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Neko___27

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L’enfance. Un âge insouciant, où l’on n’a peur de rien, où l’on pourrait tout affronter. Un âge où l’on croit tout connaître, tout savoir. En décembre, les routes se recouvraient de neige. Derrière l’église, là-haut sur la colline, il y a un petit chemin que je m’amusais à descendre à toute pompe, une luge en plastique bleu en guise de fidèle destrier. Au bout, le vide - qu’importe. Je dégringolais la piste, les yeux remplis de joie, le coeur vide de toute crainte.

Dans le village au bout de la côte, des champs à perte de vue où broutent des vaches. Aujourd’hui, je les regarde avec méfiance. La gosse que j’étais, pourtant, sprintait à travers le maïs, escaladait les clôtures et se fichait bien de voir ses pantalons en velours côtelé se tacher de morceaux de bouse et de purin. Elle se fichait bien des chevilles tordues, des morsures de tiques sur ses mollets et des remontrances de ses parents.

La liberté, c’était plus fort que tout. C’était plus fort que le risque d’être emporté par les rochers de la montagne - aride, presque sans végétation - où je partais en vacances, petite. C’était plus fort que le froid de l’eau du torrent, plus fort que les vêtements mouillés. Parce-qu’au bout, il y avait la promesse de l’eau jaillissant de la roche, une eau brûlante, qui allait réchauffer mes orteils gelés.

Aujourd’hui, la terre humide n’a plus le même parfum. La météo est devenue incontrôlable. En décembre, on pourrait presque manger dehors. La luge, gondolée et boueuse, traîne au fond de la remise parmi des outils que je n’utilise jamais. L’eau du torrent paraît trop froide. Les champs sont remplis de pavillons Phoenix entourés de clôtures où des gamins jouent sans conscience aucune des souvenirs que je leur ai laissés.

Si je devais vivre dans un film, je voudrais revenir à cette époque-là, au printemps de mon existence. L’enfance. Un âge insouciant, où l’on a peur de rien, où l’on pourrait tout affronter. Un âge où l’on croit tout connaître, tout savoir. Je voudrais vivre dans un film où c’est possible. Retour vers le futur, par exemple. Ou bien l’Effet Papillon. Juste pour avoir la possibilité de tout changer...

Mais peut-être me faudrait-il simplement l’accepter : le passé doit rester derrière moi. Alors à défaut de pouvoir revenir en arrière, je ferme les yeux un instant. Et quand je les rouvre, abrutie par le soleil, ils sont tournés vers l’avenir.
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