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En ce mois de juillet, il est nécessaire de chercher quelques coins d’ombre, c’est pourquoi Martial et Jérôme se sont donné rendez-vous une fois de plus « aux marches ». À côté de la porte principale de l’église se trouve un escalier. Celui-ci est bordé d’une part par l’église et d’autre part par un mur très haut et très épais qui sépare le domaine religieux du vieux château.

Le mur est tellement élevé qu’il est impossible de voir la propriété des châtelains. La végétation épaisse plonge l’escalier dans une fraîcheur exquise. Les deux enfants sont assis côte à côte et imaginent leur devenir avec des : « Moi, plus tard... ». Ils ne mettent pas plus de cinq minutes pour passer de pompier à astronaute.

Après quelques instants, Jérôme s’interroge sur le catéchisme. Il sait que Martial assiste au catéchisme tous les mercredis après-midi. Jérôme a l’impression qu’on lui vole quelque chose qu’il ignore. Il a l’impression que la moitié de la classe participe à des réunions auxquelles il n’est pas invité. Entre jalousie et incompréhension, il demande à Martial : « c’est bien le catéchisme ? ».

Martial : « Ben ouais, c’est sympa, ça se passe dans la sacristie. »

Jérôme : « C’est quoi la sacristie ? »

Martial : « Tu vois, c’est un peu comme l’arrière-cuisine ou comme les vestiaires de l’église, si tu préfères. Il y a tout un bric-à-brac de vieilleries, le plus souvent en bois. Il y a aussi des gobelets et des médailles en or. Même certains tissus sont cousus d’or. Au milieu de la pièce se trouvent une grande table, un fauteuil et des tabourets pour les enfants. »

Jérôme : « Et là, qu’est-ce que vous faites. Vous mangez ? »

Martial : « Non, non, au début on discute entre nous tout en sortant nos affaires : cahier, crayons, comme en classe. »

Jérôme : « Ah bon ! »

Martial : « Quelques secondes avant 15 heures, tous les enfants fixent la pendule. En effet, la porte s’ouvre au moment où l’aiguille des secondes est sur le douze. A chaque fois, monsieur le curé n’est ni en avance et ni en retard, à la seconde près. »

Jérôme : « Whaouh !!! »

Martial : « A chaque fois, c’est pareil, en un tour de table, tous nos regards se croisent et nous sommes impressionnés. »

Jérôme : « Tu crois qu’il y a un truc ? »

Martial : « On s’est tous posé la question, en plus, Monsieur le Curé est très gentil. Il a souvent l’air plus absent que calculateur. »

Jérôme : « Et alors, après ? »

Martial : « Monsieur le curé, le père Dumatier s’assied, en bout de table, à la place qui lui est réservée. C’est un très vieux monsieur habillé de noir de la tête aux pieds. Il a des cheveux partout, sur la tête, mais également certains sortent des oreilles, du nez et même du cou. Ses mains sont tremblantes et toutes ridées. À chaque fois qu’il prend un stylo à encre pour écrire, j’ai toujours l’impression qu’il va faire de gros gribouillis et mettre des taches partout, mais sa main se bloque brutalement. L’écriture oblique est appliquée avec des pleins et des déliés parfaitement ajustés aux lignes Seyes. Il écrit le titre de la leçon du jour. »

Jérôme : « Et c’était quoi la dernière leçon ? »

Martial : « C’était l’Assomption, je me souviens, comme je n’arrivais pas à prononcer le mot, le père Dumatier me l’a fait écrire dix fois. Il m’a expliqué que ce n’était pas une punition, mais qu’il était nécessaire que je me souvienne du mot. »

Jérôme : « C’est quoi « la csonption »

Martial se mit à sourire, tant le souvenir de la punition était proche. Martial : « Bah ! En gros, c’est quand la Vierge Marie est morte, mais en fait, elle n’est pas morte. Elle s’est élevée dans le ciel. Il y avait aussi une histoire d’âmes et de gloire céleste, je me souviens plus très bien »

Jérôme : « Elle vole comme Superman ? Whaouh !!!»

Martial : « Non, plutôt comme un ascenseur lumineux !»

Jérôme : « Et c’est qui la Vierge otarie »

Martial est fièrement amusé, il sent bien l’ascendant qu’il a sur Jérôme. Martial : « Mais non, la vierge Marie, c’est la maman de Jésus, tu te souviens le cadavre accroché à une croix qui se trouve dans ma chambre à côté du poster de Maxime le Forestier. »

Jérôme : « Ah oui, c’est dégueulasse »

Pendant plusieurs minutes, Jérôme assaille Martial de questions de toutes sortes : la vierge qui est vierge, mais qui a un fils. Celui-ci a plein de copains qui sont tous devenus saints, sauf un qui aurait parlé aux Romains tout en regardant dans l’oeilleton. Jérôme : « C’est génial, ça pourrait faire une BD, tu crois que moi aussi je peux aller au catéchisme ?»

Martial : « Je ne sais pas, sûrement, le mieux, c’est que tu demandes à tes parents »

Après quelques instants, les deux enfants ont changé de sujet pour s’intéresser aux filles de leur classe. Qu’il fait bon vivre assis sur les marches des escaliers de l’église. Plus tard, le lieu de rendez-vous n’aura pas changé. Ils seront plus nombreux accompagnés de leur cyclomoteur pétaradant et même certains apporteront de la musique pour y improviser une « Boum ». Ce sera au début des années 70.

Pierre Tomy Le Boucher

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