de ce texte
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Patmarch Patmarch · il y a
Une vengeance à la hauteur de ce que la fille a enduré, c'est ce qui fait l'intérêt et la force de ce texte
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Patrick Peronne · il y a
Chaud décliné sur tous les modes...
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Virgo34 · il y a
Bien fait pour lui !
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Mikael Poutiers · il y a
Ah, la vengeance des femmes. Toujours chaud, chaud, chaud...
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Danielito · il y a
chaud devant!