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Aujourd'hui j'ai tué

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Julie

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Aujourd’hui j’ai tué pour la première fois. Quel splendide sentiment, exquise sensation que de lire un regard d’incompréhension, que de voir la dernière étincelle d’un corps. A ça, je l’ai pas raté ! J’ai troué son thorax jusqu’à en vider mon barillet entier. Il était résistant cet enfoiré la... mais qu’est-ce que je l’admirais...
Maintenant plusieurs questions doivent se bousculer dans vos cervelles. Qui suis-je ? Qui ai-je tué ? Quand ? Comment ? Ne vous inquiétez pas, je répondrai à tout cela en temps et en heure.
Nous sommes le 8 décembre 1980, il fait froid dans les rues de New York, le blizzard vous glacent le sang et vous coupe les lèvres. Depuis longtemps je pense à lui, à son visage, à sa femme, à ses concerts. Oui, je l’aimais. Je l’aimais plus fort que n’importe qui, plus fort que son asiat pour sûr. Dès mon enfance j’étais habitué à l’entendre. Mon père écoutait sa douce voix quand il était en l’air. Ma mère chantait ses refrains à tue-tête entre deux patients. C’est là que j’ai commencé à l’aimer. Ils étaient quatre mais c’était le meilleur.
Bientôt vous comprendrez tout, je vous le promet.
Alors, pendant que je marche les mains dans les poches et la tête baissée je vois une coupure de journal par terre. Ma surprise est grande quand je lis qu’il est à New York en ce moment, au Record Plant Studios pour un enregistrement ! Je deviens fou, fou d’excitation. Si j’attends à la sortie de l’immeuble je le verrai ! Je me dirige donc vers le studio d’enregistrement et attend. Il est tard, il n’y a personne. Je vais le rencontrer ! Et je serai seul avec lui ! Je me rappelle soudainement que dans ma large poche droite il y a aussi mon revolver. Mon revolver calibre 38. Mon revolver calibre 38 chargé avec 4 balles. Soudain la porte de l’immeuble s’ouvre. Je le vois arriver avec sa femme. Il ne m’a pas vu. Je panique, je perds contrôle et je tire. Quatre coups retentissent puis le silence. Ensuite le bruit du corps qui s’effondrent et les cris de la femme affolée. J’admire, je visualise la scène. J’ai tué celui que j’aimais. N’est-ce pas la plus belle preuve d’amour ? Je la regarde, je le regarde une dernière fois et je pars en courant. Elle va appeler la police, je le sais alors je cours.
J’entre dans mon lugubre appartement, laisse la porte ouverte et me précipite dans le salon. Je contemple les différents posters qui recouvrent mon mur. Il est là avec moi, je le sens. Puis je cherche. Je cherche mon autre revolver, plus petit. Je le trouve sous mon oreiller. Je regarde le cadre photo qui est en face de moi, une photo où il me sert la main. Un coup retentit puis à nouveau le silence. Un crâne s’éclate contre un meuble mais personne ne sera là pour crier.
Une autre interrogation vous vient peut-être à l’esprit : comment j’en suis arrivé là ? Comme tous les autres : enfance difficile, père violent, fugue, drogue, alcool... Et ensuite votre nom fait la une des journaux.
Mais alors vous vous demanderez, comment est-ce possible ? Comment pouvez-vous être en train de lire le déroulement d’un meurtre par son même acteur quand celui-ci est mort ? Et bien je vous dirais que les fantômes du passé hantent les vivants tant qu’ils n’ont pas réglé leurs histoires. J’ai maintenant réglé la mienne. Je suis passé aux aveux. Je m’appelle Mark David Chapman. Il s’appelait John Lennon et je l’aimais.
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