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Un distributeur d'histoires, comme un distributeur de friandises! J'adore l'idée. Dans ce temps clos de l'attente, pétri d'impatience, d'angoisse parfois, le réconfort d'un petit papier doux  [+]

Image de Été 2019

Juin s’est immobilisé sur le village. Elsa adore ce mois de l’année. L’herbe devient folle dans les prés, elle fleurit et grandit tant qu’elle la dépasse. Et bientôt, la petite fille sait qu’elle ira en repérage dans le verger de sa grand-mère.
La vieille dame devenue lourde et lente, quand elle veut contrôler la maturité de ses fruits, laisse des sillages écrasés qui font pester celui qui vient faucher. C’est pourquoi elle envoie l’enfant. Elsa est si légère qu’elle fend les herbes sans les coucher. Alors, dès qu’elle a le droit de courir jusqu’au cerisier, des burlats qui rougissent déjà, c’est la fête. La petite fille fait des sillons imperceptibles qui se referment derrière elle ; elle joue à disparaître dans le pré, les bras allongés en somnambule. Louise ne la voit plus, elle l’appelle et la cherche des yeux. Elsa agite la main au-dessus des grandes herbes qui lui chatouillent le cou. Ça sent bon, c’est joyeux et plein de formes différentes. On dit de l’herbe mais c’est une multitude infinie de grelots, de lances minuscules, de hampes pyramidales, d’épis, de corolles et de grappes.

En courant, Elsa lève des sauterelles, des papillons. Son rêve, ce serait de courir des heures entières dans les hautes herbes accueillantes, frissonnantes. Parfois, elle plonge, le nez à terre et puis elle roule sur le dos et elle regarde glisser les gros flocons blancs des nuages à travers l’argent des herbes. Parfois, elle s’immobilise puis accompagne d’un lent bercement du corps la houle que le vent pousse dans une douce respiration. Si un jour elle va au paradis, elle voudrait que ce soit aussi beau qu’un grand pré de juin.

Quand elle a bien couru, sauté, cabriolé, elle va choisir sur une branche basse de l’arbre quelques cerises, presque mûres mais pas entièrement pourtant et grand-mère Louise dit :
— Dans une petite semaine, si le soleil donne bien, je dirai à ton père de venir faucher, les cerises seront bonnes à cueillir.

Alors, les plus mûres, Elsa les garde cachées pour faire durer le plus possible, les herbes folles. Puis elle repart en exploration jusqu’au vieux poirier qui donne de tout petits fruits ronds un peu granuleux, ce sont des poires de gros-bois, pas fameuses en bouche mais délicieuses quand elles sont cuites au vin. Elles sont à peine ébauchées. Ensuite elle examine les mirabelliers et les quoichers aux branches trop hautes pour qu’elle rapporte le moindre fruit, mais elle informe sa grand-mère sur la taille des poires, des quetsches ou des mirabelles. Elle vole à ras de terre et la vieille dame regarde l’enfant ivre et légère, et lui crie :
— Fais quand même attention, ma Fleur Bleue, ne couche pas l’herbe, ton père n’aimerait pas...

Mais ces recommandations, c’est juste pour la forme, car ce qu’elle regarde devant elle, c’est l’enfant d’autrefois, l’enfant qu’elle a été et qui lui est rendue le temps des herbes de juin.

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