Petite bête à bon Dieu, craintive naissance !

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De nouvelles œuvres ici et un petit ménage de printemps pour tenter de proposer le meilleur ! Il y a même des textes à poursuivre ! Bonne journée ! Je ne fais pas dans l'Excellence, je vous  [+]

Je crois qu’elle a pris son courage à deux mains pour lui rendre visite en Suisse, en emportant avec elle, l’une de ses meilleures toiles : une création réalisée quelques jours plus tôt et ce, juste avant de prendre la route pour poser bagage dans une ferme alentour, un endroit où dormir, aider et travailler. Elle, c’est moi, bien entendu. Et ça, c’est ma vie. Ou du moins devrai-je dire, une partie de ce que j’espérai atteindre dans ma vie. Je suis arrivée. J’ai le sourire jusqu’aux lèvres, comme si mon frère et moi, nous ne nous étions jamais disputés de notre vie ! Comme si ses hurlements et ses menaces dans mes oreilles, n'étaient égales qu’aux bruits du vent sifflant doucement contre ma peau, sur mon visage, ce samedi matin-là, encore une fois bien trop ensoleillé. J’ai un peu mal à la tête et mon ventre qui crie habituellement famine à cette heure-ci, n’envoie pas le moindre signal de détresse. Finalement, peut-être que la peur me tient un peu : Un gramme d’adrénaline dans les veines à l’idée de le revoir enfin ! C’est confiante que je sonne à la porte de la maison. De l’extérieure, ça a l’air d’être une belle demeure. Je n’ai pas spécialement envie d’y entrer et je ne serai de toute évidence pas la Bienvenue. Malgré mon sourire, malgré ma joie d’être là, malgré cette confiance implacable, je n’ai pas oublié certains faits durs et qui appartiennent maintenant, à mon sens en tout cas, au passé. Je sonne deux fois. Personne ne répond. Ma toile est emballée dans un carton de grand format et je décide de déposer le paquet au pied de la porte, proche d’un petit arbuste en pot. Je souris. Ces fleurs sont magnifiques ! Elles sentent tellement bon. Une abeille me frôle et une coccinelle atterrie, bien égarée, sur mon bras. Il paraît qu’il faut faire un vœu. Je ferme les yeux : "si seulement, tout cela pouvait être réel." Je dépose mes mains de part et d’autre de mon ordinateur et pose le point final d’une scène cruciale de mon roman. Le sourire aux lèvres, un poil mélancolique ou désespérée, que sais-je, je m’approche de Caramel. Caramel, c’est mon chat. Câlin, content et jamais de trop dans ma vie ! Mon téléphone vibre à cet instant et j’entends la voix d’un homme me demander :

« - Pourquoi autant de contrastes dans ce tableau ? Je me serais contenté d’un monochrome de noir, à l’image de ce que je ressens pour toi. Si tu pouvais seulement savoir ou deviner ce qu’il vient de se passer... »

« - Dis-moi. »

Ma voix est froide, un peu coupante. C’est la première fois qu’il m’appelle, en l'espace de vingt-cinq ans.

« J’ai un arbuste devant ma maison. Hier au soir, une coccinelle est venue se poser sur mon bras. J’ai donc fait un vœu pour mon anniversaire. Je voulais un cadeau qui vienne de loin, une saveur inhabituelle.... je dois dire que j’ai été un peu déçu en comprenant que tu l’avais signé de tes mains. Je n'en demandai pas tant. Je n'aspirai pas à toi. Pas ainsi, ni ce jour-là. Pas comme ça. Voilà. Mais qu'as-tu fais ? »

Mon cœur se met à rire sournoisement tandis que mon sourire se dessine, élégant, sur mes lèvres.

« Dis-le moi, toi. Mais qui a fait son vœu en premier ? » 

Je lui souffle ça gentiment, avec douceur, pour que sa déception s'éteigne à petit feu, tel un bûché, non ravivé, par la haine du passé. 

« Je ne comprends pas. Je ne comprends rien. Comme souvent, avec toi. » Tente-t-il alors, désespéré. 

Je ris aux éclats un court instant. Piéger le loup me fait toujours autant sourire ! Prendre en traître la trahison incarnée, c'est jouissif ! Il a quelques mots d'hésitations dans le coeur et je le sais trop bien, des phrases qui n'atteignent même plus sa conscience et ne se formulent pas sur ses lèvres finement dessinées... Si vous saviez comme il est beau ! Si vous compreniez à quel point je l'aime. La complexité m'a toujours passionnée : il est le casse-tête d'une vie toute entière. La raison de me lever chaque matin. Mon sourire d'Ange lorsque je m'endors chaque soir, aux bras de morphée.

- Bougre d'âne ne saurait cesser de râler, me dis-je alors à voix basse. 

Mais il attend une réponse. Fait curieux, d'ailleurs, il est resté en ligne le temps de ma réflexion personnelle, silencieuse et peut-être bien longue. 

