Autopussy

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J'aime les mots depuis... toujours Merci d'avance à celles et ceux qui prendront le temps de me lire  [+]

Image de 2017
Image de Très très court
L'impact des gouttes sur le métal dessinait à chaque éclat une fleur de sang qui s'infiltrait par petits rus dans le noir épais du cambouis.

Autopussy, ainsi nommée par ses voisins était connue pour assortir la couleur de ses jupes très petites à celles changeantes des tôles roulantes toujours bruyantes dans lesquelles elle posait son fessier. Elle démarrait telle une fusée pour s'en aller loin des battis de son quartier qui n'avaient qu'un défaut : l'indifférer.

Elle avait décidé de repeindre sa voiture. Elle se rendit chez son voisin le carrossier et ensemble sur un joli nuancier avaient sélectionné un noir cendré. Ce serait le nouvel habillage de sa vieille Berline blanche qui même si bientôt hors d'usage méritait d'être un peu réveillée.
- C'est sobre, lui dit-il
Alors une date fut fixée. Ainsi elle pourrait la retrouver débarrassée de toutes les traces laissées par des mauvais créneaux.
Lundi 13, appel à 9 heures
- Votre voiture est prête, vous pouvez venir la chercher

Autopussy, chaussée de Louboutin arriva à l'heure très pressée de la récupérer. Elle regarda la rue, figée sur le trottoir, le cou alternativement tourné d'un horizon bouché vers l'autre. Ne la voyant pas garée, elle se rendit à l'intérieur de l'atelier. Le carrossier triomphant courut et lui tendit les clefs :
- La voilà, je suis sûr qu'elle vous plaira, vous n'allez pas la reconnaître.
Elle resta interloquée...
-Vous devez vous tromper...
La voiture était rouge, non pas un rouge discret comme le serait un vin du Bordelais, on aurait dit une cerise, une vraie Burlat bien en chair, visible à 300 mètres. Elle se dit que même la nuit on la verrait.
- Mais c'est du noir que je voulais !

Alors la mine du garagiste s'allongea comme un ballon de rugby. Elle, se revit enfant harassée, étalée parterre après la cueillette obligée de ces saletés de fruits dans le vieux pré de l'oncle Guy. Les cerises fallait les ramasser, mais lui, elle avait envie de le pendre comme un morceau de viande à un crochet de boucher.
"Et si je le transformais en griotte pour le rendre à son arbre dont il n'aurait jamais dut tomber"
Elle lui demanda, car elle avait un doute, de vérifier si le pot d'échappement n'était pas un peu usé. Il n'avait pas envie, car lui c'était certain n'avait entendu aucun bruit. De plus, il lui fallait lever le pont. Autopussy avait beaucoup insisté pour le persuader. Elle attendit ce moment avec délectation. Sa voiture prit de la hauteur et elle entendit battre son cœur au fur et à mesure de son élévation.
- Allez-y, mettez-vous dessous, je suis certaine d'avoir raison
Pendant qu'il commençait à lever la tête, elle regardait autour d'elle toutes les clefs à mollettes, il y avait même des extincteurs et des douchettes, et si lui prenait feu ou s'aspergeait d'un produit toxique, elle le laisserait volontiers prendre des couleurs et râler dans sa douleur
- C'est quoi ce bouton ? lui demanda t'elle
- Faut pas le toucher, ça déplace le pont roulant, cria t-il
"Et si je l'envoyais se balader d'un pont à l'autre. Ça lui ferait un beau voyage dans les recoins de son atelier. Et ben moi je vais appuyer, tiens, sur celui-là.."
- Mais qu'est-ce que vous faites, ça me fait descendre en-bas...
- Tant mieux, et hop dans la fosse et ma voiture te servira de couvercle
"Pour ça j'espère que mon bigarreau va descendre trop bas pour t'écraser comme un fruit mûr et te transformer en confiture. Voilà, c'est fait. T'as sûrement moins souffert que mes petites mains dans les vergers de mon enfance. Il n'y a plu qu'à mettre une étiquette : COMPOTE de CERISES ou de GRIOTTES. Dommage, je n'ai pas de sucre pour te saupoudrer..."
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