3
min

Au revoir...

Image de Sandrinou

Sandrinou

200 lectures

39

Un pas après l’autre, j’enchaînais les différents trottoirs sans avoir de destination précise. J’errais dans les ruelles de cette ville. Je me sentais petit, frêle, vulnérable et impuissant. Le vide avait pris possession de tout mon être. Je ne pensais pas ressentir ça un jour. Et je ne pouvais rien y changer.
La révélation qu’on venait de me faire m’avait perturbé au point que j’étais sorti dehors sans prendre quoi que ce soit pour me protéger du temps qu’il faisait. Une goutte de pluie vint s’écraser sur ma joue se mêlant à mes larmes. Et bientôt, une autre fit de même. Pendant que des passants courraient pour se mettre à l’abri, j’avançais lentement.
Tout-à-coup, un détail attira mon attention. Sur le pavé grisâtre se détachait une couleur rouge vive. Je m’approchai et découvris une rose. Elle était probablement tombée d’un bouquet que la fleuriste avait ramassé peu de temps avant mon passage. Je la ramassai et la contemplai. Même si le soleil était caché par les nuages, j’avais l’impression que cette couleur rayonnait. Ses pétales étaient tout aussi trempés que moi. Puis, une idée me vint à l’esprit. Il fallait que j’aille la voir.
La pluie tombait maintenant avec plus d’ardeur. Encore quelques mètres et j’y serais enfin. Une fois devant la façade, je n’avais qu’une envie, celle de me retourner et de partir en courant. Comme un lâche certes mais le courage venait à me manquer.
Debout, telle une statue, je fermai les yeux et écoutai tout ce qu’il y avait autour de moi : le bruit des voitures sur la route, le chant d’un oiseau dans les arbres, le vent faisant chanter les feuilles, des personnes discutant sous un arrêt de bus... Et le son de mon cœur qui cognait dans ma poitrine.
Mes pieds se soulevèrent et je me laissai aller vers ce grand bâtiment. J’entrai en poussant la porte vitrée. Par habitude, je dis bonjour à toutes les personnes que je croisais et qui me regardaient d’un drôle d’air. Je savais bien que mon allure ne payait pas de mine : ma veste en jean et mon polo blanc dégoulinaient d’eau et mes cheveux étaient trempés comme si je venais de sortir de la douche.
Je me dirigeai vers les escaliers. Je connaissais le chemin par cœur. Je montai les deux étages en un rien de temps et ouvris la porte, entrant directement dans le couloir aux tapisseries bleutées. Je tournai à droite, à gauche puis une deuxième fois à droite.
Une porte nous séparait. Elle à l’intérieur, moi à l’extérieur. Plus un seul de mes membres ne fit le moindre geste pendant un moment. Je restais planté là, devant cette porte, les yeux fixés sur la plaque où l’on avait écrit son nom. A côté de celle¬-ci se trouvait accrochée une photo. Je me rappellerais toujours ce jour où j’avais capturé cet instant dans mon appareil photo. C’était comme si le temps s’était arrêté une micro seconde. Fixant le petit rectangle, je pouvais encore ressentir le bonheur de ces minutes partagées ensemble.
Je levai mon bras et délicatement, je décrochai son portrait. Je plaçai précieusement l’image dans la poche de mon polo qui avait été à l’abri de l’eau. Enfin, j’abaissai la poignée et poussai la porte.
Elle était au même endroit que la dernière fois, assise dans son fauteuil marron, juste au-dessous de la fenêtre. Ses yeux s’illuminèrent lorsqu’elle me vit. Cette petite étincelle que je lus dans son regard ramena de la chaleur en moi. Peu importe si elle ne se souvenait pas qui j’étais, une chose était sûre, j’avais une place dans son cœur.
Je me rapprochai d’elle et vint m’asseoir à ses pieds, sur le sol. Elle leva sa main et la posa dans mes cheveux humides. Je sentais sa tendresse dans son geste. Je lui pris son autre main et y déposa la rose que j’avais trouvée sur mon passage. Je la lui refermai et son sourire se fit encore plus grand. Elle continua de contempler la rose comme je l’avais fait auparavant.
Sa main dans mes cheveux glissa et retomba sur sa jambe. L’autre serra moins la rose rouge. Elle referma les yeux et je n’entendis plus que le son de nos respirations. Je logeai ma main lisse dans la sienne fripée et posai doucement ma tête sur ses genoux. Nous restâmes ainsi de longues minutes.
Il ne restait désormais qu’un seul souffle dans la pièce. Une larme coula le long de ma joue. Je sentais mon cœur pris dans un étau. Ma respiration se fit plus saccadée. Essayant de trouver le peu de courage qu’il me restait, je relevai ma tête et la regardai. Paisible était le mot qui la définissait le mieux.
C’est alors qu’un rayon de soleil passa entre deux nuages sombres et nous éclaira. Tout son visage s’était détendu. Il y restait un peu du sourire qu’elle avait eu en voyant la belle rose. J’enlevai ma main et posai la sienne sur l’autre qui tenait toujours la fleur. Je me levai et me dirigeai vers la porte. Les larmes coulaient toujours sur mon visage. Je me retournai pour la regarder une dernière fois.
Une vie avait pris son envol...

PRIX

Image de 2019

Thèmes

Image de Très très courts
39

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Artvic
Artvic · il y a
Très belle histoire ! Je vote 🌟
Puis je vous inviter à lire https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/lempreinte-des-souvenirs

·
Image de Lux_Viruxor
Lux_Viruxor · il y a
C'est magnifique. Très émouvant, très sensible, à fleur de peau ! Une plume délicate au service d'un texte tendre. Bravo !
·
Image de Plumette
Plumette · il y a
Bravo pour ce texte très émouvant ! Merci de me l'avoir fait découvrir et bonne chance ! :)
·
Image de Sandrinou
Sandrinou · il y a
Mercii et je te souhaite aussi bonne chance !!
·
Image de LOU4444
LOU4444 · il y a
merci pour ce moment plein d'émotion !
·
Image de Bulle_d_encre
Bulle_d_encre · il y a
Ces mots m'ont émue. Tout en retenue, les ressentis n'en sont que plus forts. C'est en fin de compte un écrit très sensible, qui mérite plus de voix.
·
Image de Sandrinou
Sandrinou · il y a
Merci beaucoup ! Lire ton avis sur ma nouvelle m'a touchée
·
Image de Gwen Bnt
Gwen Bnt · il y a
Très belle nouvelle. Une écriture pleine de sensibilité.
·
Image de Dimaria Gbénou
Dimaria Gbénou · il y a
C'est super prenant votre récit. Je donne mes trois voix***. En passant, si vous avez le temps, je vous invite à voir mon texte en finale " Achou l'amour empoisonné ".
·
Image de Anthony Varma
Anthony Varma · il y a
Magnifique 👌
·