Aube suspendue

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《 Et son sourire s'agrandit à mesure que les notes s'envolent, venant se percher sur les toits. 》  [+]

Le coude posé contre la vitre, je somnole à moitié, aveuglée par les lumières de la ville. Mes yeux bleus sont tournés vers ce ciel d'encre qui pâlit et s'estompe tranquillement. Je joue avec les boutons de ma veste, de ce geste mécanique qui comble un vide profond. Le bus se coule sans un bruit sur les routes de béton, et je m'étonne de ces maisons alignées comme une foule de gens arborant fièrement leur différence. Pensive, j'imagine ce qu'eux, peuvent penser. Toutes ces brèves silhouettes se croisant sans se voir, ce monde qui vibre pourtant de l'intérieur me surprend. Eux vivent et moi j'attends. J'observe de loin et je m'étonne à trouver cela dépourvu de sens.

Le tableau peint autour de moi se mouve et file aussi vite que va cet engin dans le noir de l'aube endormie. Trop vite pour que mes soucis puissent suivre.

Je voudrais que jamais cela ne s'arrête.

Que le regard soucieux du chauffeur entraperçu dans le rétroviseur s'apaise, qu'il cesse de tout contrôler et que cette antre erre dans l'air moite toute la journée.

Que le monsieur au pull rouge s'en aille rapidement, lui, son café noir et ses airs pressés d'homme aux traits trop sévères.

Ce serait beau par contre, que l'artiste là bas monte ici, que tous les rêveurs s'accoudent au fenêtres, rigolant bas, admirant Paris.

Que la musique mélancolique dans mes oreilles se répète encore et encore, qu'elle embue mes yeux de souvenirs amers de soleil brûlant.

Je voudrais que la fillette qui lance du pain aux canards dans son anorak rouge ne grandisse jamais.

Qu'elle reste comme ça accrochée au bras de sa mère, les yeux posés sur ces petites bêtes insouciantes.

Je voudrais que ce trajet me fasse vaincre la page blanche, qu'il apporte au fond de moi un goût de printemps, des mots vivants.

Ces mêmes mots dansant partout brillant dans les reflets de l'eau dans les regards des gens.

Je voudrais plus que tout que la vie ne s'arrête pas, plus.

Que le gris du cimetière ne puisse plus exister, que le blanc de l'hôpital ne cesse de nous hanter, que la peur s'envole.

Dans ce temps suspendu, ils reviennent : les souvenirs ravivés, embellis, les espoirs enfouis.

Ils cachent presque les regrets accumulés, brouillant la vue,

éteignant les sourires.

Le ciel se teinte de rose, d'un rose encore un peu inquiet, comme moi qui désormais serre la bretelle de mon sac, avant de me jeter dans une longue journée.

Pourtant, maintenant, je le sais :

Je voudrais l'écrire, décrire cette belle humanité.

Et que jamais mes rêves se brisent en descendant à l'arrêt.
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Un petit mot pour l'auteur ? 8 commentaires

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Sandi Dard · il y a
Dans votre bulle, vous faites des miracles. ..

On en voit de toutes les couleurs. .. De votre encre à vos peurs...

Merci! EVENTAIL OFFERT. ..

https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/eventail-ouvert

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Keith Simmonds · il y a
Un beau texte bien mené ! Bravo ! Une invitation à venir
découvrir “Sanglante Justice” qui est en Finale pour le Court
et le Noir 2018. Merci d’avance et bonne soirée !

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Cordélia · il y a
La lecture de ce texte m'entraîne aussi dans cette rêverie qui s'achève à la descente du bus. Beau texte, bel instant de vie.
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M. Iraje · il y a
Un trajet qui ne manque ni de charme, ni de surprises ...
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Adibro · il y a
Que c'est beau, dommage que ce texte ne soit pas en compétition, je trouve qu'il y a vraiment quelque chose qui s'en dégage en tout cas, il m'a beaucoup touché, surtout les 2 dernières phrases.
Bravo :)

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Elena Hristova · il y a
J'aime bien ce dispositif, chacune de vos phrases est le déploiement d'un désir potentiel
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Thomas Besch · il y a
bulle_d'encre, une alliée m'a dit: "avancez sans crainte"... je suis peut-être habitée par une femme -balsande; elle n'est pas une muse, elle n'est pas une grammaire, elle n'est pas un ange... elle protège l'enfant-fillette qui donne du pain aux canards
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Bulle_d_encre · il y a
Je retiens le conseil, surtout venant de la protectrice de l'enfant aux canards. Merci !

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