Avant de casser ma pipe

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Passionné de littérature,de la langue, je profite de mon temps libre pour écrire des nouvelles. J'ai publié mon premier roman aux éditions du Mérite"Un Amour Infini". Je slame dans les bars  [+]

La journée que je vous raconte aujourd'hui, ma chère Lise, a changé ma vie. Je viens d'avoir cent ans ; avant de casser ma pipe pour de bon cette fois et dire adieu à ce bas monde, j'avais envie de te narrer cette histoire qui transforma mon existence paisible et bien réglée.
Comme tu le sais , je pêchais en mer méditerranée, toutes ces dernières années sur mon fameux bateau « L'Atoll »que je chérissais tant. Un jour, alors que le brouillard me donnait l'impression d'être dans du coton, j'entendis les cris d'un bébé au loin. En me guidant seulement au son aigu du bambin, je me rapprochais inexorablement d'une grande pièce de bois quand j'aperçus un bonnet rouge puis un corps minuscule couché dessus et inerte. J'eus le réflexe de jeter une bouée autour de l'objet flottant et lentement, le radeau branlant toucha la coque de mon bateau de pêche . Je pus ainsi hisser le corps inerte de l'enfant sur le pont et le recouvrir tout de suite d'une couverture de survie.
Le cœur ne battait plus et après un massage cardiaque de quelques minutes, la poitrine du bambin se souleva lentement et régulièrement ; je ressentis une immense chaleur m'envahir et je criais en levant la tête au ciel : « Merci mon Dieu ».
Je te passe les détails du rétablissement du bébé âgé, selon les médecins, de six mois et originaire probablement de Somalie selon les lettres délavées inscrites sur une des planches du radeau.
Tu te demandes certainement ce que j'ai fait de cet enfant alors que moi-même j'avais déjà une famille nombreuse. Mais, j'avais sauvé une vie et je n'allais pas laisser ce mouflet si frêle dans un orphelinat. Non, tout le monde à la maison l'adopta et il fut choyé autant que faire se peut.
L'enfant de couleur devint la coqueluche du quartier et il pleurait quand il se retrouvait seul pendant les heures de la journée où tous les bambins partaient à l'école.
Je le mis donc très vite, à trois ans je crois, dans une institution privée pour qu'il ait une bonne éducation et qu'il ne soit pas moqué par les autres élèves à cause de sa couleur de peau. A cette époque et encore maintenant d'ailleurs, les actes de racisme étaient monnaie courante dans les écoles.
Florentin,le fils que j'avais sauvé des eaux, me rendit au centuple les efforts que j'avais consentis pour lui donner tous les atouts pour réussir dans la vie. Il voulut m'aider sur le chalutier dès qu'il fut en âge de le faire alors que ses frères et sœurs préféraient jouer avec les gosses du même âge.
Et un jour, fièrement, après des années d'études brillantes de médecine, Florentin obtint son diplôme de chirurgien dans une grande faculté. Le jour de la remise de son diplôme, je fus si ému que les larmes n'arrêtèrent pas de couler sur mon visage ridé. Toute la famille était là, réunie autour du futur diplômé.
Le lendemain, il m'apprit une bonne nouvelle pour lui et une mauvaise pour moi : « Papa, me dit-il, en me prenant par le cou, demain, je pars en Somalie, à l'hôpital de Mogadiscio où j'ai posé ma candidature pour être dans le service de chirurgie cardiaque, ne m'en veux pas , ma vie est là-bas, je dois redonner aux miens les connaissances que j'ai acquises ici et qui sont si rares au pays.Je vous aime tous mais le devoir m'appelle » Il continua ainsi à énumérer les raisons de son départ.
C'est ainsi que mon fils bien aimé partit rejoindre les siens. Rien ne pouvait le retenir, pas même l'amour d'un père vieillissant. Il y a vingt cinq maintenant. Que le temps passe vite , aussi vite que notre amour qui n' a pu s'épanouir. La guerre nous a séparés et j'ai mis trop d'années pour te retrouver. Toi aussi tu es repartie dans ton pays natal et une mer nous sépare. Je sais que les jours qui me restent à vivre sont comptés. Je voulais te raconter l'histoire d'un père meurtri par ces séparations, mais ma douleur est atténuée par ces retrouvailles récentes avec toi, ma chère Lise, mon amour de toujours. J'ai encore la force de t'écrire sur mon lit d'hôpital et j'attends un miracle avant de quitter cette terre et surtout cette mer : vous revoir tous les deux. Je t'aime encore. Ton fidèle ami.

Emile
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