Bacchanales

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Romancier et poète, mon besoin d'écrire est maintenant vital depuis que je suis à la retraite. J'ai trouvé l'initiative de short édition très originale et qui colle parfaitement à notre temps  [+]

Image de Été 2020

Ce fut lorsque Clara monta sur la table à moitié dénudée que le dîner commença à s’encanailler. Elle s’empara d’un pichet de vin rouge, poussa un cri guttural, émis un rot voluptueux, secoua sa longue chevelure, but la moitié du flacon à la régalade avant d’en arroser son sein droit dont le téton pointait fièrement vers le plafond. Telle la liberté guidant le peuple dans le tableau de Delacroix, elle saisit un long couteau pour se planter devant Robert le fourbe, jambes écartées et jupe relevée. Celui-ci empoigna un os de gigot, souleva ce qui restait de vêtements à la jeune femme et l’enfonça dans l’intimité de la révolutionnaire. Celle-ci émit alors un râle avant de se pencher vers son bienfaiteur pour l’embrasser goulûment, tandis que le cuisseau retombait lourdement sur la nappe en l’aspergeant d’une huile douteuse.

Françoise, la maîtresse de maison dont les charmes avaient connu des heures plus glorieuses, ne pouvait pas en rester là. Elle se leva, rejoignit les deux acteurs, s’empara d’une motte de beurre, et tartina avec application le visage de chacun d’eux sans qu’ils s’arrêtent de se bécoter, ce qui eut pour conséquence d’accroître leurs ardeurs labiales. Elle s’assit alors à califourchon sur les cuisses de Paul et commença à frétiller telle une anguille tout juste sortie de l’eau. L’effet fut presque immédiat, puisque le pantalon du chauve se mit à gonfler jusqu’à ce son propriétaire en libère son contenu pour la plus grande satisfaction de sa cavalière qui entama ainsi un trot enlevé.

Les autres convives assistaient à la scène tout en continuant de déguster l’agneau de sept heures servi avec des pommes de terre à la sarladaise. Pas question de sacrifier ce mets délicieux pour quelques galipettes qui viendraient de toute façon agrémenter la fin de la soirée, se disaient-ils tout en découvrant que Robert avait maintenant le nez planté entre les jambes de sa partenaire.
— C’est vraiment dommage de gâcher ce merveilleux plat ! Ils ne savent pas ce qu’ils ratent, annonça Marie à son voisin, tout en posant sa main pleine de graisse sur son pantalon à rayures.
— Je suis tout à fait de votre avis, répondit-il en farfouillant dans les dessous de celle-ci, d’une main aussi huileuse qu’experte.
S’apercevant qu’elle n’avait pas plus de culotte que de retenue, il se mit à la caresser avec application, sans toutefois s’arrêter de manger. Sa partenaire lui rendit alors la pareille, en déboutonnant une braguette qui ne demandait que cela, tout en enfournant une grosse pomme de terre entre ses lèvres pulpeuses dont le rouge brillait comme une voiture de sport.

À côté d’eux, deux femmes passèrent sous la table, après avoir utilisé un concombre cru en guise de sex-toy, cucurbitacée dont elles avaient usé chacune à son tour avec une application industrieuse, étant arrivées même à se partager l’engin dans un mouvement synchronisé. Là, sous la nappe, elles émettaient des gémissements sans équivoque, poursuivant certainement leurs aventures potagères sur le tapis persan qui en avait vu d’autres.

À l’autre bout de la table, Charles restait imperturbable. Il avait nettement l’impression d’être tombé dans un guet-apens. Convié à un soi-disant dîner mondain, il assistait plutôt à une scène orgiaque, une bacchanale digne d’un tableau du Titien. Il ne manque que quelques animaux pour que le spectacle soit complet, songea-t-il en se servant une nouvelle fois. Au moins, le repas est succulent et le vin à la hauteur, se dit-il en tentant d’oublier ce qui se déroulait autour de lui.

