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Autobus

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Dibul

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Elle se tient debout, fière et droite. Je la regarde depuis mon trône, que j'ai pu acquérir miraculeusement en montant à une station peu fréquentée. Elle n'a pas eu cette chance, mais peu lui importe, car elle se tient debout, fière et droite. Elle n'a même pas besoin de s'accrocher aux longues barres métalliques qui s'offrent à elle, et qui ne semblent attendre que ça – elle est stable. Elle transpire l’estime de soi à outrance, elle pue la perfection, et elle le sait. Ça en serait dégoûtant, si elle n'était pas d'une irrésistible beauté. La boite de conserve dans laquelle nous sommes confinés, les autres passagers à bord, tout semble graviter autour d'elle, tout est happé par son aura envoûtante.
Je devrais la désirer, mais je l'envie, et ma jalousie à son égard est proportionnelle à sa méprise pour moi et les autres, les personnes normales. Pourtant, je hais les êtres hautains à sa façon, mais elle est si enchanteresse que je ne peux faire autrement que de me laisser hypnotiser.
Mais soudain, c'est le drame. La faille dans la continuité du temps, la fêlure dans la fatalité du destin – le cul de poule sur la route. Le bus saute, s'ébranle, freine, et celle qui jusqu'à présent était restée imperturbable perd sa stabilité et commence à tomber.
Alors qu'il était parfaitement gainé quelques secondes auparavant, son corps se crispe, se tord dans tous les sens, et ne devient plus qu'une forme grossière et anguleuse. Son visage provocant et angélique est recouvert sous un affreux rictus, ses mains s’agitent dans le vide et cherchent les barres métalliques, qui, vexées de son comportement méprisant, semblent avoir retiré leur offre. Elle se trouve à présent dans une position parfaitement ridicule, cherchant en vain à sauver son honneur, devant 17 personnes hilares, qui elles, se sont bien accrochées.
Les oranges, empilées dans le panier de la vielle dame assise à côté de moi, n'ont malheureusement pas eu cette chance, et ont roulé sur toute la longueur du bus, passant entre les jambes de la pauvre femme, toujours en train de tomber.
Celle-ci, se trouve donc dans une position encore plus délicate, car les fruits slaloment sous ses pieds, et finissent de tuer complètement son équilibre. Elle se rapproche dangereusement du sol, et finit par s’écraser lourdement par terre dans un craquement monstrueux, réduisant par la même occasion en bouillie les quelques oranges qui ont le malheur de se trouver sur sa route. Elle glisse dans l'allée, et finit enfin sa course, les cheveux épars et les habits déchirés, pleins de jus d’orange et de poussière.
Le bus s'arrête, je me lève, et descends, un large sourire fendant mon visage.
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Keith Simmonds · il y a
Bravo, Dibul , pour l'humour de ce texte! Bonne continuation et mon vote!
Je vous invite à venir voir et apprécier mon “Été en flammes” si le cœur
vous en dit, merci d’avance!
http://short-edition.com/oeuvre/poetik/ete-en-flammes

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MissFree · il y a
Un petit texte bien drôle!
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Fred Panassac · il y a
Un vrai bijou d'humour !
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Ombline · il y a
Pas mal !
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Coeliak · il y a
Très drôle, j'adore:)
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