Arrêtez le carnage !

il y a
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Cette injonction s’adressait-elle aux vocalises de la femme du notaire, massacrant Schubert aux heures les plus chaudes ou aux staccatos d’un AK 47 déchaîné ?

Les deux se turent simultanément, laissant place au silence qui suit les cataclysmes. Les volets obstinément fermés pendant la fusillade, s’épanouirent comme roses au printemps sur les interrogations lancées d’un bord à l’autre de la grand-rue.

— Ça venait pas de l’étude ?
— Me semble bien ma foi.
— Mais c’était quoi ce tac, tac, tac ?
— On ne devrait pas tarder à le savoir. La 4 L des gendarmes vire déjà au coin de la place.

Arrachant une aile au passage sur un pilier de la halle, la fourgonnette gendarmesque pilait devant l’étude de Me Pigoine, crachant les deux seuls représentants de l’ordre du canton, réveillés en sursaut pendant leur sieste par les tirs de l’arme automatique.

Dans la plus belle imitation de leurs confrères de la BAC, ils se postèrent de part et d’autre du porche de l’officine et lancèrent les sommations d’usage. N’obtenant pas de réponse, ils s’engouffrèrent arme au poing sous le porche et avalèrent quatre à quatre le grand escalier menant à l’appartement au-dessus de l’étude.

Le notaire, les quatre enfants, le tonton Georges et Marguerite la grand-mère, étaient regroupés au salon. La diva bloquée sur une strophe de « La jeune fille et la mort », gisait devant le miroir de sa chambre dans une mare de sang. Tous avaient rejoint Papy Alphonse, mari de Marguerite, disparu dix ans auparavant à la suite d’une indigestion de chevrotines.

Deux heures après, devant un public abasourdi, les ambulances embarquaient le clan Pigoine and Co à des fins d’autopsie, même si la nature des décès ne laissait aucun doute.

Dès lors, deux questions se posaient :
1) Qui avait crié « Arrêtez le carnage » ?
2) Quel rapport entre la famille d’un notaire de province et ces méthodes mafieuses ?

Pas la peine de courir après l’exécuteur, il y avait longtemps qu’il avait mis les voiles, sans laisser aucun indice à se mettre sous la dent. De toute façon, c’est la PJ qui allait reprendre l’affaire, alors autant retourner à la gendarmerie, reprendre la sieste là où elle avait été interrompue.

Profitant de la défection des autorités, un individu s’introduisit subrepticement au domicile du notaire. Il en ressortit peu après, un tapis sous le bras et s’engouffra dans une berline noire qui discrètement quitta la ville pour les champs.

La réponse à la première question fut très vite apportée par la déposition de son plein gré, du chef de l’harmonie municipale qui, ulcéré par l’affront fait à Schubert n’avait pu s’empêcher de lancer l’ordre impératif, ponctué par les rafales de l’AK. Ce qui excluait tout rapport avec le carnage en question.

Un indice apparu lors de l’identification des corps à la morgue. Les origines de la femme du notaire se révélèrent Italiennes. Y avait-il un lien avec la mafia ?
En remontant l’arbre généalogique on s’aperçut que Papy Alphonse était un sacré coquin qui avait laissé des traces du côté de Piacenza. La femme du notaire n’était autre que le résultat d’une partie de jambes en l’air avec une fille du pays.

En ramenant ce paquet cadeau, à Mamy Marguerite, après la mort en couches de la mère, Alphonse assurait leur avenir avec un autre baluchon de plus grande valeur. Et ce fut le début de la fin. On peut dire que dès lors, la famille eut la mort aux trousses.

*****

Pour comprendre l’importance de l’objet pour lequel des maffiosi n’avaient pas hésité à fumer une famille entière en terre étrangère, il fallait remonter aux coupures de presse Italienne du siècle précédent.

« En février 1997, alors que le musée de Piacenza La Galerie Ricci Oddi était fermé pour des travaux, le tableau intitulé Portrait d'une Dame du peintre Gustav Klimt avait été subtilisé sans laisser de traces. Le 10 décembre 2019, des jardiniers qui nettoyaient le mur externe du musée le retrouvait par hasard ».
Authentifié par le directeur du musée Massimo Ferrari ce tableau n’était pourtant qu’un leurre, l’authentique étant entre les mains de la femme du notaire qui l’avait reçu des mains de Papy Alphonse avant qu’il ne rende l’âme pour cause de tir à bout portant.

« Le Portrait d'une Dame, un tableau de 55x65 cm, réalisé en 1916/1917 par Gustav Klimt, avait fait l'objet d'une grande publicité en 1996 lorsqu'une étudiante en histoire de l'art, Claudia Maga, avait contribué à découvrir que sous un premier portrait s'en cachait un autre ».

