aube après aube

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Comme tous les matins depuis le début de l’été, elle se réveillait au chant des oiseaux entrant par la fenêtre ouverte.
Elle restait allongée, ses yeux scrutant le lever du soleil qui s’annonçait. Comme un fin voile de brume lumineuse, comme tiré inexorablement du premier matin.
Elle restait allongée, immobile, voulant garder au loin la première pensée, le premier souvenir, le premier mouvement.
Peut être pourrait-elle arrêter là, juste par sa volonté, la journée d’avancer alors que la nuit était si douce,
le soleil de monter haut et fort et brûlant alors qu’elle attendait la pluie,
les bruits et les voix de la vie tout autour emplir ce silence fragile et discret qui la remplissait.
Elle restait allongée écoutant son corps jamais reposé, frissonnant et tremblant. Il grelottait de froid même en ce tiède matin de juillet. Toute sa peau était hérissée. Il lui aurait suffi de tendre la main et de tirer le drap mais elle aimait ce frissonnement à la limite du mal être.
Sans fermer les yeux elle se tournait, parfois se retournait pour mieux se lover au creux du vieux matelas en laine. Elle remontait alors ses jambes tout contre sa poitrine et entendait alors son cœur battre sans hâte.
Puis comme sure un fil, comme sur une note qui s’étire, elle laissait sa pensée fuir, s’enfuir, vagabonder doucement au loin.
Elle le savait, même par un frêle matin d’été tout n’est que balancement, recommencement, d’avant en arrière, du futur au passé ; tout n’est que renoncement et résonance entre la pluie et la nuit, entre la terre et l’étoile, entre soi et eux. Tout est doux et cruel, fragile et douloureux, harmonie et envie.
Et c’était cela, cette douceur intangible de la nuit qui finit, de la marche sans fin des jours et des secondes, c’était cela qui la faisait frémir.
Elle aurait pu sourire ou pleurer, elle aurait pu souffrir ou crier mais elle l’avait choisi, non il l’avait choisi ce renoncement qui la faisait frémir.
Elle aurait pu écouter, s’écouter, se caresser et peut-être même jouir tout doucement.
Elle aurait pu se lever et courir mais elle l’avait choisi, non il s’était imposé à elle ce frémissement, cette limite ténue qui la faisait renoncer.
Elle se voulait ainsi incomprise et immobile, insensible aux paroles des amis ou anciens amants qui venaient dans sa chambre au cours de la journée. Elle choisissait la fuite, encore et encore.
Elle avait choisi de l’attendre aube après aube.
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