Aventure étrange sur la butte Montmartre

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Aventurière des temps modernes, professeur de Mathématiques, mère de douze enfants, je les ai scolarisés à domicile jusqu'en terminale. Ils se sont éparpillés, certains sont mariés, et ont  [+]

J’ai vu la mort. Voici l’histoire : hier matin, éveillée très tôt, je sortis de chez moi et montai sur la butte Montmartre, le solstice est proche, et une lumière encore jeune, joyeuse s’amusait à Paris ; rebondir et faire des effets, caresser avec douceur, pâlir et revenir plus puissante et se décomposer en bandes colorées, frapper des dioptres, iriser de petits objets, elle connaît beaucoup de jeux, et je l’applaudissais, seule avec elle; toutes deux, nous riions, profitant de notre intimité je montais en songeant avec un petit tressaillement de plaisir : quelle surprise mon amie me réserve-t-elle, ? Je serai bientôt sur le premier palier, d’où je domine Paris, ma merveilleuse ville natale, que j’aime tant ! Mais soudain, elle s’enfuit, oui, comme apeurée, je la sentis trembler, vaciller, et elle s’éteignit. Presque ! Je crus à une farce « Eh, petits photons, revenez ! Je ne vous mangerai pas,  grains de lumière ! » Mais elle ne se montrait plus. Je ressentis la solitude et un effroi étrange m’envahit Alors, je vis, flottant dans l’air, la mort . Elle était loin encore , mais je la reconnus sans hésiter . J’aime la vie, je ne veux pas mourir et pourtant, dès que je l’aperçus, ma peur disparut : elle semblait tenir une guitare
je ne pris pas sa visite au sérieux : la mort chante-t-elle quand elle tue ? Je sais bien que non, je connais le destin : un personnage ignoble, implacable, cruel qui ricane et s’amuse des souffrances des hommes, un tordu qui se lamente quand il ne peut pas nuire Ils se sont mariés lui le méchant, elle, la compatissante, qui souffre quand elle enlève un enfant à ses parents, une mère à ses enfants, un époux à sa femme, Il me l’a dit : « ma fonction m’amuse mais ma douce femme est fragile, elle pleure sans cesse, elle m’ennuie, et certes, si je pouvais , je la tuerais, oui je l’empoisonnerais pour ne plus l’entendre geindre , mais c’est elle la mort, je ne puis tuer sans son aide, de même qu’elle ne peut sauver une vie qu’avec mon assentiment »  . La mort s’approcha :elle ne tenait pas une guitare, son corps est une grande paire de cisailles aux dents pointues de requin , elle tenait dans son menton, la tête de sa dernière victime. Elle me regarda, et me sourit .Elle est laide, mais un sourire l’éclaire et l’embellit . Elle me dit  :
"jamais je n’avais souri,
Vraiment tes jeux m’ont réjouie,
je me sens l’âme en fête aujourd’hui !
Et je te remercie ."
Puis elle ajouta: " je t’aime, toi que je ne connais pas, puis-je te revoir demain ? je ne te ferai pas de mal "
je fus tenté d’accepter j’ai tant de questions à poser, elle parlait gentiment , j’aime faire plaisir. Mais je répondis :  « je t’aime bien moi aussi, mais un jour tu m’emporteras, peut-on être ami avec celle qui vous tuera ? Et puis je hais trop ton époux, le destin et si je le rencontre je l’insulterai et lui cracherai au visage, et pourtant je suis polie, il sera le premier à recevoir l’expression de mon mépris »
Elle ne souriait plus :  « est-ce ma faute ? Je le raisonne, j’essaie de l’amadouer, de le civiliser, c’est un être fantasque . Non, se reprit-elle, un être mauvais . Je voudrais te revoir juste un jour, parler me fera du bien, je n’ai pas d’ami.»
J’ai accepté. Ce matin, je me suis levée tôt, mais le ciel est gris et sombre, La pluie menace, j’aime tenir mes promesses, pourquoi ?
J’appréhende un peu j’ai lu le petit chaperon rouge, il ne faut pas répondre aux méchants

Je suis remontée sur la butte seule. La lumière ne se préoccupait pas de moi et je l’ai vue, la mort !: le destin la frappait, elle se roulait sur le sol et gémissait. J’ai failli bondir et la défendre, mais j’ai eu peur, moi qui me vantais : « je lui cracherai au visage », j’ai fui. Et puis, honteuse, frappant le sol de toutes mes forces avec mes sandales, j’ai fait demi tour, j’ai crié en m’approchant du couple « honte à toi, scélérat, laisse cette femme tranquille,! » Je suis arrivée tout près d’eux, et j’ai craché sur la face verdâtre du destin qui grimaçait de haine. Je l’ai étonné. « D’accord, a-t-il dit, tu as raison, je me suis laissé emporter , j’ai eu tort, je te remercie de me le faire remarquer. Je voudrais que l’on m’aime et je suis si mauvais...» Et il a pleurniché. J’ai tapoté son épaule : « allons, tu grandiras, tu t’assagiras » et je suis partie, et, bien que crânement, en me hâtant. Mais j’ai menti, je n’ai pas confiance en lui, il ne s’assagit pas, et maintenant je suis à nouveau sa victime Voilà où mène le courage !
Et en plus, maintenant je les plains, ces deux pauvres êtres si minables ! ceux qui nous tourmentent  sont-ils tous aussi faibles ?
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De margotin · il y a
Ce n'est pas si mauvais d'avoir le courage d'aller jusqu'au bout.
Je vous invite à découvrir mon Dessin. Merci beaucoup
https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/au-bord-de-la-plage-1