Ascenseur

il y a
2 min
3
lectures
0
Les portes de l’ascenseur se referment. Il s’engouffre à l’intérieur de la cabine à la dernière seconde. C’est lui. Son regard croise le mien. Pas d’émotion. Il se retourne et se place à ma gauche. Il m’a forcément reconnue. Cela fait six ans que je ne l’ai pas vu. Il nous reste six étages à descendre avant que ces portes ne se rouvrent. Vite, j’ai besoin de respirer. Et d’emmener mes enfants loin de lui.

Les portes de l’ascenseur se referment. J’ai envie qu’on se barre d’ici rapidos, ces murs blancs ça me stresse. Et maman qui parle, qui parle et qui ne s’arrête pas. Il rentre à la dernière seconde dans la cabine. Je le reconnais, elle aussi. Elle s’arrête de parler. Il ne me regarde même pas et me tourne le dos. Il me montre sa nuque ce connard. J’ai envie de lui hurler tout ce que j’ai retenu pendant toutes ces années. Et que ce soit violent. C’est pas parce que tu n’es resté que deux ans dans nos vies que tu avais le droit de nous quitter comme ça ! Je fixe ses cheveux, un peu plus gris que dans mon souvenir, pour arriver à me contenir. Essaye seulement de poser les yeux sur Anna et je te mets mon poing dans la gueule ! Anna, que je protégerais de tout et surtout de toi. Je tente de me concentrer sur sa petite main dans la mienne mais j’ai les phalanges qui me démangent. Il faut que cet ascenseur se dépêche parce que je ne vais pas résister longtemps.

Les portes de l’ascenseur se referment. J’aime pas les hôpitaux. Mais j’aime bien les ascenseurs. Maman m’a laissé appuyer sur le bouton. J’ai dû me mettre sur la pointe des pieds mais j’ai réussi. Un monsieur rentre. Très vite. J’ai peur qu’il se fasse couper en deux par les portes. C’est ma copine Julie qui m’a dit que ça arrivait parfois. Mais pas cette fois, il est toujours en un seul morceau. Il est grand. Il regarde maman bizarrement et elle arrête de parler. Lucas commence à serrer ma main un peu plus fort. Il me fait un peu mal. Juste un peu. J’essaye de lui dire mais il ne m’écoute pas. C’est comme si il était devenu sourd. Ou il fait semblant de ne pas m’entendre pour prouver que c’est lui le plus grand. Mais bientôt je serai plus grande et plus forte que lui. Il ne va pas rester mon grand frère toute ma vie. J’ai six ans maintenant, plus que dix ans à attendre et je l’aurai rattrapé. Je lui explique ça aussi. Mais il ne m’entend pas et il continue de serrer ma main. Je veux sortir d’ici et aller jouer chez Julie.

Les portes de l’ascenseur se referment. Je me faufile entre elles. Je croise son regard. Je la reconnais, elle n’a pas changé. Qu’est ce qui m’a pris de me dépêcher? J’aurai dû attendre le suivant. Je me retourne et fixe les portes. Je n’ose pas les regarder. Elle s’est figée comme un glaçon. Je la comprends. Dans mon dos je sens la haine de Lucas. Sa petite sœur lui parle mais il ne réagit pas. Je préfère ça. Il semble au bord de l’explosion. L’atmosphère est irrespirable. Mais je n’ai pas envie que ces portes se rouvrent. J’ai envie que ces six étages qui nous séparent du sol se transforment en soixante, puis six cents, puis six mille. Parce que j’aimerai entendre la voix de ma fille un peu plus longtemps.
0
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,

Vous aimerez aussi !

Très très courts

Plan B

Nicolas Juliam

Je me revois entrer dans la douche, tranquillement, en sifflotant. Je me souviens aussi de cette irrésistible envie de fumer. Celle qui vous tombe dessus n'importe où, n'importe quand. Et faut... [+]