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Aveugle et muet

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Constantin

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Il y a plus ou moins 24h, Seth sortait de son traditionnel cours de mathématique du jeudi après midi, barbant et abrutissant. 24h à peine... Et il était maintenant plongé dans la pénombre la plus totale. Premièrement parce qu'il avait les yeux bandés deuxièmement parce qu'il était dans le coffre d'une voiture. Tout son corps semblait paralysé, de ses genoux contre son torse, à ses bras dans son dos en passant par ses mains liés. Il s'était réveillé il y a une heure à peu près, selon sa notion du temps. Une violente douleur à l'arrière de la tête, et un bâillon autour de la bouche... Il s'était usé le premier quart d'heure, tentant d'hurler ou de se projeter contre le coffre, mais rien n'y faisait, il était enfermé. Situation peu commune pour un lycéen. Il percevait un léger bruit de moteur en fond, alors que ses poignets lacérés par la corde commençait sérieusement à le brûler. Des larmes perlèrent sur le coins de ses yeux, mais le bandeau les absorba, comme pour étancher sa soif certaine.
Après quelques dizaines de minutes supplémentaire (et disons le, plusieurs tentatives désastreuse de comprendre la situation sans plonger dans le mélodramatique), la voiture, qui représentait maintenant le seul bruit de moteur de l'extérieur, se stoppa net, dans un léger bruit de frein et de gravier. Seth, le visage trempé de sueur (et de larmes) s'était mis à songé à toutes les personnes qu'il avait... Importuné lors de ses effusions maladroite de colère et de violence... Il se remémora le vieux gitan au nez fracturé, le jeune con au vélo, lui aussi fracturé... Mais aucun d'entre eux n'aurait été assez rancunier pour imposer une pareille virée en coffre. Du moins il l'espérait. La sensation du soleil sur son visage coupa sa réflexion, et il profita de l'ouverture du coffre pour tenter une nouvelle fois de gémir, espérant attendrir le conducteur. Celui ci lui répondit en saisissant ces épaules et en le projetant violemment au sol, contraignant Seth à une suffocation sifflante. La première chose qui frappa Seth, ce fut le gravier au sol. Premièrement parce que son visage vint racler le sol sur plusieurs centimètres, mais aussi parce que cela signifiait qu’il était loin de la ville. Le silence était pesant. Allongé sur le sol, ne pouvant pas se lever, toujours attaché, Seth n’avait pas l’habitude d’un tel silence. Étouffant. Décourageant. Terrifiant. Les mains de Seth se mirent à trembler frénétiquement, il ignorait si c’était la peur ou un réflexe dû à la trop longue compression par les liens. Face contre terre, Seth n’osait même plus gémir, ne pouvant pas briser ce lourd silence, la gorge sèche, les yeux fermés, mais les larmes chaudes sur ses joues, coulant par delà le ruban.
Le réconfort, si on puis dire, vint d’un bruit à quelques mètres. Un bruit de porte qui s’ouvre. Un réel grincement de bois, suivis d’ailleurs de quelques pas, régulier. Seth profita de l’occasion pour pousser sur ses coudes et ses épaules, tentant d’arriver à genoux. Le seul obstacle à ça fut un poing lancé à vive allure contre sa joue, propulsant l’intégralité du personnage au sol, l’obligeant à une nouvelle rencontre avec du gravier.
— Ne l’abîmer pas ! La première voix qu’entendait Seth remplaça les bruits de pas. Elle était masculine et posée, avec une certaines rigueur et une sorte de... Calme certains.
Une autre voix répondit rapidement, la voix appartenant visiblement au poing du conducteur.
— Sérieusement ? Quand on sait ce que vous leurs faites, quelques égratignures, c’est un détail...
Seth ne sus pas réellement quoi penser directement de cette intervention, distinguant mal les mots en eux mêmes.
— Comment osez vous ? La volonté de notre Père ne peut être réduite à de telles considérations puériles !
— Écoutez, j’ai fait ma part du taff, tout ce qu’il me faut c’est mon fric. J’ai plus rien à foutre ici.
La voix du conducteur semblait cette fois presque apeurée. Ce qui fit presque regretter à Seth le doux moment dans le coffre, surtout lorsque deux paires de bras le soulevèrent du sol, laissant ses pieds traîner derrière lui. Cette traînée sur plusieurs mètres amena Seth à une réelle angoisse. Ses mains tremblante, ses yeux clignant trop rapidement, sa vision se brouillant, et cette impression de suffocation et d’étouffement... Tout cela plus le soleil qui cognait littéralement sur la tête du jeune homme faisait de lui un être vide, fatigué, docile. Il se surprit à somnoler un instant, se plongeant dans ses pensées, vide de sens, qui repassaient en boucles le dialogue des deux hommes à l’extérieur, mais aussi une