C’est à ce portrait représentant l’épouse de feu Leonardo, l’ancêtre, que la famille Mazzocchi vouait un culte, le gardant bien au chaud dans le giron de ses femmes, après l'avoir subtilisé, jusqu’à ce que Papy Alphonse mette la main sur la filleule du parrain local et sur le jackpot au décès de celle-ci.

Le lendemain du carnage une berline noire passait la frontière en direction de Piacenza. Le contrat avait été exécuté.
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Long John Loodmer  Commentaire de l'auteur · il y a
Ce Ttc accouché peut-être un peu trop vite a subi depuis l'origine qq modifs. Toutes mes excuses auprès des premiers lecteurs et licence totale aux suivants pour faire part de leurs critiques. Le polar est un genre qui ne supporte pas l'approximation.
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JAC B · il y a
Top ton histoire Loodmer! La construction qui nous fait remonter aux sources (originales et documentées) accroche bien le lecteur tout comme ta plume que tu minores par trop de précipitation : c'est ce qui fait son charme et sert bien l'intrigue . Même les L qui par quatre font voler les pandores arrivent à en laisser une sur le carreau de la halle malgré le carénage parallélipédique du bolide. C'est dire que l'affaire est rondement menée. Et puis il y a une bien belle phrase d'amorce : "Les volets obstinément fermés pendant la fusillade, s’épanouirent comme roses au printemps sur les interrogations lancées d’un bord à l’autre de la grand-rue." L'imbrication d'un tableau volé et l'histoire d'une famille bourgeoise de province, une riche idée pour faire de la fiction une histoire vraie ...presque! Merci Loodmer, c'est drôle, vivant, y'aurait de quoi étoffer le scénario d'un film.
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Long John Loodmer · il y a
Tj ce diable de scénario. J'ai vraiment raté ma vocation. Tu n'as pas lu en diagonale pour dénicher ces petits détails qui font mes délices d'écriture. C'est moi qui te remercie.
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JAC B · il y a
je ne lis jamais en diagonale mais prends la tangente quand ça me laisse indifférente .
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Meri Bastet · il y a
belle extrapolation tirée de l'histoire vraie d'un tableau retrouvé. Evidemment bien écrit comme toujours.
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Long John Loodmer · il y a
Cet événement m'a bien aidé, même si j'ai démarré par le titre et poursuivi sur le tableau.
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Napoléon Turc · il y a
Une histoire menée tambour battant, et le style qui va avec !
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Long John Loodmer · il y a
Le style est indispensable 🤣
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Napoléon Turc · il y a
Oui, pour bien écrire, il faut un style haut...
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Long John Loodmer · il y a
Ou un clavier azerty
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Napoléon Turc · il y a
Attention, un clavier azerti en vaut deux ! :-)
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Long John Loodmer · il y a
J'aime ton esprit d'à-propos
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Napoléon Turc · il y a
Merci, mais bon...
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Picardy · il y a
J'ai adoré ! Comme tu nous y a habitué : suspense, belle écriture et chute rapide et inattendue. Bravo
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Long John Loodmer · il y a
3 critères auxquels je m'attache. Merci !
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Amandine B. · il y a
Alors je ne suis pas experte en Polar mais j'ai adoré ! Et je suis bluffée parce qu'un bon polar en Ttc ça relève du défi ! J'aime le ton, on a limpression que les images défilent devant nous sans quil y ait besoin d'en faire des caisses, c'est dynamique ... bref, chapeau !
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Long John Loodmer · il y a
Tu me ravis de mettre l'accent sur ce à quoi je m'attache dans mes petits textes : courts, allègres et cinématographiques.
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Amandine B. · il y a
Ah ben voilà tout y est alors ! :)
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Fred Panassac · il y a
Comme quoi un Klimt sublime peut cacher une croûte mortifère. Joli trompe l’œil pour un carnage, Loodmer. La fin est impossible à deviner.
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Long John Loodmer · il y a
C'est le propre du polar. Pour moi au début elle l'était aussi 🤣
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Fred Panassac · il y a
J’adore ce concept de l’histoire qui trouve elle-même sa propre évolution et sa propre fin, quand on n’en perd pas le contrôle, bien sûr. Tu as bien négocié le tournant, à mon avis. 👍🙂
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Fleur A. · il y a
Ça me plaît
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Long John Loodmer · il y a
Moi aussi, du moment que ça te plais
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Jeanne en B · il y a
Ha ha, pas mal du tout ! Un bon polar :-)
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Long John Loodmer · il y a
C'est un genre que j'affectionne, ça change de la romance. C'est l'alternance
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Jeanne en B · il y a
Et je trouve que tu t'en sors bien. Je suis très fan de polars
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Fred · il y a
j'ai adoré , super
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Long John Loodmer · il y a
Merci. J'apprécie

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