Attente

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Saint-Maur, jeune dans sa tête... croit aux fantômes - du moins ceux qu'il croise dans ses écrits. . Passionné de tout, mais surtout de sa femme !... Sous son vrai nom (il en a un) il a déjà  [+]

À force de respirer tout contre la fenêtre d’abord une heure par ci par là ne me distrayant qu’avec peine de toutes ces multiples et imperceptibles tâches ménagères qui font le quotidien d’une maison bien remplie puis deux puis trois puis des demi-journées entières et maintenant tout le jour la vitre s’est opacifiée des millions d’imperceptibles postillons de ma respiration grasse de nicotine de goudrons et de tous ces miasmes que je ne prends même plus la peine de soigner comme je ne me donne plus le mal de nettoyer la vitre La vitre je l’essuie vaguement du front ça ne suffit pas à en enlever la buée durcie mais ça suffit largement pour apercevoir la rue et même si j’ai de plus en plus de difficultés à observer ce qui s’y passe et qui y passe c’est sans importance parce qu’il ne s’y passe plus rien et plus personne n’y passe depuis qu’ils en ont fait une impasse En attendant rien ne vient plus jamais Comme on est loin du début Au début je n’avais pas une minute à moi j’allais je venais je riais je chantais La rue en bas ne désemplissait pas Elle bruissait sans cesse de conversations de disputes de cris de colère ou d’amour et même parfois les soirs de grande chaleur de vieilles romances qui voletaient et s’infiltraient par l’entrebâillement des persiennes Les persiennes n’ont jamais été réparées et aujourd’hui tout le monde s’en fiche Et puis il y a la chaise La chaise devant la fenêtre et que je n’ai pas remué d’un millimètre Un millimètre ce serait déjà trop car je perdrais de vue ce coin de rue précis où tu as disparu à ma vue Alors la chaise n’a pas bougé elle est exactement où tu l’avais placée quand tu m’as dit que d’ici j’aurais une vue parfaite pour me voir revenir Plus le temps passe et plus j’ignore s’il reste un bout d’appartement derrière moi dans mon dos immobile mais je sais que j’existe encore un peu par ce qui ressemble à l’apparence floue de mon reflet sur la vitre La faim c’est sans doute ce qu’il y a de plus insidieux et pendant un long moment c’est ce qui m’a éloigné le mieux de la vitre et de la rue Une fois éliminée une fois oubliée j’ai pu enfin vraiment me poser et attendre sans bouger Autant ne pas bouger quand on attend assis le front collé à la vitre opaque C’est si facile d’attendre quand on oublie qu’on attend ou même qu’on ne sait plus ce qu’on attend ni qui et quand à force d’attendre on devient comme la rue en bas entièrement vide...
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