Au café du pont d'Arc

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Née en février 1966 à Grenoble, assez bonne nageuse  [+]

Image de Automne 2012
Le Pont d’Arc était le nom de la terrasse du café sur laquelle nous avions choisi de savourer cette fin d’après-midi Geneviève et moi. L’Arc était la rivière qu’enjambait la terrasse selon l’indication du panonceau destiné à préciser qu’il s’agissait bien de l’Arc et non pas d’un autre ruisseau. Geneviève m’avait rejoint quelques heures plus tôt à l’hôtel après avoir pris une journée de congé puisqu’elle travaillait comme directrice du personnel d’une imprimerie familiale dont elle était la cadette. Cadette de la famille s’entend, non pas de l’imprimerie. Elle était plutôt jolie même si cela ne se voyait pas forcément dans un premier temps. On remarquait plutôt sa vivacité, puis, en étant perspicace, on discernait des courbes intéressantes. J’avais donc prétexté une séance de dédicaces pour m’éloigner de chez moi et de Nathalie. Nathalie étant ma compagne en plus d’habiter avec moi. La lumière de fin d’été et la température étaient décidément agréables.

J’approchais la tasse de mes lèvres. Je ne saurais dire ce qui m’arrêta dans mon élan. La tasse demeurait, en effet, suspendue au bout de mon bras, un peu comme la nacelle d’une grande roue immobilisée suite à un avis de tempête. Je sentis que l’inexorable allait se produire. Je m’enfonçais dans mon fauteuil et souriais un peu bêtement. Isabelle fonçait droit sur nous.

Isabelle que j’avais draguée quelques mois auparavant à la bibliothèque municipale, à laquelle j’avais laissé entendre que sa compagnie m’agréait. La même que j’avais prise dans mes bras, embrassée, caressée sur le tapis du salon, pour finalement tout arrêter en plein élan, à cause du tapis, que j’avais choisi avec Nathalie. Isabelle enfin, à laquelle j’avais précipitamment parlé de Nathalie au prétexte de me laisser un peu de temps, et que j’avais finalement éloigné de mes bras et du dit tapis car je m’en étais lassé entre temps. Sauf qu’Isabelle était là, devant moi et que je n’étais pas seul. L’aurais-je été que je n’aurais rien à raconter. Je présentais Geneviève à Isabelle, Isabelle à Geneviève, bien, voilà, je bus une gorgée. Nous fûmes tous les trois d’accord pour constater qu’il s’agissait d’une très belle journée de fin saison. Formidable, ajouta Isabelle au moment où je songeais que j’eus préféré qu’il fut tombé des hallebardes et que nous ayons dû rester à notre hôtel, Geneviève et moi. Isabelle décidément encombrante, inconsciente ou vengeresse, proposa de s’asseoir avec nous. Comme je ne pouvais pas décemment crier « non vas-t'en » immédiatement, sans avoir ensuite à me justifier auprès de Geneviève, j’opinais et me levais maladroitement lui commander un café au comptoir. Lorsque je les eus rejointes à leur table, à notre table dois-je corriger bien à regret, je les trouvai en grande discussion. Geneviève répondait poliment et avec mesure à ce qu’elle croyait être une amie, puisque je m’étais bien gardé de préciser les conditions de notre rencontre. Tout n’allait finalement pas si mal.

Pour une raison qui me resterait définitivement inconnue, elles causaient de l’école, des difficultés actuelles pour les parents de faire le bon choix. Je trouvais Isabelle étonnement perspicace et finalement moins fade que je ne l’avais pensé lors de notre première et ultime rencontre. Peut-être avais-je alors été un peu sévère ? Les oiseaux au-dessus de notre tête échangeaient eux aussi, s’appelant d’un arbre à l’autre. Je les enviais. Non pas de s’appeler, même s’il m’aurait arrangé qu’on m’appela et que je dusse partir de toute urgence. Mais d’une manière générale, on m’appelait peu, et en tout cas jamais pour une urgence. Dommage, j’aurais alors pu fuir par une rue adjacente et récupérer discrètement ma voiture sur le parking de l’hôtel. Non, j’enviais les oiseaux de ne pas connaître l’adultère et ses situations embarrassantes. Ou alors de le connaître, à l’instar du troglodyte mignon par exemple, et de savoir ne pas en prendre ombrage. J’enviais leur liberté, leur optimisme joyeux, leur propension à pouvoir s’envoler en cas de danger. J’eus soudain un sursaut en entendant Isabelle demander à Geneviève quelle matière elle enseignait. J’entendis la question en écho. Je m’enfonçais dans mon fauteuil métallique. C’était la seconde fois que je faisais ce geste en assez peu de temps. Je vis Geneviève froncer les sourcils. Elle ne comprenait visiblement pas la question. Je saisis les accoudoirs du fauteuil dont je trouvais le contact réfrigérant mais autour desquels mes mains se crispèrent malgré tout. Je décroisais mes jambes manquant donner un coup de pied à cette pauvre Geneviève. Celle-ci demanda, toujours poliment, à Isabelle pourquoi elle lui posait cette question. Mes jambes se vidèrent de leur sang dont une partie, du reste était déjà restée coincée dans mes mains toujours crispées sur les accoudoirs. J’eus la sensation très désagréable de sentir mes aisselles dégouliner sous ma chemise qui, heureusement était large. En fait, j’étais trempé du verre d’eau de Geneviève venant de comprendre qu’Isabelle l’avait prise pour Nathalie, avec qui je partageais ma vie en plus du maudit tapis. Je profitais alors du départ brutal de Geneviève pour retourner une nouvelle fois vers le comptoir, afin de me sécher cette fois. Quand je sortis Isabelle aussi était partie.

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Image de Paul Brandor
Paul Brandor · il y a
Un beau moment de solitude...
Image de Claire Todeschini
Claire Todeschini · il y a
Merci. Librement inspiré de Paul Oster dont la lecture m'amuse beaucoup...

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