Avada Kedavra, mon pote !

il y a
2 min
36
lectures
5

Ado de 18 ans aimant en vrac : les livres, écrire, le jazz, les mangas, les chiens, le saxophone, l'aïkido, partager et discuter des idées ! Et surtout qui n'a hélas pas beaucoup le temps  [+]

T’es assis. T’as les mains qui frottent contre les cordes en chanvre, nouées aux barreaux de la chaise en bois que j’ai trouvée dans la cave. Les chevilles c’est pareil, mais j’ai serré plus fort, histoire de te les dégonfler.
Faut dire qu’en même temps, t’as de quoi les avoir grosses, hein mon cochon.
Monsieur dirige la plus grande usine de la région, celle qui ne s’est pas encore barrée en Chine... Monsieur achète le cheval préféré de Mademoiselle sa gentille petite fille adorée chérie pourrie gâtée jusqu’à la moelle... Monsieur conduit la meilleure voiture, a la plus belle des nanas dans son lit, Monsieur ne voudrait-il pas aussi qu’on fasse une courbette en sa présence, tant qu’on y est ?
À propos de l’usine, j’aurais du dire « aurais »... Non... « va avoir »... Non plus... Merde... Tu dois savoir, toi, hein, quand on arrive là où t’es, c’est qu’on sait forcément comment qu’y faut qu’on cause, non ?
Je te mets une claque. Ça te secoue, tu tournes la tête. Ça y est, t’es réveillé.
« Je suis où, bordel ? Et vous êtes qui ? »
Questions logiques. T’as de quoi être affolé, dans moins d’une heure t’y passes. Moi aussi ça me ferait pareil.
Ma voix est étouffée par la cagoule.
« J’ai une question. Rien que pour toi. Alors tu vas y répondre, d’accord ! »
Là tu te tends, tu t’affoles, t’attends la question piège, la question logique de la part de n’importe quel psychopathe-fou furieux-sur énervé qui peut te faire basculer, ou le faire basculer, à n’importe quel moment.
« Comment tu dis, quand tu diriges quelque chose maintenant mais que après ce sera plus vrai ? »
Faut dire que celle-là est gratinée... Et toi t’as pas compris.
«  - Par... Pardon ? Pourriez-vous répéter ?
- Je dis : comment tu dis, quand tu diriges quelque chose maintenant mais que après ce sera plus vrai ? »
Tu cherches, désespérément, le truc suffisamment correct pour bien répondre à ma question, mais sans faire le blasé, ou n’importe quelle autre connerie du style qui pourrait te passer par la tête.
« T’inquiète, tu peux y aller, j’vais pas t’allumer cette fois-ci... »
Tu vois que je peux être gentil, je veux te rassurer !
« - Eh bien... C’est du futur antérieur, donc ça donne "j’aurais dirigé"...
- T’es tout tremblant dis-donc ! Ben voilà ! Donc t’aurais dirigé la plus grosse enflure d’usine de la région !
- Ah non attention ! Ça c’est du conditionnel passé, ça ne marche pas ! Il faut dire "Tu auras dirigé" !
- Bref ! Eh ben t’auras dirigé... Enfin t’as compris quoi !
- Mais oui mais... Mais vous êtes qui, au fait ! Et pourquoi vous m’avez attaché, dans ma propre cave ? Pour me coller des baffes en me posant des questions de conjugaison ? Si c’est vraiment pour cette raison, aller voir un professeur de français, pas un PDG d’usine ! »
Quand je disais aux collègues que t’étais vraiment une pustule... Jamais hésiter à écraser les autres, par tous les moyens possibles, hein !
« - T’as pas à savoir qui je suis. Juste que je bossais dans ton usine, et que "pour des raisons autant économiques que sociales, ce centre de production fermera ses portes dans trois mois pour ouvrir une nouvelle exploitation au Taïwan." En gros, tu m’as mis sur la paille. Et tu vas payer.
- Alors c’est uniquement pour la vengeance ? Ce n’est pas très sérieux, mon vieux, allons détachez-moi, que nous reconsidérions la situation d’homme à homme...
- Salopard... Avec toi tout passe par l’argent, hein ?! Raté, pas que. Ça passe aussi par le temps, la destinée, la fatalité... Tu vois, des genres de magiciens qui tirent les ficelles... En parlant de magie, t’as lu le dernier Rowling ? Vachement bien, y parait... »
Toi t’es terrifié, tu trembles devant un mec qui passe simplement du coq à l’âne avec des phrases. Arrête-toi trente secondes, et reconsidère la question : tu passes de l’Europe à l’Asie !
« - Tiens d’ailleurs, le personnage principal, tu prends son prénom, et la première lettre de son nom, ça fait R-I-P... Comme toi, bientôt, quoi !
- Mais non ! Mais... Enfin... Calmez-vous ! Écoutez-moi ! S’il vous plait ! »
Et ça y est, c’est reparti, les jérémiades, les pleurs, les cris... Calme-toi, on est pas au théâtre, personne peut t’entendre pleurnicher !:
Je sors le Magnum de derrière ma ceinture, et je te dis, comme j’ai répété devant le miroir, le cœur tremblant, les mains moites, collées à la crosse :
« Avada Kedavra, mon pote ! »
Et je tire.
5

Un petit mot pour l'auteur ? 4 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Merlin Merlinéa
Merlin Merlinéa · il y a
Tant que les dirigeants de ce monde ne penseront que profit, il en sera ainsi
Gam si le coeur vous dit allez lire ma balade entre deux mondes au bord de l'eau qui est en finale

Image de LucMorizur
LucMorizur · il y a
Bravo gars ! Un peu sombre quand même hein... ;-)
Pis un peu violent aussi...

Image de Patricia Burny-Deleau
Patricia Burny-Deleau · il y a
Implacable vengeance. Deux mondes, celui du travail et celui du profit qui auraient eu intérêt à trouver des accords.
Image de deleted
Utilisateur désactivé · il y a
Texte original.
Bien écrit.
Mes amitiés.
Sandrine.