Claire, la jeune fille de la maison, constatant que sa mère, en bonne amazone, s’affairait toujours sur les genoux de Paul dans un galop entretenu, se devait de remplacer l’hôtesse défaillante. Une question d’étiquette et de savoir-vivre, en accord avec l’éducation rigoureuse qu’elle avait reçue. Elle s’approcha alors de Charles dont le visage possédait quelque chose de troublant, presque d’androgyne.
— Vous avez l’air de vous ennuyer, minauda-t-elle avec son sourire le plus affable, tout en s’asseyant au côté de l’être bisexué.
— Pas du tout ! Je suis juste quelque peu surpris de la tournure qu’ont pris les événements ! Je ne m’attendais pas à cela ! répondit-il en s’octroyant une gorgée de Saint-Émilion 2003 et en faisant claquer discrètement sa langue.
— J’espère que tout ceci ne vous choque pas !
— Pas le moins du monde ! Par contre, je trouve dommage de négliger un aussi bon repas par des galipettes somme toute assez banales, et sans aucune originalité.

Décidément, cet homme intriguait la jeune fille. Elle se sentait attirée par la sérénité, le calme souverain et le charme subtil de cet hermaphrodite. Plantant son regard dans celui-ci, elle lui glissa :
— Puis-je vous demander ce que vous faites dans la vie ?
Ses traits se détendirent à la manière d’une vague qui se retire en effaçant un dessin tracé dans le sable, avant qu’il ne réponde avec retenue :
— Je suis acteur dans des films X !

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Bless Le Sage · il y a
Cool
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Gérard Muller · il y a
Merci Bless. Je vois que vous êtes moins sage que votre pseudo !
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Chr · il y a
il ne faut pas que l'os du gigot soit trop gros !!!!!!!!!!!!!
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Martine-MARIE marie · il y a
Le sens du détail! Merveilleux!
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Martine-MARIE marie · il y a
J'ai beaucoup aimé! Je me suis replongée dans la grande bouffe! Oser , aller au bout de ses délires, c'est rare! Un grand bravo!
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Gérard Muller · il y a
Merci Martine
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Utilisateur désactivé · il y a
Beurk ! A la limite de l'indigestion, je n'ai pas fini ce repas ! Triste littérature.
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Gérard Muller · il y a
Si c'est au second degré, OK. Si c'est au premier, permettez-moi de vous dire que votre texte érotique est plein de clichés et qu'il manque furieusement de métaphores !
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Utilisateur désactivé · il y a
Oh j'ai vexé le monsieur ! Eh bien, c'est du 1er degré et mon texte érotique est plein de clichés que j'assume. Quant aux métaphores, je ne vois pas en quoi ce serait une obligation. Bonne bouffe !
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Gérard Muller · il y a
Une chose est sûre. Je n'achèterai pas votre livre.
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Utilisateur désactivé · il y a
Aucun problème 😜 Quelle susceptibilité et rancunier avec ça !
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Roger Walker · il y a
Je regrette, Gérard, le premier paragraphe m'a suffi.
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Kara Bistrakoum · il y a
Cet os de gigot aux vertus priapiques
Augure bien du menu servi à ce repas
Qu’en gastronomes experts les convives s’appliquent
À enrichir gloutons d’additionnels en-cas
Et le sang-froid gourmet de ce professionnel
Assis en bout de table vient par sa retenue
De calme spécialiste par le sexe repu
Conclure avec humour cette courte nouvelle

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Gérard Muller · il y a
Merci Kara, pour ce commentaire si bien ficelé. J'ai voté pour votre "pas dans la terre"
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Mitch31 M · il y a
Le sexe et la bouffe aux vertues orgiaques s'entremêlent si bien dans ce récit qui ne manque pas de poésie. Bravo.
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Gérard Muller · il y a
Merci Mitch31. Toulousain comme moi ?
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Mitch31 M · il y a
En effet. Toulousain-sain !!
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Gérard Muller · il y a
J'anime un atelier littéraire sur Toulouse, pour coacher les futurs romanciers. Si cela vous intéresse, vous serez le bienvenu.
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Sylvie Detain · il y a
Très drôle et hautement jubilatoire :-)
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Gérard Muller · il y a
Merci Sylvie
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Sylvie Neveu · il y a
Hé bien, quelle ripaille ! J'ai fait ma voyeuse en me léchant les babines assise dans un petit coin de votre récit. Un délice de petit matin parce que votre écriture fait une poésie érotique de haute volée.
Merci
sylvie

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Gérard Muller · il y a
Merci Sylvie pour ce commentaire si poétique ("assis dans un petit coin de votre récit", j'adore !)
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Keith Simmonds · il y a
Une plume bien maîtrisée pour cette histoire empreinte de sensualité ! Mon soutien !
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Gérard Muller · il y a
Merci Keith

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