« Bon anniversaire, Grand frère. »

J'ai enfin lâché ma phrase. Je sais qu'il va raccrocher. Pour ce statut que je lui ai donné et que la Vie, sans lui demander son opinion, lui a attribué. Pour cette incapacité qu'il a, à recevoir de l'amour d'une plus jeune que lui. Pour sa timidité. Pour ses ras-le bol. Et pour sa fierté maladive qu'il conserve en doctrine de vie. Il va couper court la conversation ! Car après tout, qui le connait mieux que moi ? Je me pose encore la question aujourd'hui. Et sans un mots, sans un soupire, sans une larme versée, il fixe son portable et appuie sur la touche rouge, celle qui permet de raccrocher. Dehors, il fait beau et les oiseaux chantent sa peine. Il ne s'en aperçoit même plus, à force. La coccinelle est là, sur son bras, arrivée à l'instant et fidèle à son poste. Elle vient de pointer le bout de son nez. Petite bête à bon Dieu, il l'a fixe longuement avant de souffler, très pudiquement :

« Bonne anniversaire, petite fée d'amour »  

Je me rassois devant mon ordinateur et poursuis mon récit. J'ignore sûrement que mon frère, ne m'a pas dit toute la vérité sur son vœu. J'ignore cela, quelques part aux fond de mes tripes mais je le sais déjà. Ce qu'il souhaitait juste, pour son anniversaire, c'était d'être pardonné. Pardonné du Mal fait dans le passé. Que l'on amande ses fautes et ses erreurs. Alors, hier soir dans la nuit et avant que je ne me couche, il a attrapé un bébé coccinelle pour lui fêter son tout premier anniversaire. Grand coeur qu'il a ! Constat posé, ils étaient nés le même jour, ou presque. Un rond noir apparaissait sur le dos de la bestiole et c'était le tout premier. Alors, simplement, il avait pensé : 

« En cette journée proche de nous deux, ma petite bestiole, je veux que tu nous dessines un nouvel horizon, un futur nouveau et plus prometteur, que tu sois actrice de mon vœu et que tu laisses parler tes désirs les plus intenses. Que veux tu, petit bête à Bon Dieu ? J'aimerai tellement que mon vœu soit le tien, aujourd'hui »

La coccinelle avait grimpé sur son bras, encore et encore, pendant qu'à l'autre bout du Monde, une femme écrivait un ouvrage métaphorique sur la beauté du monde, de la nature et de toutes ces coïncidences. La petite bête s'était envolée sur sa bouche, il avait cru qu'elle voulait un baiser, qu'elle désirait l'amour, qu'elle souhaitait aimer, qu'elle l'embrassait !

- Petite bête à Bon Dieu, dit-il alors. Je crois que tu as réussi ta mission, Princesse. Tout ce que tu veux, je le voudrais aussi, ma puce. 

Elle voulait, fine et jeune qu'elle était, chétive et fragile aussi, la protection d'un homme comme lui. Elle voulait, fine et jeune qu'elle était, chétive et fragile aussi, qu'il offrit cette protection à d'autre qu'elle. Elle voulait, pour sa venue sur Terre et pour son existence bien qu'éphémère, unir les deux âmes déchirées qui à termes, finiraient par se réconcilier. Porte parole de la Chance et de l'Espoir, son vœu à elle, était bien le même que celui de la petite sœur en question : être aimée et considérée, protégée d'amour et de tendresse. Ce n'était pas à Elle d'entendre ces mots-là mais à la descendance de son confident de soirée ! L'homme esquissa un large sourire. Il prit son téléphone, composa le numéro avec lenteur, pour ne pas effrayer sa Princesse immobile sur ses doigts et attendit simplement. 

« Que veux tu, à me rappeler ? Un autre cadeau d'anniversaire car le premier n'aurait su te contenter ? »

 « Je veux être là pour tes prochaines bougies, tes prochaines peines et tes futures joies. Voilà, ce que nous voulons. »

« Nous ? »

« Oui, toi et moi. Et puis, notre petite bête à bon dieu. C'est un bébé et elle a fait ses choix. Alors...? On peut être parent d'une coccinelle, tu sais. Cela nous unira mieux que le sang. On peut être répondre de ses volontés, de ce que la Vie désire réellement, au lieu de nous blâmer, fusillés vivants et entêtés que nous sommes. »

Je réponds par un simple "oui" à cette phrase que j'attends depuis milles ans.

Sur sa main, la petite bête à bon Dieu s'est envolée.


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Ardores · il y a
Les relations entre frère et sœur, quelle histoire !
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Charline Martinez · il y a
J'en conviens ;) merci du passage, bonne soirée à vous. Charline Martinez.
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lucile latour · il y a
les coccinelles sont si belles et les voeux necessaires... bravo.
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Charline Martinez · il y a
Bonjour, merci à vous du passage :) Bonne journée, charline Martinez
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cendrine borragini-durant · il y a
Le lien frère-soeur plus fort que tout malgré les différends. J'ai passé un joli moment en compagnie de votre artiste peintre. :-)
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Charline Martinez · il y a
Bonjour à vous et merci de ce compliment. Je suis touchée que vous aillez appréciée ce texte. Au plaisir de vous lire à mon tour, peut-être ? Bonne journée à vous. Cordialement. Charline Martinez.
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Firmin Kouadio · il y a
J'ai de l'admiration pour votre plume !
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Charline Martinez · il y a
Bonjour, merci à vous. C'est gentil mais la votre est belle aussi. :) Bonne journée, Charline.

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