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Didierpiclori

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Mais qu’est-ce que je fais ici ? Suis-je idiot ? Il faut vraiment aimer cela pour subir ce que je subis. Et quand je pense qu’il y en a qui sont tranquillement au fond de leur lit en train de dormir paisiblement ! Et moi qui tremble de froid. Suis-je inconscient ? On est en septembre et c’est bien connu en région parisienne, à cette époque, il ne fait plus très chaud surtout à huit heures du matin ! j’aurais dû m’habiller avec des vêtements adaptés. Faire comme certains de mes camarades. Eux au moins, ils ont eu raison. Ils sont plus sages. Quoique. Quand on sera en plein effort, je ne supporterai pas des vêtements longs, donc c’est moi qui ai vu juste. Dans dix minutes, tout ira mieux.
Attention, dans quelques secondes le coup de sifflet va être donné. Il faut rester concentré. Ne pas rater le départ. Bien se placer dès les premiers mètres. Le tour de reconnaissance que j’ai effectué me permet de prévoir mon positionnement du côté droit pour négocier le premier virage dans de bonnes conditions juste avant d’entamer la côte.
Ça y est ! Le coup de sifflet vient de retentir. La course est lancée. Le cliquetis des cales-pieds me fait comprendre que les coureurs sont tous concentrés. L’allure s’accélère rapidement, trop rapidement à mon goût. On sent chez les coureurs une volonté de se placer en tête du peloton afin de négocier le premier virage et la côte dans les meilleures conditions.
Je sens les battements de mon cœur augmenter rapidement. Il faut que je reste concentré sur le souffle. Bien respirer, c’est ce qui compte afin de ne pas avoir le souffle coupé dans le milieu de cette foutue côte.
Bon sang que c’est dur ! Il ne faut pas paniquer. Tant pis si je ne parviens pas à suivre l’allure, il vaut mieux se laisser glisser lentement sans se faire lâcher par le peloton au risque de ne plus pouvoir revenir. Surtout, il ne faut pas aller dans le rouge, ne pas exploser, maîtriser la montée à son rythme.
Que c’est dur ! Mais qu’est-ce que je fais ici ? Et dire que si j’avais voulu, j’aurais pu rester tranquillement au chaud chez moi. Bien au chaud dans mon lit un dimanche matin. Il n’y a pas à dire, je suis vraiment fou ! Ou tout simplement un peu masochiste ? Car il en faut une petite dose pour accepter de souffrir comme cela. Je sens la douleur venir dans mes cuisses. Cette douleur habituelle à chaque course. J’ai l’impression que l’on m’enfonce des couteaux dans mes muscles. Si la douleur augmente encore, je vais craquer et renoncer. Allons ! Maîtrise-toi ! Tu ne vas pas abandonner dès le départ ? Après tout, les autres coureurs doivent avoir mal eux aussi. Et peut-être, ont-ils plus mal que moi ?
Le sommet de la côte est atteint ! Ouf ! Je suis toujours dans le peloton, en queue mais toujours dans le peloton. Le plat qui arrive maintenant, enfin ! Un peu de répit. Oh non ! Quel est l’imbécile qui accélère en tête du peloton ? On n’a pas le temps de récupérer un peu. Rester dans les roues, il faut rester dans les roues. Par contre cela va être dur pour les retardataires qui se sont fait larguer dans la côte. Pour eux, c’est la fin, ils ne pourront pas revenir sur le peloton.
Mais que cela fait mal, mes cuisses me brûlent. Pourquoi je suis ici ? Je ne pouvais pas rester chez moi, faire la grasse matinée ? Et puis l’air frais pour ne pas dire froid de ce matin de septembre qui me brûle les poumons. Enfin, l’allure devient raisonnable. Il faut que j’en profite pour remonter le peloton. Remonter le peloton pour me placer le plus possible en tête juste avant la descente dans un kilomètre. N’étant pas un bon descendeur, je n’ai pas d’autre choix.
Voilà cette descente presque rectiligne sur plus d’un kilomètre. Mais comment font-ils pour rouler plus vite que moi ? 75, 78 km/h ! Plus je ne peux pas ! C’est plus fort que moi. Un barrage psychologique. Allez-y les gars, doublez-moi. Comment font-ils ? Ils n’ont pas peur ? Ce n’est pas humain ! Ils doivent frôler les 85 !
Maintenant on arrive dans le bas de la descente et il faut bien négocier le virage sans trop freiner et sans bloquer sa roue arrière. Le plus difficile, c’est de bien doser le freinage sur la roue avant et s’aider du frein arrière à petites doses le cas échéant. C’est fait. Maintenant on accélère et on entame les deux kilomètres de plats avant de revenir à nouveau au pied de la côte. Et dire qu’il faut faire cela douze fois. Douze tours avant l’arrivée ! Douze fois la côte à monter !
Pourquoi je dis cela ? Pour me démoraliser ? N’y pensons pas. Tiens, l’allure devient pépère. À peine 30 km/h. On se promène ! Et les gars, c’est une course cycliste, pas une cyclotouriste ! Au moins je peux remonter à nouveau le peloton. Ne pas rester à l’arrière, car c’est à l’arrière que l’effet accordéon est le plus violent. Et c’est le meilleur moyen de se faire larguer une fois pour toutes.
Me voilà en tête ! Bizarre ! Personne ne veut faire l’effort pour accélérer l’allure ! Je sais pourquoi. Ils veulent mettre le maximum dans la prochaine montée. Eh bien ils vont voir ce qu’ils vont voir ! Je me sens bien, eh bien j’y vais. Un petit coup sec d’accélération et maintenir cette vitesse jusqu’au pied de la côte.
Là je souffre ! Voilà mes cuisses qui me font souffrir à nouveaux ! Mais personne ne me suit, personne n’a pris ma roue ! Ils essayent mais n’y parviennent pas ! Je leur fais mal certainement ! Eh bien je vais accélérer encore plus. Soit, je me fais mal, mais je leur fais mal à eux et cela, ça me
fait du bien.
Pas de doute, non seulement il faut être masochiste pour être un coureur, mais aussi sadique. Et revoilà cette fichue côte ! Au moins, j’ai une cinquantaine de mètres d’avance sur le peloton, je peux la monter tranquillement.
Qu’est-ce que je fais dans cette galère ? Mais pourquoi je ne suis pas resté dans mon lit ?


Didier PICLORI.

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Ame · il y a
Lecture très agréable! Continuez.
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Image de Jean-François Bicheron
Jean-François Bicheron · il y a
Suspense bien géré jusqu'au bout
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