Au diner

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Assis à la table du diner, Arnaud tartina son toast d'une épaisse couche de beurre tartinable couleur jaune vif. C'était sûrement une autre espèce de vache, qui par le processus de mastication et différents déclenchements qui se font dans son intérieur, produirait ce beurre de couleur jaune d'œuf, différente de l'espèce chargé avec le ravitaillement de la partie est de Paris.
- Elles viennent d'où vos vaches ? demanda-t-il à un serveur en hâte.
- Qu'en sais-je ! De chez Erzberg, le boucher au coin de la rue, j'imagine, la question le prit au dépourvu.
- Non, non, non, là, elles sont déjà mortes, j'aimerais savoir d'où elles viennent de leur vivant. Vous voyez, en France, on mise énormément sur la provenance de nos produits...
Le garçon haussa les épaules et s'en alla fouetter d'autres chats.
La cloche de la porte retint. Un couple entra. Ils étaient les heureux parents d'une jolie fille âgée de peut-être cinq ou six an. Malheureusement, ils ne semblaient pas très affectés par leur bonheur puisqu'ils étaient tous les deux accrochés à leur portable, à passer des coups sans fil.
La petite fille tenait une petite poupée dans ses bras qui lui ressemblait dans toutes les dimensions : elles avaient la même couleur de cheveux et la même robe, de même couleur.
Enfin installés à leur table, les parents commandèrent en hâte un menu du jour, et pour la petite des jambon-frites.
- Des Français sûrement..., pensa Arnaud
Les Américains n'avaient pas la culture des jambon-frites pour les enfants.
- Vous êtes français ? s'exclama la mère, un léger accent américain voilait sa vraie origine. Elle possédait incontestablement des pouvoirs supra-sensoriels.
- Mais oui, oui ! Vous travaillez pour le Ministère de l'Esthétique des Boulevards et des Avenues. J'ai adoré votre décoration de Noël de l'Avenue de la Liberté ! Qu'est-ce que vous faites à New York ?
- Ah ! C'est pour le travail : m'inspirer des boulevards et avenues. Vous en avez plus que nous et...
Mais il ne continua pas, le portable de la mère sonna et elle décrocha. L'attention, ou plutôt le manque d'attention des Américains, frappait la bonhomie française d'Arnaud en plein œil.
Il observa donc la petite fille. Elle jouait avec sa poupée, sa seule compagne s'intéressant vraiment à elle. Puis vint le serveur avec leurs plats. A peine eût-il déposé les assiettes devant ses clients, que la petite fille s'écria :
- Je veux du Mac'n'Cheese !
Ses parents étaient trop occupés à tenir leur portable d'une main et la fourchette de l'autre, même si une oreille était libre pour l'écoute de leur fille.
- Je veux du Mac'n'Cheese ! répéta la fille en haussant le ton. Aussitôt elle éclata dans un cri grêle et aigu qui fit sursauter tous les clients de dix centimètres de leurs chaises, sauf ses parents.
Arnaud n'en pouvait plus. Il paya et s'en alla.
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