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Au fond du jardin, sous le cerisier

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Jules Chris

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Après quatre heures passées dans les embouteillages, Pierre arrive enfin dans son Tarn natal. A peine sorti de l’hôpital psychiatrique Camille Claudel à Angoulême, Pierre a décidé de se ressourcer chez ses parents, Christian et Josiane, pour le weekend de l’Ascension. Après une tentative de suicide et trois semaines d’hospitalisation, loin des siens, l’heure est aux retrouvailles autour d’un repas avec ses proches.

En milieu d’après-midi, toute la famille va au fond du jardin qui se trouve derrière la maison, pour aller cueillir des cerises. Le grand cerisier était déjà là quand là quand les parents de Pierre avaient acquis la propriété il y a vingt-cinq ans déjà. Personne ne sait quelle est la variété de cerises que donne cet arbre mais on a constaté que c’est une variété précoce. Dès la mi-mai, on ramasse des pleins paniers du petit fruit à noyau. Certaines cerises sont dégustées directement après la cueillette, ce sont celles-ci les meilleures, tandis que les autres vont finir en confiture ou en clafouti.

Aujourd’hui, Pierre réalise qu’il rend régulièrement visite à ses parents mais que cela fait une éternité qu’il ne s’est pas trouvé sous ce cerisier. Dans leur potager, ses parents cultivent des pommes de terre, des tomates, des haricots verts, des fèves, des courgettes et à l’arrière se trouvent un cerisier et un prunier.

Enfant, Pierre n’avait pas le droit de jouer là où Papa et Maman avait semé. Ses rêves d’enfant avaient donc élu domicile au fond du jardin, sous le cerisier. Un terrain de jeu qui était bien délimité. A l’avant, les semis sur lesquels il était interdit de marcher encore plus de jouer. Sur le côté gauche, la propriété des Rhodes. Sur le côté droit le chemin de Mourival. Et derrière, une haie de sapinette qui n’est plus là aujourd’hui, laissant apparaître la maison des Giron.

Pierre n’avait pas été ni un enfant casse-cou qui grimpait aux arbres ni un enfant aventurier. Il fut plutôt un enfant rêveur. Pierre se souvient de ce château de pierres qu’il avait bâti sous le cerisier près de l’angle des sapinettes et du terrain des Rhodes.

Château, c’était un bien grand mot. Il s’agissait de quatre pierres disposées en rectangle. Mais ces quatre pierres suffisaient à éveiller l’imagination du petit Pierre. C’était la magie de l’enfance. Autour du château, il avait creusé des douves. Un mètre devant les sapinettes se trouvaient un fossé. Pierre avait relié les douves à ce fossé. Il aimait les jours de pluie, rêver de voyages vers des terres lointaines et inexplorées en observant un petit bateau en papier qu’il avait confectionné comme le lui avait enseigné Papa.

Aujourd’hui, le château, n’est plus là. En regardant de près, on devine encore les douves creusées vingt ans plus tôt. Pierre se fait la réflexion que son enfance n’a pas été aussi noire qu’il la voyait il y a encore trois semaines. Il se rend compte qu’il a tout de même passé de belles années dans le royaume de son enfance. La vie est parfois difficile mais elle vaut la peine d’être vécue même quand on est tenté d’y mettre fin les jours où on voit le verre à moitié vide.

Après sa plongée dans le passé, Pierre réalise qu’il a encore mille choses à vivre dans ce monde. Il se met à rêver d’avenir. Un jour, peut-être, il sera père de famille. Ses enfants, pendant des vacances chez leurs Papi Christian et Mamie Josiane, s’approprieront ce qui était autrefois son terrain de jeu. Ils créeront leur monde dans le royaume de leurs rêves, au fond du jardin, sous le cerisier.
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