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Ascension

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Chloé Laroche

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Un jour, il y a fort longtemps, dans les années quarante, en Maurienne, un jeune homme de trente-cinq ans environ décida d'emmener trois jeunes de quatorze, douze et seize ans pour faire l'ascension de la Croix des Têtes en Maurienne.

Il était prêtre et a fait partie de la Résistance, véritable héros de sa région.

Ce jour-là d'août, les quatre hommes laissèrent leur corde dans le sac et grimpèrent comme des chamois dans ces parois magnifiques.

Le jeune prêtre avait proposé d'emmener Jean, un jeune garçon de quatorze ans qui souffrait d'asthme. "Le bon air de la montagne lui fera du bien", avait-il dit à ses parents.

Effectivement, lorsque Jean était en montagne, il allait beaucoup mieux et se trouvait transfiguré. Malheureusement, la montagne l'aimait tant aussi qu'elle l'a emporté.

Ils se trouvaient dans une montée de barre rocheuse, dans une paroi, non encordés, lorsque soudain le mauvais temps qui tournait à l'orage leur fit peur. Le meneur décida de redescendre les jeunes gens. Jean se trouvait devant, décalé un peu sur la droite. Il savait se tenir sur les rochers et grimper sur les parois comme un chamois. Mais lorsqu'il voulut redescendre, la pierre sous son pied céda et il chuta, sur plus de trente mètres.

Le jeune de seize ans le vit tomber et il se rappelle encore de ce corps disloqué, de ce cerveau éclaté, des membres écartelés par la paroi et les rochers en contrebas. Son ami était mort, si brutalement, si violemment. Sans qu'il ait pu lui dire adieu.

Il fit preuve d'un grand courage, protégeant en même temps le jeune de douze ans, car avec le prêtre, ils durent porter le corps jusqu'au torrent le plus proche, avant d'aller chercher des secours pour emmener la dépouille. Ce fut horrible pour ces trois humains qui ne voyaient plus en la montagne que la résonance de leurs rires quelques heures auparavant. Ils pensaient au fait qu'ils ne s'étaient pas encordés. Seraient-ils encore vivants s'ils avaient été solidaires de leur ami avec la corde installée, emportant les quatre hommes dans un destin final, ou bien auraient-ils pu lui éviter cette chute terrible ?

Les parents du jeune décédé acceptèrent la mort de leur fils sans porter plainte ni chercher d'ennui au meneur de cette randonnée. Ils dirent que c'était le destin, sans vouloir faire porter sur quiconque le poids d'une responsabilité incombant au seul tort d'une pierre qui se décroche, entraînant la chute d'un ange.

Lorsque je contemple les créateurs d'un mandala de sable, j'observe qu'ils créent une oeuvre magnifique, comme la femme porte son bébé en elle durant neuf mois, pour ensuite le donner à la vie.

Puis, le mandala reste là durant des jours, offert à la contemplation de ceux qui savent l'apprécier, dans le silence des yeux qui savourent sa beauté. Jusqu'au jour où l'on ramasse le sable coloré, le ramenant en une urne qu'on offre à la rivière ou aux vents, tel l'être humain qui retourne à la source des âmes, après avoir offert le déroulement de sa vie aux regards des personnes proches qui resteront à jamais habitées par le mandala de son existence désormais finie ici-bas.
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