Bleu

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Mois de mai.
Bleu turquoise. Là bas, où tu es, il fait déjà nuit.
Ici, c'est l'heure où le soleil vient tout juste de tirer sa couette. Les hirondelles s'excitent comme nos enfants avant d'aller se coucher. Il fait encore bleu. Mais pas bleu nuit, et le vent, courbant l'échine, laisse le sommet des arbres respirer un peu mieux. La demi-heure que j'adore. Qui n'appartient qu'à l'ouest. Qui oblige à renfiler une veste et défiler les pulls mal tricotés de nos pensées !

Bleu pétrole. Le jour s'est engourdi. Les hirondelles cherchent leurs nids, calmées par la douce odeur obscure de la nuit qui pointe le bout de son nez. Les étoiles tentent une percée dans un ciel immaculé. Allongé dans l'herbe, on croit enfin à l'été. On rêve à demain quand un rayon de soleil soulèvera un bout de couette et nous ramènera de la façon la plus délicate à la réalité. Un soleil sans brume. Une couette sans nuage.

Bleu cendre. Il fait gris à s'y méprendre avec un ciel d'orage. Pourtant un silence de plomb envahit les alentours que l'on distingue de moins en moins : c'est la cour de l'école qui disparaît, son saule puis son cyprès... la maison du voisin d'en face... la pelouse... puis enfin... la terrasse.

Bleu bitume. Les grenouilles tentent de nous convaincre qu'il fait chaud à travers quelques « coâsse »... mais c'est mort ! Ici ce n'est pas le sud ! Les menu minutes qu'il nous reste avant le noir nous font frémir les épaules et grumeler la peau à travers les épaisseurs. Tout le monde est rentré. Alors je rentre. Et je réalise qu'il m'a fallu bien plus que la vénération de cette demie-heure pour venir vivre et rester dans ce pays qui m'a coûté mon sud.
Monsieur « mon-amour », mon sud avant le jour, je t'aime.

Bleu nuit. Sombre. Piqué d'étoiles. Les arbres sont des ombres et la terrasse une toile. Noire. La nuit. Elle est là. Je la fuis. Puis la retrouve. Je suis incapable d'aller me coucher sans une réponse de toi. Sans un verbe auquel me raccrocher. Je suis seule. La nuit me le rappelle. Et je sais que chaque matin me renouvelle. Mais jusqu'à quand ?
Alors je me blottis et m'endors enfin.

Bleu ciel. Le matin qui éveillera les hirondelles, enveloppera les grenouilles, dévoilera la pelouse et les arbres de la cour de l'école.... Je ne peux vivre sans toi, sans matin que l'on attend, inconscient dans son sommeil.

Bleu immaculé. Je voudrais vivre longtemps dans ce perpétuel endormissement mais sais très bien que tout a une fin. Et qu'elle est proche. Que je la sens. Qu'elle succède inévitablement au bleu cendre, au bleu bitume, au bleu nuit, sans matin. Je n'ai pas peur et ça m'inquiète. J'ai conscience d'une fin précoce mais reste muette. Bien sûr je n' écrirai pas ça ! A personne. Pas même à toi. Bien sûr je le garderai pour moi ! Bien sûr je ne provoquerai aucune fin ! Elle est là. Simplement. Comme je suis née en plusieurs fois. Je mourrai en plusieurs fois. Je sais qu'à partir de maintenant, j'entame la fin.

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