Barbecue

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Ils sont tous là pour fêter la bonne nouvelle. Elle va se marier, avec lui. Elle est heureuse de les voir tous réunis. Ça rit fort et ça danse un peu autour des saucisses qui crépitent sur le barbecue. Des tapes amicales sont balancées dans le dos du futur marié, un peu gêné, qui ne peut s’arrêter de sourire. La musique va trop fort mais que les voisins essayent seulement de se plaindre et ils leur jetteront leur bonheur au visage comme une arme contre la morosité. Il fait chaud. Elle a mis sa robe rouge légère qu’il lui a offerte il y a trois ans maintenant et pour laquelle elle a toujours des compliments. Mais ce soir ils n’ont d’yeux que pour sa bague. Ça s’embrasse et ça se fait des câlins à tour de bras. Ils sont tellement heureux d’être là. Cela fait si longtemps qu’ils se connaissent tous. Depuis qu’ils ont 16 ans environ. Il leur faudrait plus d’occasions pareilles de se retrouver parce qu’elle est vraiment belle leur amitié. Ils ne l’exploitent pas assez. C’est ce qu’elle se dit quand, fatiguée, elle leur dit au revoir un à un sur le pas de leur porte.

Ils ne sont plus que tous les deux. Tous leurs amis sont partis. Leur petit jardin est encore plein de leur présence. Les verres vides occupent presque tout l’espace disponible sur leurs quelques meubles de jardin. Il est un peu saoul, elle est épuisée. Le rangement attendra bien demain. Ils se couchent sur leur lit sans prendre la peine de se glisser en dessous des draps. Elle se blottit dans ses bras. Il est déjà endormi lorsqu’elle veut lui souhaiter une bonne nuit. Elle revoit le déroulement de cette journée où tout s’est enchaîné tellement vite. Sa demande, sa peur, son oui, son bonheur, tous ces coups de téléphone passés pour ce barbecue improvisé, ces amis, surpris, leurs félicitations, leurs sourires, leurs danses, leur joie. Et maintenant que le calme est revenu, elle réalise. Que tout ça est allé trop vite pour elle. Qu’elle s’est laissée porter par le bonheur des autres mais qu’elle n’a pas pris le temps de se demander si, elle, ça la rendait heureuse. Non. C’était un oui pour le rendre heureux lui parce que c’est tout ce qu’elle veut. Mais ce n’est pas ce qu’elle veut, elle. Non. Elle aurait dû dire non. Pas maintenant. C’est trop tôt. Je t’aime mais je ne suis pas prête pour ça. C’est ce qu’il lira le lendemain matin dans la lettre posée sur le lit, à côté de lui, là où elle aurait dû se trouver elle.

Elle sait qu’en l’écrivant elle signe la fin de leur histoire, ce qu’elle ne veut pas. Mais elle veut encore moins se marier, ça elle le sait maintenant. Elle sait aussi que c’est de sa faute. Elle n’aurait jamais dû dire oui. Trois lettres qui changent deux vies. Et à cause de celles-ci il n’y aura sans doute plus jamais de barbecue entre amis.
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