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CieLu

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Allez, monte ! Tu l’as déjà fait, des dizaines de fois, peut-être des centaines. Monte je te dis !
Ce n’est pas la même odeur, ceux ne sont pas les mêmes gens, c’est différent.
Monte, tu vas te mettre en retard !
En retard...en retard... qu’est-ce que j’en ai à faire moi du retard ! Je te dis que c’est différent, je suis différent. C’est plus sombre, plus étroit. Ca sent mauvais, c’est humide et sec, chaud et froid, c’est incertain. Je n’y arrive pas !
C’est pourtant évident : les portes s’ouvrent, tu montes et tu attends jusqu’au prochain arrêt. Allez, cette fois tu montes !
J’ai les mains moites, mon cœur résonne jusqu’à mes tempes. Je me sens tout étourdi, çà ralenti autour de moi, le passage, les bruits, les voix. Cette passagère qui vient de me frôler et l’odeur de son parfum qui reste comme si le temps s’était arrêté. Elle vient pourtant bien de monter elle. Les portes se sont refermées, c’est déjà à nouveau le vide avant le prochain métro mais son odeur me colle à la peau. Je ne pensais pas que ça m’imprégnerait autant. Je ne pensais pas que je ne regarderai plus les gens comme avant. J’ai si froid, je tremble, et cette sueur sur mon front. La chaleur m’envahit, mes mains sont gelées, ma salive a du mal à passer.
Allez, monte! Respire un bon coup et monte !
On ne m’avait pas prévenu moi, on ne m’avait pas dit que je découvrirai le désarroi. C’était pourtant si simple avant, on ne se posait aucune question, on vivait sans raison. Et ça te tombe dessus, comme çà et tu deviens incapable de faire le moindre pas ! T’es pathétique mon gars !
Allez, le prochain arrive, tu ne réfléchis pas, t’y vas !
Mais j’ai peur ! Voilà, oui j’ai peur ! Ici ou ailleurs. Je suis là et en dehors de tout. Je vous dévisage tous en espérant que vous n’ayez pas vu que je suis pris en otage. C’est juste un corps, mon corps, j’ai juste à le mouvoir au pire, mon esprit survivra lui. Je suis là mais j’espère que mon âme puisse en échapper si jamais...
Ils n’ont pas survécu eux, et tu crois quoi toi, que tu en ressortirais ?! Mais redescends mon gars, on n’est rien. Ici ou ailleurs. Allez, monte maintenant et au pire tu n’arriveras jamais au prochain arrêt. Et alors ?! Qui se souciera de toi, de çà ?! Cà fait des années que tu prends ce métro, et pourquoi ? Pour avoir l’impression d’aller quelque part, d’être attendu, de rejoindre quelqu’un. Mais il n’y a personne, tu es seul !
Tais-toi !
Saute !
TAIS-TOI !
Saute je te dis ! Avant le prochain métro, saute !
Mais non, je ne veux pas, pas de çà !
Alors monte. Vis comme si tout était possible, comme si rien ne pourrait t’arrêter. Vis pour toi, pour eux. La peur ne te sauvera pas. Vis en ne sachant pas ce que te réserve le prochaine arrêt mais en étant prêt à l’accepter, à faire avec au-delà de ta peur. Va à la rencontre des autres, ouvre-toi. Ecoute un peu ce que certains auront à te dire et peut-être que tu parleras moins à toi-même !

Le prochain métro arriva et il sauta, jamais il ne saura ce que le prochain arrêt lui réservait.

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Alice · il y a
Qu'est-ce que je disais ! ;-)
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