Bonne nouvelle !

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Elle était montée à Filles du Calvaire. S'était assise sur un strapontin près de la porte et s'était immédiatement plongée dans son livre. Elle portait une petite robe noire qui allait à merveille avec sa peau café au lait, avec plus de café que de lait. Mais ce n'était vraiment pas le moment de regarder les filles.
J'avais pris le métro à Bastille pour me rendre à un rendez-vous qui allait peut-être révolutionner ma vie. J'allais enfin rencontrer Lili, la jeune fille avec qui j'avais sympathisé -et même un peu plus- un mois plus tôt sur un réseau social. Je ne me rappelle plus par quel ami d'ami j'étais tombé sur son profil, mais je me rappelle avoir été attiré par cette belle black aux yeux verts. Comme je ne savais pas trop comment l'aborder, j'avais envoyé un message censé la faire sourire : « Elle arrivait des Somalies, Lili ? » La réponse n'avait pas tardé : « Lol, elle arrive de Genève. » Lili était Helvète.
Ainsi commença une relation qui allait m'enchanter de jour en jour. Je sortais d'une rupture amoureuse et mon petit cœur meurtri trouvait dans nos échanges une diversion bienvenue. Lili me changeait les idées avec son humour décalé et sa bonne humeur communicative. En quelques jours, j'étais tombé sous le charme de la jolie Suissesse.
Aujourd'hui, 25 novembre, c'est le grand jour : nous avons rendez-vous au Vieux Grenadier près du métro Bonne Nouvelle. Au fil des jours, la sympathie avait cédé la place à une amitié amoureuse que j'espérais réciproque. La veille, nous avions eu notre premier échange téléphonique : « Tu es sûr que c'est une bonne idée ? » m'avait-elle demandé. «  Non, mais le 25 c'est la sainte-Catherine et on dit qu'à la sainte-Catherine, tout prend racine ! » Elle avait ri de bon cœur et accepté à une condition : « Sois à l'heure. Tu sais, en Suisse on ne plaisante pas avec la ponctualité. » Tu parles que je serai à l'heure !
République. Le wagon se vida de quelques voyageurs et au moment où les portes se refermaient, trois jeunes gens agités montèrent en forçant les portes, faisant tomber au passage le livre de la Fille du Calvaire.
L'un d'eux le ramassa et le lança à l'un de ses amis en rigolant bêtement. Le bouquin passa de mains en mains sans que la jeune fille ne parvienne à l'atrapper. Le jeu semblait réjouir les trois lascars jusqu'à ce que l'un d'eux en change les règles : il se mit à caresser le visage et les cheveux de la fille avec l'ouvrage. « Allez, attrape ! » Et il redoublait d'un rire gras à chaque tentative de la pauvre jeune fille.
Dans le wagon, tous regardaient ce qui se passait, personne ne bougeait. La tension montait en flèche. J'étais révolté mais incapable de réagir, comme sidéré par la violence de la scène. Tout cela se passait si vite. J'avais vu à la télé plusieurs reportages sur la passivité des témoins généralement observée dans ce genre de situation. Comme tout le monde, je m'étais dit que si je me trouvais un jour face à une agression de ce genre, je saurais trouver le moyen de m'y opposer. J'interviendrais, je gueulerais, j'exhorterais les autres voyageurs à se joindre à moi pour neutraliser les agresseurs. A cet instant, je me trouvais exactement en présence d'un tel acte et je demeurais pétrifié.
Au moment où le leader de la bande entreprit de fourrer le livre entre les jambes de la fille en faisant des grimaces salaces, il se passa quelque chose en moi que jamais je n'avais ressenti : je me précipitai vers les trois agesseurs et les écartai en hurlant : « Foutez-lui la paix ! Laissez la tranquille ! ». Aussi étonnés que je pouvais l'être du tour que prenait la situation, les trois voyoux se firent menaçants : « Eh, cousin, t'es qui toi ? C'est ta femme ? T'as un problème ? » Pour toute réponse, je flanquai un grand coup de pieds entre les jambes de celui qui se trouvait juste en face de moi. Il roula par terre en se tordant de douleur. Je me mis en garde et la bagarre éclata. Je ne senti rien quand ma tête heurta violemment la barre verticale du wagon. Rien quand je reçu des coups de pieds dans le ventre. Rien quand le plus freluquet des trois me décocha un coup de ses rangers dans la tête. Rien.

« J'ai une bonne nouvelle pour vous : vous êtes tiré d'affaire. »
La douce voix me fit emmerger du sommeil rassurant qui tentait de me retenir en lui.
« On est où là ? »
La voix qui sortait de mon pharinx me paraissait étrange.
« Qui êtes-vous ? »
Je commençais à distinguer le décor d'une chambre d'hôpital et une présence à mon chevet.
« Je suis celle que vous avez protégée dans le métro. Vous vous souvenez ? »
« Un peu. Comment ça s'est terminé ? »
« Le métro a été arrêté à Strasbourg-Saint-Denis, les mecs se sont enfuits, vous étiez amoché, on vous a sorti sur le quai. Les pompiers sont arrivés rapidement. Et voilà. On est à l'hôpital Saint-Antoine. Je suis restée avec vous. Vous avez bien dormi ? »
« Quelle heure est-il ? J'ai rendez-vous au métro Bonne nouvelle. »
« A quelle heure ? »
« A 16:30 précises »
La Fille du Calvaire se tut. Un geste tendre prolongeat son silence : elle me prit la main et la tritura avec une immense douceur.
« Tu as devancé notre rendez-vous. La précision suisse en a pris un coup... elle aussi ! »
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