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Jean-Luc Tessier

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Il faisait un froid de canard, il m’avait donné rendez-vous à 7 heures et quart à l’angle du Parque del Niño Quemado et de la Calle Quetzalcoatl. J’étais descendu à l’hôtel Camino Real immédiatement après mon arrivée à l’Aéroport International. El portero m’attendait entre les deux énormes piliers fuchsia. Il me conduisit à ma chambre qui donnait sur la trois- voies qui menait au centre ville mais, pour l’heure, je ne m’en souciais guère. Il était 5 heures 20. J’avais à peu près deux heures pour me préparer. Je relus le mail d’Alejandro pour la énième fois. Que me voulait-il donc après cinq années sans nouvelle ? Et pourquoi cette ville en plein janvier ? Mexico avait beaucoup changé depuis les Jeux Olympiques de 1968 et les poings levés, gantés de noir, des deux sprinters américains Smith et Carlos. Aujourd’hui les Mexicains ne parlaient que de la construction du mur censé protéger la frontière de l’Eldorado américain de tous les mojados, les migrants clandestins. J’ouvris le minibar qui ne contenait que de la Corona ou de l’eau minéral Bonafont. « Du local ! » pensais-je en décapsulant la bière avec mon briquet. La nuit commençait à tomber. Le point de rendez-vous était situé à quelques pâtés de maison de là ; il me faudrait moins de dix minutes pour y arriver. Par prudence, j’avais l’intention d’être sur place un peu avant 7 heures et quart. Le téléphone sonna mais je ne décrochais pas. Ce quart d’heure m’intriguait ! Pourquoi me donner un rendez-vous à 7 heures et quart ? Comme pour une consultation, un horaire de train ou une séance de cinéma ! La sonnerie retentit de nouveau et me tira de mes pensées.
– ¿ Bueno ? répondis-je.
– Bonsoir, me fit une voix féminine. Monsieur Alejandro vous a envoyé une voiture... une Mastretta MXT orange !
– Encore du local ! pensais-je tout haut.
La voix de mon interlocutrice était empreinte d’une certaine déférence lorsqu’elle avait prononcé ces mots. Je sentis qu’elle avait pris la mouche.
– Veuillez m’excuser. Je n’ai vraiment pas besoin d’un véhicule, je compte...
– Très bien, me coupa-t-elle d’un ton sec. Je décommande.
Elle raccrocha brutalement.
Il était temps de me mettre en route. J’enfilai un paletot et des gants en cuir et sortit dans le couloir de l’hôtel. La moquette beige était hideuse et il flottait une odeur de cigarette électronique au café. Dans le hall, j’aperçus à la réception la señorita du téléphone qui m’envoya un regard lourd de sens. Les rues étaient pleines de monde malgré le froid perçant. A 7 heures pile, je me trouvais tout près du lieu indiqué dans le mail. Je décidai de m’installer sur un banc d’où je pourrais voir le sieur Alejandro apparaître. Mais l’heure tournait et je ne voyais toujours personne. Je vis alors passer la voiture de sport orange. Elle s’immobilisa juste au coin de l’angle. Deux hommes Afro-Américains en sortirent. Ils avaient dans les soixante-dix ans et fière allure. Je remarquai alors, à la lueur des phares et des devantures de café, qu’ils avaient un gant noir chacun ; l’un à la main gauche et l’autre à la main droite. Il était 7 heures et quart.
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