Au delà

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a la retraite, gros lecteur et un peu d'imagination ! j'espere regaler un max de lecteurs et m'eclater dans le genre que j'adore : le tres tres court ! merci a tous et a bientot  [+]

Image de Été 2020

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Je me présente : Arnold, je suis fantôme. Vous allez dire encore un hurluberlu qui serait mieux dans une maison de repos, et il y en a bien sûr, mais moi je suis vraiment fantôme. Et ne vous imaginez pas que c’est quelque chose que l’on choisit, pas du tout. Vous ne le savez pas encore et tant mieux pour vous, mais au moment de notre mort nous passons devant, comment dire, un comité qui décide de notre avenir, si je puis dire. En gros, si vous avez mené une existence exempte de tout reproche, vous accédez à un au-delà lumineux et serein, et si vous avez fait le mal toute votre vie, disons que votre éternité risque de ne pas être une vallée de roses puisque vous la passerez en compagnie de gens aussi mauvais que vous. Et puis, entre les deux, pour les gens qui comme moi ont mené une vie un peu dissolue et qui ne méritent ni le paradis ni l’enfer, pour employer des images connues, il y a la carrière de fantôme. Pour ne rien vous cacher, mon vice à moi c’était les femmes. J’ai menti et trahi toute ma vie pour elles. La décision du comité a donc été rapide.
Maintenant vous allez me dire : c’est quoi être fantôme ? Ce à quoi je répondrai : c’est comme un fonctionnaire. D’abord, vous ne choisissez pas l’endroit ou allez exercer. Pour vos débuts on vous choisit un endroit facile à hanter, style vieille bâtisse ou petite église, de préférence à la campagne. Les vieilles croyances étant vivaces, le milieu rural se prête bien à l’exercice. Pour peu que quelques histoires sanguinolentes parsèment l’histoire du lieu, on a vite fait de vous trouver une raison d’être et le tour est joué. Une fois aguerri, on passe au niveau supérieur et vous voilà muté dans un endroit où les fantômes sont carrément une tradition et où il y a certaines règles à respecter. Le top, c’est le château en Écosse. J’y suis passé et sans vouloir me vanter j’ai plutôt bien réussi. Mon prédécesseur étant parti à la retraite (je vous expliquerai) j’ai donc pris sa succession dans le rôle du fantôme du châtelain censé hanter les lieux depuis le douzième siècle. J’y ai apporté ma petite touche personnelle, bien sûr, en lançant quelques malédictions et en provoquant quelques belles syncopes et autres infarctus. En peu de temps, le château avait pris une renommée internationale, croyez-le si vous voulez.
Devant une telle réussite, l’affectation suivante coulait de source : j’ai été nommé fantôme des âmes. J’ai en charge toute une population et je suis celui qui vient hanter vos rêves, je suis le remords et le regret, la mauvaise conscience, le regard qui fuit après la trahison, je suis le « si j’avais su » que l’on prononce en balbutiant, le cri que l’on pousse en se réveillant la nuit, le cauchemar et la dépression.
Je suis au sommet de mon art, mais il faut dire que vous me facilitez la tâche. Bientôt la retraite pour moi et le droit à la lumière éternelle. Mais d’autres viendront, bien sûr, peut-être plus durs que moi. Place aux jeunes, si je puis dire. Et puis après tout, que feriez-vous sans nous ? Réfléchissez…

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