Au bord de...

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Ancre s'efface pour laisser la place à Yves Le Gouelan, son nouveau nom de plume. La petite ancre bleue est toujours là, sous un nouveau visuel, pour écrire de nouvelles pages, espérant trouve  [+]

Image de Printemps 2014

Autour de l’étang, des voix. Un brouhaha léger comme un rideau de pluie. Les conversations des hommes. En petits groupes, alignés sur la rive. Bras croisés pour les uns, mains s’agitant pour d’autres. Les pliants ouverts, les seaux remplis d’appâts. À chacun sa recette, son dosage. À chacun ses explications.
Le bruit sourd des voix enfle et s’amenuise au gré du vent. Les férus de technique s’animent autour des bas de ligne, le diamètre des fils, comparent les moulinets. Ils ouvrent leurs boîtes où s’alignent des mouches multicolores, fabriquées de leurs mains, leur trésor. Des plumets rouges, mordorés, ocres, veinés de bleus et de noirs. Des nostalgiques évoquent les exploits passés, les belles prises et celles qui ont filé après des luttes légendaires. Ici, libre cours est laissé à l’imaginaire.
Les herbes folles aux pointes jaunies se balancent comme des danseuses, foulant à leurs pieds une musique sourde, échouée là, au cœur de la terre asséchée. Hier soir il est tombé trois gouttes, vite absorbées, évaporées. La nuit, dévoreuse de rêves.
Les hommes parlent, ils s’agitent, ils échangent sous l’abri ombragé d’une poignée d’arbres. Hochements de tête, sourires entendus. Ils ont chaud dans leurs équipements. On s’essuie le front, on réajuste la visière des casquettes. Des histoires drôles ponctuent cet assemblage sérieux et vivant. À l’écart des groupes, des odeurs de grillade se mêlent aux senteurs des plantes aromatiques. Lavande, romarin, saucisse et côtes de bœuf.
On attend, on tire sur le temps pour égrener les minutes, les heures. L’air est sec, la sueur coule, les paroles des hommes tombent.
Des voix s’élèvent, bousculant la douce torpeur où s’engourdissent les jours sans activités. Ce sont les voix de guetteurs, ceux qui savent avant tout le monde et d’où leur vient ce savoir ? « Les vannes ! Ils vont ouvrir les vannes ! ». Des dizaines de lèvres reprennent le message, solitaires puis en chœur, la même délectation partagée : « Ça y est, oui ! Ils vont les ouvrir. Les vannes ! ».
Le même refrain, qui soulève un souffle d’impatience. Un cri, plus fort que les autres : « Elles sont ouvertes, les vannes sont ouvertes ! L’eau va venir ! » Enfin.
Mais l’eau ne vient pas. L’eau précieuse n’est plus. Alors les mêmes, dépités, saisis d’un grand abattement. Il n’y a plus d’eau. Le constat est cruel, définitif.
« Il n’y a plus d’eau. L’eau a disparu. Nous n’avons plus d’eau ! » La même rengaine, il n’y a plus d’eau, il n’y a plus d’eau. La foule est choquée, abasourdie. Mais autant qu’hier et avant-hier. Ils viennent tous les jours et tous les jours le même spectacle désolant. À quelle malédiction espèrent-ils échapper ?
Plus d’eau, plus d’eau. Ici le bruissement des voix a remplacé celui de l’eau.

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Aurélien Azam · il y a
Une belle atmosphère :)
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Evaprud · il y a
Très joliment décrit, et la dernière phrase peut résumer à elle seule l'ambiance de ce texte
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Yves Le Gouelan · il y a
Oui elle peut, elle existe pourtant parce que les autres existent avant elle. Merci ce commentaire intéressant.
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Renise Charles · il y a
Poétiquement triste et vice versa. Merci d'avoir laissé ce texte ici, le temps que je le trouve. :))
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Yves Le Gouelan · il y a
Merci d'avoir sorti "au bord de..." du bord de l'oubli...
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Claudine Lehot · il y a
superbe !
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Yves Le Gouelan · il y a
Merci de ressusciter mon premier ttc ici.
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prijgany prijgany · il y a
J'adore ce genre d'humour et t'invite Ancre de jeter un oeil sur "le trou" ; http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/le-trou ; un peu de la même veine je pense ; enfin bon, à voir ; je veux dire, à lire... si tu disposes de 2 mn : jette l'ancre dans mon trou... bonne soirée à toi et encore bravo.
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Muriel Moulin · il y a
ça m'a fait plaisir de replonger (même en absence d'eau) dans la poésie de tes mots (maux ?) ; à te relire sans modération
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Yves Le Gouelan · il y a
Merci de ce plongeon (sans eau, c'est risqué), à consommer sans modération, mes textes ne sont pas dangereux pour la santé, enfin je crois.
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Frédérique Lechat-Lechat · il y a
Bravo pour ce texte, l'écriture, l'idée. La mise en garde ? Tard, mais +1
Et si, même tard, vous passez par mon drame : http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/mort-dans-les-transports !

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Yves Le Gouelan · il y a
Merci de cueillir ce texte au bord de l'oubli
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Bertrand Pigeon · il y a
je me dépêche
et
je prêche
pour ce texte
sur la pêche
un petit moment
à la fraîche
pour voter
rien ne
m'empêche +1passe me voir si tux
j'ai....une nouvelle BD tout en couleurs et oui
"le jugement de la bouteille"
http://short-edition.com/oeuvre/strips/le-jugement-de-la-bouteille à bientôt

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Laroche · il y a
Un thème et une écriture minimalistes, à la Jules Renard.

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