Au coeur de la rose

il y a
2 min
1 765
lectures
29
Qualifié

Ecrivain amateur en herbe, je suis preneur de toutes réflexions / critiques et/ou remarques pour m'améliorer, notamment sur le thème de la science-fiction et de l'aventure  [+]

Image de Hiver 2021
La piqûre s’était produite au niveau de la cuisse. Une sensation minime, quasi imperceptible, à laquelle la victime n’avait même pas prêté attention. Mais au fil des heures, des jours, cette piqûre s’était transformée en brûlure, en douleur, puis en paralysie. Et maintenant, la victime se trouvait là, devant moi : alitée, paralysée, incapable de se mobiliser en dehors du plan de son lit médical. L’immobilité n’avait pas encore atteint son diaphragme et ses muscles ventilatoires ; elle pouvait encore respirer et expliquer tout ce qui pouvait aider la police et nous, médecins, à comprendre ce qu’il lui arrivait.
Treizième patiente, treizième victime. Toutes ont décrit la même histoire, les mêmes symptômes, et les douze premières ont perdu la vie en l’espace de dix jours. Toutes des femmes, la trentaine, sans autre lien entre elles que d’habiter dans la région parisienne, dans une petite maison avec jardin. À chaque fois, le téléphone résonnait dans leur lieu de vie, alors qu’elles étaient seules, et une voix masculine leur indiquait avec entrain qu’elles venaient de gagner une récompense, subtilement adaptée aux habitudes de chaque victime, et qu’elles avaient dû la recevoir aujourd’hui. Réaction humaine habituelle immédiate : chacune s’était précipitée pour ouvrir sa boîte aux lettres et au moment d’atteindre celle-ci, était arrivé le moment fatidique : la piqûre, vive, brutale, efficace et fugace, sur l’orteil nu des femmes qui s’étaient empressées d’atteindre leur boîte aux lettres.
Toutes se retrouvaient ici, en face de moi, dans mes lits de réanimation.
Toutes étaient décédées, sauf Christelle, la dernière en date, qui s’orientait cependant dans la même direction.
L’enquête échouait lamentablement ; aucune trace de seringues, de matériel d’injection sur les lieux indiqués par les victimes. Les hypothèses successives...
— Le facteur ?
Il s’agissait d’un fonctionnaire différent à chaque scène, et les horaires de passage (confrontés avec différents témoins livrés à temps) ne correspondaient pas à l’horaire rapporté par les victimes...
— Un voisin ?
Aucun voisin, tous interrogés, n’avait vu quelque chose ; les scènes de crime étaient toutes géographiquement très éloignées (de 12 à 94 kilomètres précisément) et aucune personne dans les 100 mètres entourant les habitats des victimes n’était représentée dans plus de deux sites...
— Un fou ? Un détraqué ?
Toutes les personnes possédant un casier judiciaire ou ayant des antécédents de crimes ou même de délits mineurs avaient été interrogées, et leurs alibis passés au crible.
— Un tueur en série ? Un imitateur ?
Là encore, aucun tueur en série n’avait été identifié dans la région, et le visionnage des vidéos de surveillance, quand il y en avait, n’avait jamais permis de mettre en évidence un quelconque individu suspect.
Toutes ces hypothèses ne menaient nulle part.
Toutes les analyses toxicologiques, biochimiques sériques et urinaires réalisées sur les victimes et sur ma dernière patiente s’étaient révélées infructueuses. Pas d’intoxication à des produits chimiques connus ni à des drogues identifiées sur un large screening. La police ignorait qui, ignorait pourquoi, et surtout ignorait comment ces femmes mourraient.
Mais moi, leur médecin, celui qui devait les sauver, je savais ce qui les détruisait de l’intérieur. Je savais quelle toxine les paralysait petit à petit et les conduisait à la mort, lentement, dans mon service, sous mes yeux :
« Clostridium tetani ».
Une de mes étudiantes, ce matin, avait prononcé à haute voix cette théorie lors de la visite. Cette petite bactérie sporulée, agent du tétanos, était effectivement l’agent pathogène à l’origine du décès de ces patientes.
Mais je m’étais bien gardé de confirmer cette hypothèse. La petite interne était bien trop maligne, bien trop curieuse et intelligente, pour rester en vie. Elle serait la prochaine victime sur ma liste. Comme les précédentes, j’adorerai la voir étendue sur ce lit, puis exulter impunément de sa lente extinction, la regardant quitter ce monde en se paralysant progressivement jusqu’à ne plus pouvoir respirer. Tout cela avec de simples épines de rose, infectées à la bactérie et à sa toxine, placées au pied des boîtes aux lettres, indétectables et surtout insoupçonnables.
C’était mon jeu, ma passion, et je poursuivrai dans cette voie tant que la mort de mes victimes me procurerait toujours cette envie jubilatoire de continuer...
29

Un petit mot pour l'auteur ? 37 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de christine A
christine A · il y a
Bravo pour ce texte si bien écrit!
Image de Alban DEROUX
Alban DEROUX · il y a
Merci beaucoup pour cet encouragement ...
Image de Alban DEROUX
Alban DEROUX · il y a
Merci !
Tout peut être dangereux ;-)

Image de Mijo Nouméa
Mijo Nouméa · il y a
Ah je ne m'attendais pas des épines de roses infectées comme arme du crime..j'avais oublié le titre pourtant un indice de taille :) Bravo.
Image de amaury wilmet
amaury wilmet · il y a
Je m'y attendais pas super histoire !
Image de Alban DEROUX
Alban DEROUX · il y a
Merci, cela fait toujours aussi plaisir !
Image de gillibert FraG
gillibert FraG · il y a
Vraiment sinistre, mais ^plausible et très bien écrit . Le pouvoir des médecins est parfois effrayant .
Image de Alban DEROUX
Alban DEROUX · il y a
Et oui... mais pas que !
Merci

Image de Nicolas Auvergnat
Nicolas Auvergnat · il y a
Talentueux cet extra court. Piquant, même !
Image de Alban DEROUX
Alban DEROUX · il y a
Joli ! merci
Image de Gilles De Bert
Gilles De Bert · il y a
Bravo pour le suspens, j'ai bien aimé la chute
Image de Hypatia de Salem
Hypatia de Salem · il y a
Le médecin manipulateur, l'écrivain qui dupe ses lecteurs...Bravo !
Image de Alban DEROUX
Alban DEROUX · il y a
Merci +++
Image de VERONIK DAN
VERONIK DAN · il y a
Jusqu'au bout on se fait duper par" les fleurs du mal".
Image de Alban DEROUX
Alban DEROUX · il y a
C'est souvent le cas !

Vous aimerez aussi !