Bistro boui-boui

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J'aime la solitude, lire, écrire et penser à ne rien faire. J'aime dessiner, manger, chanter sous la douche. J'aime fumer, parler, parfois, un peu, beaucoup. J'aime les gens quelquefois, un peu  [+]

Image de Automne 2013
Aujourd’hui jour sans, sans savoir sans quoi. Après avoir pleuré une heure chez moi en évitant d'en saisir les raisons, je sors prendre le métro. En avance. Lunettes noires, je fais semblant d'être une actrice blonde désespérée au chignon amidonné. Un sac en plastique blanc vole, je décide que ça donne un ton cinématographique.

Libre. Je voudrais être libre et je cherche le moindre prétexte pour ne pas écrire, pas ailleurs que dans ma tête. Le rejoindre plutôt, rendez-vous que je veux sans importance.

Ça va être moche et sale. Je ne suis pas épilée, j'ai mes règles et je vais lui demander de mettre un préservatif. Cette phrase est à elle seule un remède contre l'érotisme.

Sortie du métro, je déambule dans les rues grises, que le ciel n'aide pas à prendre des couleurs. Il y a des endroits où il vaut mieux ne pas chercher à ressembler à la femme comme sur les affiches. Il ne faut pas être grande et blonde, ça se voit trop de loin, il ne faut pas porter ces grandes lunettes de soleil qui font des visages d'insectes.

Je suis assise dans un bar, un bistro boui-boui. J'entends les tubes ressassés, moulinés, bande-son du présent. La bière est brune et c'est la troisième de l'après midi. J'ai l'impression d'avoir pleuré hier, aujourd'hui, sans discontinuer. Ce n'est pas tout à fait le cas bien sûr ; en comprendre les raisons petit à petit, je ne sais si c'est salutaire ou désespérant.

Il y a lui, mon amant depuis quelques mois. On ne se doit rien, on ne se parle pas beaucoup d'ailleurs. Je ne suis que l'une de ses maîtresses, il n'est que mon amant, et bien que nous nous voyions très souvent, pas d'exclusivité. Même si mon palmarès n'est pas le même que le sien. J'ai d'autres chats à fouetter, je n'aime pas le cul à ce point et je ne drague pas sur Internet.

Dommage qu'il faille sortir pour fumer. Je me lève, ça m'expose un peu aux regards de quelques hommes seuls, dont le regard quitte pour l'occasion le fond du verre. Je ne suis pas très jolie mais les gens autour de moi font semblant que si. Je suis grande, mince et blonde, ça se voit de loin, beaucoup se retournent. Bonne. Dans l'intimité ils disent belle bien entendu. Curieusement, quand on leur retourne le compliment, on sent bien que ça n'était pas indispensable. Un truc de femme, d'aimer ce genre de compliment.

Toujours est-il que je suis l'une de ses maîtresses, pas « plus bonne » que les autres sans doute (on ne dit pas « meilleure » dans ces cas là). Mais sûrement plus complaisante à tous les niveaux, puisque plus permanente.

Je ne parle pas de cul, même si je sais faire un effort. Il paraît que je suis reine dans l'art de la fellation. A tel point que mes amants sont persuadés que cela me procure des jouissances ultimes. Ce qui n'est pas loin d'être vrai si j'admets que je ne cherche qu'à leur plaire, que la jouissance et l'excitation de l'autre sont pour moi l'unique but à atteindre. Aucun homme ne me servira jamais de sex-toy, je ne sais pas jouer. Est-on bête quand on est bonne !

Peut-être que je devrais arrêter de me teindre les cheveux dans ce blond pétasse. Les hommes aiment les pétasses et moi j'aime les hommes. J'ai parfois un esprit pragmatique qui manque cruellement de poésie.

Stratégie pour éviter les concupiscents : regarder AUTOUR d'eux, jamais directement dans leur direction, je sais à quel dialogue de sourds peut m'exposer une erreur de trajectoire.

« Excusez moi, il est trop tard pour une dernière ? ». Cuvée ambrée double. Double quoi ? Double quantité d'alcool peut-être, la région est appropriée pour cela. Un type qui me dévore des yeux depuis une heure, seule nana du café oblige, me demande si je rédige un compte-rendu du bouquin qui traîne sur la table. Ecriveuse cernée, je rectifie dans le vide mon sourire, ajoute un mot à l'accumulation de mots.

Le ciel est couvert. La température baisse. Début juin, je suis en mini-jupe. Merde. Je visais les toilettes et un autre homme est entré. Je ne prends plus le risque. C'est un lieu d'abordage potentiel et plutôt tendancieux.

Plus tard devant le miroir des toilettes. J'essuie mon visage avec un mouchoir, il ne faut pas que ça brille, et vérifie que le noir sous mes yeux n'a pas coulé sur celui de mes cernes. Pour lui ou par habitude ?

Pénélope, patiemment, sait qu'aujourd'hui encore il ne la regardera pas.

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