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Bonjour

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Geraldine

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Il était assis sur un banc, là, tout en regardant les passants pressés , les boulistes de la place, il se sourit à lui même. Non, il n'avait pas envisagé sa retraite ainsi, d'ailleurs il n'en avait pas voulu lorsqu'elle était arrivée. Lui qui n'avait su que travailler, c'était un comble de ne rien faire, quel ennui, que les journées était longues:Waterloo ! Morne Plaine ! Pensait il en son fort intérieur. Il avait été taxi dans une autre vie, il avait croisé des gens, parlé de la pluie et du beau temps. Aujourd'hui, rien plus rien, il se sentait seul, il ne se sentait plus capable de parler à quiconque. Le silence gagnait son âme et l'envie d'être était telle la marée qui inlassablement le tenait entre deux eaux. C'était toute l'histoire de sa vie, il savait travailler dur mais ne savais pas décider, se laissant flotter au grès de ses humeurs et des choix des autres. Aurait-il le courage de dire « Bonjour » à ces boulistes qu'il enviait de passer du bon temps ? Peut être même qu'il pourrait trouver un partenaire ?. Non pas aujourd'hui, demain peut être ce dit il, il se consola en se disant qu'il avait réussi tout de même à sortir seul jusqu'à ce banc. 16H00, flûte il avait encore oublié ces fichus cachets, à 67 ans, il avait remplacé les mistrals gagnants de sa jeunesse par une ribambelles de médicaments aux noms alambiqués. « Coupable levez-vous !» Madame Parkinson avait sournoisement accompagnée sa mise à la retraite et aujourd'hui, il n'y avait plus qu'elle qui rythmait ses jours, ses minutes, ses secondes ou out pouvait basculer. Ainsi pouvait-il passer d'un pas alerte à un moonwalk improvisé le temps de le dire, le réduisant à une dépendance honteuse. Il posa sa main sur le tissu de son étui de bouliste, car oui, en prévision du jour ou il pourrait dire bonjour à ces boulistes, il aurait tout ce qu'il faut pour ne pas rater l'occasion de jouer qui sais ?. Voilà qu'une mère et son jeune garçon de l'âge de sa petite fille, 4 ans tout juste, vint s’asseoir sur son banc. L'angoisse le saisit, une intense envie de disparaître l'englouti, faire le mort, regarder à l'horizon comme ces gens dans le métro. » Dis tu as quoi dans ta boite ? Nul doute était possible, madame Parkinson ne lui avait pas encore retirée l’ouïe, cette jeune voix l'interpellait et attendait une réponse. Sa tête lui sembla exploser dans l’affolement général, qu'allait il bien pouvoir répondre afin de ne déclencher aucune autre question suppliciée. Voilà que cette interrogation d'une simplicité enfantine, donna l'occasion à madame Parkinson d'apparaître sous son meilleur jour, crispant ses membres inférieurs, le clouant sur son banc. Il était fin prisonnier, « des boules » s'entendit-il répondre. « Dis, je peux les voir  », les yeux du garçonnet lui rappelèrent ceux de sa petit fille qui savait si bien le manipuler. Il ouvrit lentement la housse laissant apparaître des boules de pétanque argentées flambant neuves, au moins nul besoin de commentaires. La question suivante fusa « On peut jouer ? », trop tard il était cuit archi cuit. Le sourire enjoleur l'apaisère, « ah tout ces gens pressés quelle chance ils ont ! Pouvoir se mouvoir et parler comme on le souhaite qu'elle vaine ! pensa t' il. « Viens », il se leva péniblement, l'innocence de l'enfance fit le reste,,  « tu veux que je t'aides ? », le bambin lui tendit la main. Quelques mètres les séparait du terrain de pétanque, des joueurs s'affairaient à compter les points, il se redressa mu par le devoir de montrer l'exemple, il était là au bout de ses lèvres « Bonjour messieurs  ».
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