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Banc à louer

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Sangdrillon

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Je me souviens de ce vieil homme assis sur ce banc ; maculé de fientes de pigeons ; tous les jours, sans exception, il me saluait d'un levé de chapeau, un chapeau aussi usé que lui.
Son visage me rassurait.
Il me donnait du courage ; du courage dans ma vie, dans mon travail, dans mes relations professionnelles autant que familiales.
Ses rides profondes, ses cheveux de couleur argentée d'une intensité remarquable, ses mains fatiguées mais tellement sécurisantes me donnaient de la force.
Ce monsieur à mes yeux, était un GRAND monsieur. Son regard si perçant et si bienveillant, ses paroles réconfortantes y était sûrement pour beaucoup.
Mais pas que...
Il dégageait énormément d'empathie ; je pouvais voir en lui de la fragilité autant que de la force...
De la bonté autant que de la dureté...
De la détermination autant que de la velléité...
Il ne mangeait pas à sa faim.
Il ne buvait pas à sa soif.
Mais il avait le mérite de tenir sa place.
Je suis Danielle Krantz, je passe devant ce banc tous les matins à la même heure, 8 Heures pétantes exactement pour aller travailler à 2 rues de ce jardin ; je suis responsable d'une petite entreprise de peinture ; rien de bien affolant ; j'ai repris la fabrique familiale ; étais-ce mon choix ? Pas vraiment, mais cette activité à plein-temps me nourrit, c'est déjà ça.
Et chaque jour, à la même heure, qu'il vente, qu'il pleuve, qu'il neige ; je le vois, lui, ce vieil homme qui a tant à donner mais qui ne reçoit pas en retour ou alors si peu !
Cet inconnu du banc avait peut-être une vie riche, peut-être avait-il été marié ? des enfants, une famille, des amis ?
Mais la question qui me venait à l'esprit à cet instant précis et précieux était la suivante : Mais où sont-ils ?
La solitude, l'abandon était devenu sa deuxième maison sans aucun doute ; parfois j'aimerais être ce Banc pendant un court moment et ainsi pouvoir recueillir
toutes ses histoires de vie ; rentrer fragilement et timidement dans cette intimité. De nombreux postérieurs ont connu ce banc, ont senti ce Banc, ont touché ce Banc ; et sans doute tous ses propriétaires de ses postérieurs, jeunes ou moins jeunes, étaient sûrement porteurs d'une histoire riche, de secrets, de regrets ; une vie entière les avaient peut-être conduit un moment dans leurs existences à ce Banc. Une prise de conscience me venait violemment à l'esprit ; ce concentré d'humanité ; ne plus savoir au fond de soi qui on est ou, au contraire, se rendre compte de qui on aurait pût éviter d'être...
Ce vieil homme a t' il fuit quelqu'un ou quelque chose ? Est-ce que cette existence s'est imposée à lui ou a t-il fait le choix de vivre ainsi ? Nul ne le saura sans doute jamais.
Chaque seconde, chaque minute d'une journée entière ont-elles la même saveur sur ce Banc ?
Les lattes de ce Banc sont comme ce vieil homme au chapeau usé, elles existent, nous les voyons, nous les sentons lorsqu'on prend la peine de s'asseoir, nous les devinons même parfois, mais considérons-nous les vraiment ? Tout ceci est beaucoup moins sûr...
Si par mégarde, elles viendraient à manquer sur ce Banc, aurions-nous la délicatesse de s'en rendre-compte, de la signaler et de la remplacer en toute bienveillance...
Et pourtant, si on y réfléchit bien, ce sont ces dites lattes qui ont été utiles afin de construire ce Banc et de le faire exister.
Cette réflexion, à bien des égards, mérite quelque peu que l'on s'y attarde, vous ne trouvez pas ?
Est-ce une richesse ou un fardeau de développer une certaine sensibilité à tout ce qui nous entoure, ou est-ce les deux ?
Et si la vie était une insondable énigme...
Ce vieil homme a été un fœtus dans le ventre de sa maman, un bébé, un enfant, un adolescent, un adulte, mais cet adulte a t-il consenti incontestablement à devenir un vieillard sur un Banc ? Et si il avait la mauvaise idée de mourir ; lorsqu'on a rien à dire à cette phrase, on pense : "C'est la vie !" Et lorsqu'on a des choses à dire, on dit : "Le voyage est peut-être idyllique !".
C'est peut-être ça le soupçon d'optimisme dans la fuite du pessimisme après tout ?
Ce vieil homme me donne le sentiment de ne jamais s'abandonner au découragement mais au contraire de se laisser aller à l'enthousiasme et au bonheur toujours naissant.
Les arbres savent qu'ils vont mourir mais ils pensent toujours à grandir, haut, toujours plus haut et toujours plus fort ! Cet homme leurs ressemble.
Pourtant un matin que je croyais comme tous les autres, ne ressembla en rien à aucun autre matin.
Le Banc était bien là, fidèle à son poste dans ce jardin botanique, tout comme les pigeons MAIS le vieil homme, lui, n'était plus au rendez-vous ; ne le prenez pas comme une infidélité mais plutôt comme une renaissance. Il désirait goûter à ce divin et doux voyage sur une latte de son Banc au goût si tendre de sève de ses précieux arbres ; en emportant avec lui ses secrets mais surtout une sacrée leçon de vie !!...
Restait son chapeau, ce chapeau usé posé délicatement comme une brise, un souffle léger et discret qui semblait vouloir me dire :
" Tout ira bien, ne t'inquiète pas, tout ira bien ! Regarde et observe les arbres, ces majestueux arbres qui ont tout compris, fais leur confiance et tu trouveras ton chemin".
FIN.

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Image de Sangdrillon
Sangdrillon · il y a
Bonsoir Chantal,
Je suis très touchée par votre commentaire ! vraiment merci beaucoup, cela me redonne du baume au cœur pour continuer à écrire !
Très jolie soirée à vous.
Je vous souhaite de très bonnes fêtes ! Sangdrillon.

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Image de Chantal Noel
Chantal Noel · il y a
Le hasard m'amène ici, sur ce banc avec ce vieux monsieur et je trouve ce texte très beau.
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