Au bord du fleuve Joliba

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"Les écritures sont les antidotes qui résultent des bouleversements de notre sacralité, puisse que le futur y soit déjà inscrit." "Los apocrifos son antidotes que resuelven los trastornos  [+]

Une histoire pour enfant de 6/8 ans


Fatouma est une petite fille de dix ans, elle vit en Afrique au Mali, au bord du grand fleuve Joliba avec ses parents et ses quatre frères et soeurs. Dans son pays il fait très chaud, tellement chaud qu'on peut vivre presque nu et se baigner tous les jours de l'année dans le fleuve. Comme les femmes du village Fatouma porte un pagne fait d'une étoffe légère et multicolore. Les murs de sa maison sont en terre, le toit est recouvert de nattes tressées de feuilles de palmiers. Dans son pays les maisons s'appellent des cases, elles sont rondes, les murs ont la même couleur ocre que la terre des champs alentours où ses parents cultivent du riz, des oignons et du sorgho. La maison est toujours fraîche et lorsque le soleil tape fort dans la journée toute la famille se repose à l'ombre bienfaisante de la case. Ses parents ont aussi un troupeau de chèvres qui broutent les buissons d'épineux autour du village.

Fatouma va en classe, l'école est à quatre kilomètres en aval du fleuve. Il n'y a pas de route pour s'y rendre, c'est donc à pied qu'elle part de bon matin avec les autres enfants du village. Le chemin peut sembler long mais ici au bord du fleuve Joliba et dans la savane environnante, on se déplace beaucoup en marchant et parfois en courant, surtout quand il faut rattraper une chèvre qui s'est enfuit vers le marigot.

Le marigot est une zone marécageuse qui s'étend dans une boucle du fleuve. Pour aller à l'école on passe tout près et les adultes ont formellement interdit de s'en approcher. Des crocodiles y habitent, il y a des sables mouvants et ça sent la vase. Lorsque Fatouma longe le marigot elle a toujours un petit pincement au coeur et presse le pas. Dans le pays de Fatouma, on va en classe uniquement le matin, l'après midi est consacrée aux travaux des champs pour les plus grands pendant que les petits gardent les chèvres autour du village.

Le soir venu, toute la famille se rassemble dans l'unique pièce de la case autour des anciens, les grands parents qui vivent avec leurs enfants et leurs petits enfants sous le même toit. A la nuit tombée la grand mère leurs raconte les contes et les légendes du pays Dogon. C'est le nom de leur peuple qui habitait il y a très très longtemps sur les berges du fleuve, quand les gazelles et les lions vivaient autour du village. Les enfants chahutent encore un peu mais la voix douce de la grand mère les berce, tant et si bien qu'ils s'endorment sur les nattes posées à même le sol, alors toute la famille s'évade au pays des songes...

C'est la saison des pluies, ce matin le chemin de l'école est si boueux et les ornières si profondes que les enfants ne peuvent pas aller à l'école. Chaque enfant va donc travailler au village, les plus grands partent aux champs aider les adultes aux travaux agricoles, les plus petits restent avec les ancêtres pour balayer les cases et préparer les repas. On confie le troupeau de chèvres à Fatouma et à ses amies. A la saison des pluies le fleuve sort de son lit, l'eau monte et recouvre une partie des berges sablonneuses. Aux premiers rayons du soleil une belle herbe verte se met alors à pousser, les chèvres en sont friandes, les jeunes bergères y mènent le troupeau.
Chèvres et cabris s'en donnent à coeur joie dans de beaux pâturages. Pour les cabris c'est la première fois qu'ils broutent une herbe aussi tendre et l'excitation est à son comble dans le troupeau, ça galope dans tous les sens et les bergères ont du mal à surveiller les bêtes turbulentes. Par mégarde une chevrette s'échappe vers le marigot et se fait prendre par les sables mouvants. Quand le sable commence à engloutir ses pattes et qu'elle ne peut plus bouger, elle se met à bêler si fort que tous accourent au bord du marigot. Effrayés, les enfants n'osent pas s'aventurer plus loin et Fatouma rappelle les avertissements des adultes: « Ne jamais pénétrer dans le marigot ! ». La chevrette n'est pourtant pas très éloignée de la berge, elle s'enfonce lentement dans la boue du marais et pleure en chevrotant.

Soudain Fatouma se souvient d'une histoire que sa grand mère lui a racontée: Un djinn, petit être magique de la savane, avait un jour sauvé une gazelle enlisée dans la boue du grand fleuve... Elle envoie sa soeur près d'un arbre tamarinier chercher une grande branche morte tombée au sol et lui dit de se tenir prête. Fatouma quitte alors son pagne, descend dans la marigot, s'allonge à la surface de la boue et rampe à plat ventre jusqu'à la chevrette. En tirant de toutes ses forces elle réussit à la dégager de la gangue de glaise qui l'emprisonnait. Mais elle commence à s'enfoncer elle aussi, comment revenir à la berge? Elle appelle sa soeur qui bascule la branche de tamarinier comme une grande perche à laquelle Fatouma s'accroche en tenant la chevrette par le cou. Un attroupement s'est formé au bord du marigot, les adultes sont arrivés alertés par les cris des enfants et les bêlements. Bêtes et hommes assistent avec inquiétude au drame qui se joue devant leurs yeux. Les hommes saisissent la perche de tamarinier, tirent de toutes leurs forces et hissent Fatouma et la chevrette pleines de boue sur la berge. Sauvées !
On fait fête à Fatouma après l'avoir rincée à grandes eaux dans l'eau du fleuve et on remercie le djinn qui a inspiré la grand mère et sauvé la chevrette.
C'est pour cette raison qu'on doit toujours écouter les histoires que nous racontent les grands mères.
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