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Caroli

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Le 4 août 2015, à Canton, berceau de la cuisine chinoise, M. Wang prenait livraison de ses trois nouveaux serveurs et de son cuisiner spécialisé dans la fabrication des raviolis et des nouilles. Cela fit la une des journaux. Avant même la mise en marche des machines à apparence humaine, il remerciait courtoisement son personnel, leur souhaitait bonne chance pour trouver un nouvel emploi. Dans deux jours, ils allaient être remplacés par ces robots aux couleurs chatoyantes.

Le 6 août, Mme Li rendait son tablier fourni par le restaurant « Le Ciel de mai », où elle servait les clients dix heures par jour depuis six ans. Cette veuve prématurée rentrait chez elle, bien triste, se demandant comment faire pour trouver rapidement un nouvel emploi afin de payer les médicaments de son père malade et l’appartement qu’elle occupait avec lui et son fils de treize ans. C’est alors que perdue dans ses pensées, elle vit une seconde trop tard la voiture foncer sur elle. En sautant pour l’éviter, elle tomba lourdement sur le bord du trottoir. Le chauffeur la traita de noms assez grossiers dans sa langue ancestrale, avant de s’enfuir. Elle eut de la chance de ne passer que huit heures aux urgences. Mais elle devait désormais rembourser le coût des soins empruntés à sa cousine, et désespérait de pouvoir trouver un travail avec son bras cassé.

Le 7 août, les mignons petits robots commencèrent leur service. Ils mesuraient un mètre cinquante, étaient pourvus de jolis corps et visages tout en rondeurs, faits pour inspirer confiance et pour attirer la clientèle, ce qui fonctionna un maximum. Ils prenaient les commandes, apportaient bols et assiettes, les déposaient en souhaitant en cantonais « Bon appétit ! » d’une voie métallique. Comme cela ne se disait pas en Chine, tout le monde s’amusait beaucoup en les imitant. Le robot cuisinier était plus grand, carré et compact mais il fabriquait des nouilles comme personne. Le patron était aussi excité qu’à ses anniversaires passés d’enfant unique trop gâté. Il allait non seulement économiser le coût de la main d’œuvre mais doubler sa clientèle !

De septembre à novembre, la dette de Mme Li ne fit qu’augmenter. Elle trouva bien un travail, distribuer des bons promotionnels dans un immense centre commercial, mais le salaire était insuffisant pour ses dépenses courantes. Mme Li cessa d’acheter les médicaments du père. Elle expliqua à son fils qu’il devait pour un temps aller vivre chez cousine Liang, l’aida à faire sa valise et le conduisit à son train, le cœur brisé. Elle veilla le vieil homme chaque soir, lui racontant des souvenirs de son enfance, un peu enjolivés pour le présenter comme un papa attentionné. Il méritait bien cela. Il mourut doucement, baigné dans le sentiment d’une vie d’homme et de père accompli.

Quant au « Ciel de mai », rien n’allait plus. Certes, les premières semaines virent les clients curieux et amusés de la classe moyenne se presser aux tables du restaurant. Mais quand, pour la dixième fois de la journée, un homme d’affaires, une épouse ou un fils se prenait sur les genoux un bol entier de nouilles sautées, qu’elles soient aux légumes, au curry ou au porc sauce aigre douce, cela commença à se savoir. Les robots étaient nuls pour le service : ils renversaient la vaisselle, se percutaient constamment car ils ne pouvaient pas modifier leur itinéraire, étaient incapables de répondre même à des questions simples. Passé l’engouement du début, les clients désertèrent l’établissement.
En décembre, M. Wang dut admettre qu’il s’était trompé : les robots n’étaient pas prêts pour le service en salle.
Seul le robot assigné à des tâches répétitives en cuisine, surnommé Georges en l’honneur d’un grand chef français, s’en tirait plus que bien. Chaque robot avait coûté l’équivalent d’une année de salaire mais il fallait sauver le restaurant. Le patron décida alors de faire machine arrière et de rappeler ses anciens serveurs. Les deux premiers se montrèrent soulagés de reprendre du service. Quant à Mme Li, sa ligne téléphonique n’était désormais plus attribuée. Expulsée voilà trois semaines, elle dormait dans un minuscule réduit et économisait yuan après yuan pour rembourser sa dette et revoir son fils.
Ainsi à l’inverse de ses anciens collègues, elle échappa à de graves brûlures et à un vif choc émotionnel lors de l’incendie du restaurant provoqué par une surchauffe de Georges, ou plutôt de l’un de ses composants électroniques de qualité médiocre. Ce type d’accident causé par la défaillance d’un humanoïde n’était couvert par aucune clause de l’assurance.

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RAC · il y a
Vraiment très bien écrit avec un soupçon de cynisme bien agréable, bravo ! A bientôt chez vous ou chez moi...
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Lélie de Lancey · il y a
Découverte au hasard de mes lectures... Rien n'arrive pour rien... J'ai aimé !
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Caroli · il y a
merci beaucoup Lélie !
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Elena Hristova · il y a
un texte très touchant et qui soulève plein de questions intéressantes,
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Caroli · il y a
merci Elena !
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Coucou! · il y a
Une dette en moins pour elle. Dommage qu'elle ne le sache pas. Mais elle n'est quand même pas sortie de l'auberge.
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Caroli · il y a
Merci Coucou! oui, espérons qu'elle s'en sorte, merci pour vos lectures !
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Coucou! · il y a
Une dette en moins pour elle. Dommage qu'elle ne le sache pas. Mais elle n'est quand même pas sortie de l'auberge.
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Utilisateur désactivé · il y a
J'aime beaucoup, sujet un peu angoissant et triste, mais Mme Li, au moins, est saine et sauve... vous avez mon vote !

Si jamais l'envie vous en prend, n'hésitez pas à jeter un coup d'œil à ma nouvelle en lice pour le Grand Prix Été, Comptine. Votre appréciation me ferait grand plaisir

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Caroli · il y a
bonjour Lel03, ce n'est que maintenant que je vois votre commentaire, merci pour votre vote et votre avis
je vais aller lire ce que vous écrivez

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Utilisateur désactivé · il y a
Le thème n'est pas très rassurant mais heureusement, la chute inattendue redonne du baume au cœur. J'aime vos textes d'une façon générale, Caroli.
Mon texte , "maudit roman", est en finale. Il est noir mais pas trop : du parfum à la place de l'hémoglobine...Viendrez-vous le lire ? Merci !
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/maudit-roman

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Caroli · il y a
c'est très gentil à vous, merci Annelie ! J'irai lire votre votre nouvelle noire
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Utilisateur désactivé · il y a
A bientôt !
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Pierre Priet · il y a
top!
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Thierry Mulot · il y a
Le goût de la SF, l'aspect de la SF, le plaisir de la SF et pourtant ce n'est pas de la SF.
Je vote quand même parce que c'est trop bien.

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Caroli · il y a
merci Thimul, super commentaire ! Cela fait plaisir
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Caroli · il y a
j'ai inventé un nouveau genre littéraire, on dirait ? ce n'est pas rien...
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Webinarts · il y a
Fascinant tout du long, avec une chute inattendue, bravo ! Au plaisir d'avoir votre retour sur Hors Service si vous avez 4 minutes :-) http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/hors-service-1
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Caroli · il y a
merci, je vais lire Hors Service, et depuis ce matin, j'ai enfin Starflex en ligne (j'ai attendu longtemps) donc si ça vous dit aussi de me donner votre avis : http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/starflex
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