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Laissant échapper un bâillement, Joyce range ses dernières affaires dans sa valise, qu'elle ferme ensuite lentement. Elle n'a pas beaucoup dormi, trop angoissée par le voyage ; ou bien mélancolique, à l'idée de quitter ce pays si beau, si attachant, son pays d'adoption. Elle a le blues du départ, Joyce. Elle est loin, désormais, la peur de voyager, de partir à l'inconnu, qu'elle a ressenti au début. Maintenant, elle ne voudrait plus que ça : partir à la découverte du monde. Mais il lui faut rentrer, retourner en France, où sa mère l'attend, impatiemment. La jeune fille ne peut d'ailleurs s'empêcher de sourire en relisant son dernier message.
— Prête ? lui demande alors Mette, qui vient d'entrer dans sa chambre.
La Française acquiesce, avec un faible sourire. Ne pas pleurer, surtout ne pas pleurer. La veille, Mette et sa famille lui ont offert un cadeau, pour son départ. C'était un assortiment de spécialités danoises, pour sa famille et elle. Mais aux yeux de Joyce, en une année, les Nielsen étaient devenus comme une seconde famille. Ici, elle avait découvert une nouvelle manière de vivre. Ici, elle avait découvert l'insouciance, la simplicité, la joie de vivre naturelle des habitants. Mais le Danemark, c'était aussi le rugbrød, pain de seigle que Joyce avait adoré tartiner de beurre, ou les nombreuses spécialités culinaires de Noël, comme les æbleskiver, qu'elle avait engloutis en un rien de temps. C'est d'ailleurs au cours de cette période festive qu'elle était tombée amoureuse de ce pays. Les grands sapins illuminés sur les places des villages, les fanfares, la bonne humeur communicative, les magasins décorés aux couleurs de Noël... Joyce s'était sentie retomber en enfance. Et puis, après les coutumes et la gastronomie, elle avait découvert les paysages incroyables dont regorgeait le Danemark. À l'occasion d'un road trip de quelques semaines avec la famille de Mette, elle avait pu admirer les décors tantôt montagneux, tantôt maritimes. Ils avaient contemplé des fjords, s'étaient promenés dans d'immenses forêts, s'étaient émerveillés devant d'impressionnantes falaises. Quand ils étaient arrivés dans le Jutland du Nord, Joyce avait même cru retrouver un peu de sa France, avec les plages constellées de dunes, lui rappelant les paysages bretons.
— Ils sont tous là, lui apprend Mette.
Quittant brusquement ses pensées, la Française suit son amie danoise jusqu'au rez-de-chaussée. Pour Joyce, le Danemark, c'est aussi Émilie, Lars, Kasper, Ida, amis de Mette, devenus les siens. Et à présent, ils sont là, pour lui dire « au revoir » ; pas d'adieux pour eux, ils se reverront. Joyce les serre dans ses bras, comme le veut la coutume, puisque dans ce chaleureux pays, ils ne connaissent pas « la bise ». Elle a les larmes aux yeux, soudain. Mais elle sourit. Elle voudrait rester, mais en même temps, sa France lui manque. Et sa mère l'attend.
Alors Joyce quitte la maison, et monte dans la voiture de Kamilla, la mère de Mette. Durant le trajet jusqu'à l'aéroport, pas un mot ne sort de la bouche de Kamilla et de Mette, sans doute trop émues. Joyce ne parle pas non plus, perdue dans ses pensées. Elle repense à cette année sabbatique à l'étranger, à cette année qui a changé sa vie, à jamais. Elle a cette impression qu'il lui reste encore tant à découvrir ! Et puis, elle a peur de s'ennuyer, dans sa petite campagne française, en attendant la reprise de ses études. Elle appréhende aussi le retour à la réalité. Cette année l'a changée. Elle est devenue plus mature, plus courageuse, plus curieuse. Libre. Joyce craint de ne pas supporter les retrouvailles avec la routine. Pourtant, elle n'a pas le choix. Elle a une vie qui l'attend, là-bas, au-delà des frontières. Et ses études, ses amis, sa mère. Cette année lui a permis de sentir une dernière fois le goût de l'insouciance de l'adolescence. Maintenant, il est temps qu'elle se comporte comme l'adulte qu'elle est devenue.
— J'espère que je vous reverrai bientôt.
— Tu seras toujours la bienvenue chez nous, répond Kamilla, sourire aux lèvres.
Elles sont arrivées à l'aéroport. C'est l'heure. Joyce doit partir, il est temps de rentrer. Elle serre une dernière fois Kamilla et Mette dans ses bras, et elle s'en va, sans perdre son sourire. Parce que son cœur lui dit qu'elle reviendra.

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Silvie DAULY · il y a
Très simplement, avec des mots venus du cœur, vous m'avez fait voyager. Merci Oneminmore.(votre pseudo est curieux. Que signifie-t-il? Vous m'intriguez).
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Jean Calbrix · il y a
Un départ comme une déchirure. Bravo, Oneminmore, pour ce joli texte agréable à lire qui nous incite à (re)visiter le Danemark. Belle coïncidence, j'ai un fils qui est allé aux Etats-Unis comme post-thèsard et qui avait comme directeur de recherche un homme d'origine Danoise et qui s'appelait Nielsen !
Je vous invite, si le cœur vous en dit, à lire mon sonnet Pétrole qui fait écho à Tarak que vous avez apprécié http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/petrole

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Francine Lambert · il y a
Attirée par la recommandation Short, je ne suis pas déçue, au contraire ! Cette nouvelle développe un thème peu abordé mais qui a une grande importance à l'époque où ce type d'échange devient fréquent. J'aime beaucoup la manière dont vous évoquez les sentiments contradictoires éprouvés par Joyce. La raison l'emporte bien sûr mais la tentation de rester est forte . . . De mon côté je vous propose des " Vacances en short" . . . vous laisserez-vous tenter ?
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Philippe Larue · il y a
Découverte intéressante, grâce à un petit rouleau à Livre Paris
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Madalen Hulin · il y a
Merci beaucoup ! Contente de savoir qu'une de mes nouvelles avait fait le déplacement jusqu'au salon :)

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