chanson enfantine, son dernier cours de mathématique... Tout ce dont un lycéen banal ne prêtes attention que lorsqu’il semble... loin de l’ordinaire. Il ne fut réveillé que par un bruit de métal, dans le style d’une chaîne. Ses mains n’étaient plus liées, mais semblaient pendre, écartée, dans de petits arceaux de fer. Seth, dont la bouche était toujours bâillonnée, se mit à sentir quelque chose de terrifiant. Une odeur lourde, tout autour de lui. Une odeur forte, qui semblait s’être attachée partout dans la pièce. Comme une odeur de sang. Une odeur qui parvenait aux narines de Seth, qui se reprit à gémir, détestant l’idée de terreur qui lui venait en tête. Pour seule réponse, il reçut un bruit de lames, dans son dos. Une lame qui remontait, coupant petit à petit sa chemise, qui finit par glisser sur son torse. Son torse plein de sueur, tremblant de froid et de peur, à l’idée de servir de relais à l’odeur de sang de la pièce.
Une voix rauque, masculine, et face à lui s’éleva alors, brisant le silence de la pièce.
— Le seigneur est grand, le seigneur a créé, le seigneur a régné. Face à cela, l’homme s’est montré avare, cupide, mauvais, et s’est écarté de la voix de Dieu.
Cette voix avait résonnée dans toute la pièce, semblant s’adresser, non pas à Seth, mais à toutes les personnes présentes. Seth compris qu’entre les deux paires de bras l’ayant amenés et les mains chargées de lui couper sa chemise, le nombre de spectateurs était important. Le silence était trompeur.
— Lorsque le Seigneur finit par perdre patience, il se retira, frustré et fatigué, déçu et attristé. Car en ses enfants, il ne vit que ceux de Lucifer, les vices animant les Hommes, comme des relais de Satan, des impies, des païens, oubliant les commandement de Notre Seigneur !
Seth ne savait si c’était l’écho ou la puissance de la voie qui créer cette impression de puissance, voir d'omniprésence.
— Alors que fit Dieu ? Que fit Notre Père ? Que fit Le Seigneur ? Nous a t-il guidé vers la lumière ? Non ! Car sa déception était trop grande, et son oeuvre raté n’était que destinée à la poussière, et à la poussière il l'a destina !
Malgré cette impression d’écho, Seth cru un instant que la voie se déplaçait. Pire encore, qu’elle se rapprochait.
— Mais, chers Amis, chers Frères, si la volonté du Seigneur est que le monde retourne à la poussière, que le monde brûle dans le feu de la purification, que le monde se lave des péchés des hommes, que les prêcheurs de Lucifer ne soient plus que cendres, qui sommes nous pour contredire Notre Père !
Seth en était maintenant sûr, l’homme qui débitait un tel discours se rapprochait de lui.
— Alors c’est ainsi qu’Il dicte nos pas. C’est ainsi qu’Il guide nos actes. C’est ainsi, qu’il exécute Sa Volonté, Sa Vengeance !
Au même moment, Seth senti un souffle gras, rauque, et chaud sur son torse. Il entendit au même moment le bruit d’une lame qui semblait... sortir de son étui, où elle semblait se reposer jusqu’à maintenant, le bruit semblable à un rire froid, qui donna à Seth de lourd frisson, alors qu’il reprit sa série de gémissements.
— Et car Sa Volonté est la mienne, car Sa Lame est la mienne... Il me faut trancher !
D’un coup sec, la lame tranche la gorge du jeune homme, laissant son sang se déverser, laissant une part de lui rejoindre les restes des victimes précédentes.

PRIX

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Jfjs · il y a
Mort sang et religion (peut-être pas dans le bon ordre) !
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Ginette Vijaya · il y a
Pourrais je vous demander de lire et soutenir mon texte" le prix de la mort" qui est en lice en ce moment. Merci à vous .
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Fabienne Maillebuau · il y a
Bien écrit, mes voix, je vous invite sur: violent parfum acide.
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Aurélien Azam · il y a
Un texte contrasté. L'écriture est bonne - voire très bonne par moments ! - mais il y a quelques erreurs qui empêchent ton très très court de décoller, à savoir les fautes de grammaire/syntaxe et aussi l'absence d'une chute tranché (enfin, pas à la manière de la gorge de ton personnage ^^'). Néanmoins, il y a plein de vitalité dans ton texte, on ressent très bien les émotions de ton personnage, et le propos est clair : j'ai passé un agréable moment à te lire ! Je suis un peu près certain après lecture que tu es lycéen/étudiant : je me trompe ? :)
Merci pour ta nouvelle, Constantin :)
Si tu le souhaites, n'hésite pas à aller lire "Gu'Air de Sang", également en compétition !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/gu-air-de-sang

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Ginette Vijaya · il y a
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