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Frisk

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En compétition

Le coucou venait de sonner six heures lorsqu’on sonna à la porte d’entrée. La vieille dame arrangea son chignon gris, empoigna sa canne en hêtre posée contre le mur et traversa lentement la cuisine et le couloir du petit appartement. Dans l’entrée, elle se haussa sur la pointe des pieds pour regarder dans le judas et elle ouvrit la porte.
— Bonsoir Madame Blanchard. Inspecteur Schmitt, dit-il en présentant son badge. Pourriez-vous m’accorder quelques instants ? Je vous promets que je ne serai pas long.
Elle l’invita à entrer et au bout d’une traversée interminable de l’appartement, elle le fit asseoir sur une chaise en formica. Une cocotte-minute chantait sur la cuisinière. Sur la table, des épluchures traînaient sur une planche à découper.
— Je préparais ma soupe, Monsieur l’Inspecteur, je peux vous faire un café si vous voulez.
Il acquiesça.
— Merci madame Blanchard. Je viens pour…
— Vous pouvez m’appeler Marinette, fit-elle en chevrotant.
Il rit puis reprit.
— La présidente du syndic a signalé des vols de colis Amazon dans votre immeuble. D’après elle, quelqu’un se sert dans les boîtes. Le préjudice est évalué aux alentours de trois mille euros. Je fais le tour de l’immeuble. Vous n’avez rien remarqué d’étrange ?
— Oh non, moi je ne comprends rien, je suis de la vieille école, vous savez. Je n’utilise pas l’Internet, je ne sais même pas me servir d’un téléphone portable. Puis si c’est pour faire comme ces gamins toujours collés sur les écrans. Ils passent la journée à se dandiner comme ça…
Elle fixait sa main et se trémoussait de droite à gauche en faisant des grimaces. Elle reprit, l’air plus sombre.
— J’essaie de vivre honnêtement avec mon petit-fils. Ce n’est pas simple pour nous, vous savez ma fille et mon gendre sont décédés il y a six mois.
Elle se dirigea vers le placard et y prit une tasse.
— Oh pardonnez-moi je l’ignorais, dit l’inspecteur.
Elle déposa le récipient devant l’inspecteur et se rapprocha de la cafetière.
— Accident de voiture. Ces choses-là, ça pardonne pas.
Elle revint vers lui et lui versa un trait du liquide brûlant. Il resta silencieux quelques instants.
— Pardonnez-moi, Madame Blanchard mais, pensez-vous que ce soit… votre petit-fils qui ait commis ces larcins ?
— Oh non Monsieur l’Inspecteur. C’est un bon garçon. Là, par exemple, il joue dans sa chambre, comme tous les soirs. Et je ne dors que cinq heures par nuit, donc s’il se faufilait en douce, je l’aurais vu, croyez-moi !
L’inspecteur Schmitt se laissa aller sur le dossier du siège.
— À vrai dire, vous êtes la première personne à m’avoir ouvert. Je crains que l’enquête ne progresse pas…
— Ils passent leur vie au travail. Heureusement pour eux que je veille.
— Vous n’avez pas d’idée sur l’identité du voleur ?
Elle pencha la tête en se tenant le menton. Puis au bout de quelques secondes, elle hocha la tête.
— Tous les habitants de cet immeuble sont d’honnêtes gens. Je suis certaine que cela vient de l’extérieur.
L’inspecteur plissa les yeux.
— Vous pensez aux livreurs peut-être.
Elle prit une moue dubitative, mi-figue, mi-raisin, comme pour l’encourager. Il continua.
— Peut-être que l’un d’eux utilise un pass pour rafler la mise après les livraisons, en fin de matinée. Oui, c’est sûrement ça.
— Oh moi le matin à part des Des chiffres et des lettres, je ne regarde rien, donc c’est tout à fait possible.
Il avait fini son café.
— Bon, je ne vais pas vous déranger plus longtemps madame.
Ils se levèrent tous deux et traversèrent la maison jusqu’à l’entrée.
— Merci Madame Blanchard et bonne soirée à vous deux.
— De rien Monsieur l’Inspecteur, et bon courage dans votre enquête.
La vieille dame referma la porte. Elle attendit quelques secondes et vérifia l’œilleton, puis elle jeta sa canne au sol et se dirigea d’un pas rapide vers la cuisine. Un jeune garçon avait déjà pris la place de l’inspecteur sur la chaise en formica.
— Ah Augustin ! Tu l’as entendu partir ? Bien, voyons voir.
Elle s’empara de la boîte à sucre en métal et la vida, puis sortit un petit paquet d’un double fond. Elle l’ouvrit et tira du paquet une chaîne dorée. Un pendentif en diamant scintillait à son extrémité.
— Ah ah ! Madame Allibert ne se refuse rien. Au moins deux-cents euros sur eBay, ajouta-t-elle en glissant le pendentif dans sa poche. Je t’avais dit qu’on paierait les frais pour ton école de graphisme à temps.
Le jeune garçon enlaça sa grand-mère.
— Merci mamie. C’est gentil de faire ça, mais tu devrais arrêter d’utiliser le pass du facteur. Imagine que les flics trouvent des preuves et qu’ils viennent t’embarquer.
Marinette se planta alors devant lui, ses poings sur les hanches.
— Qu’ils essaient pour voir !

PRIX

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En compétition

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CLASSEMENT Très très courts

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Vrac · il y a
Elle ne m'avait pas paru claire claire, Marinette, à vrai dire
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Jean Calbrix · il y a
Un texte très humoristique au final car la vieille dame a su n'éveiller aucun soupçon chez le policier ! Bravo, Frisk ! Vous avez mes cinq voix !
Si vous avez un peu de temps, je vous invite à lire mon sonnet "Indian song" en finale été ? https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/indian-song

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Marcheur · il y a
Pas très pro, cet inspecteur! Des chiffres et des lettres le matin: il passe à côté! Plaisanterie à part, merci pour ce texte bien sympa.
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Philippe Clavel · il y a
une petite histoire au style vif, plutôt bien construite
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Samia.mbodong · il y a
Ha ha Marinette est de la vielle école ! elle est exceptionnelle votre Marinette qui sait même pas utiliser un téléphone portable.
Très amusant et bien écrit.
Bravo et merci je soutiens.

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Seyton · il y a
Une belle petite nouvelle ! Combattive petite mamie qui lutte sans y penser contre l'entreprise géante et sans âme. Qu'importe l'irréalisme, personne ne se soucie des petites disparitions de colis...
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Frédéric Chaix · il y a
Votre histoire est complétement irréaliste : "Des chiffres et des lettres" c'est l'après-midi !!!! Plus sérieusement votre histoire est excellente et votre vieille voleuse bien cool (du moment qu'elle n'habite pas dans mon immeuble, cela va de soit).
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Christiane Tuffery · il y a
quant à moi, je n'ai jamais vu une boite à sucre métallique avec double fond
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Frisk · il y a
Oui, c'est totalement irréaliste cette histoire de boîte à sucre ... :( Et quel inspecteur s'ennuierait à embêter une petite mamie pour un vol de colis Amazon ? C'est vraiment n'importe quoi cette histoire. è_é
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Frédéric Chaix · il y a
Surement parce que vous avez mal cherché !!!
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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre bien conçue et attachante, Frisk ! Mes voix !
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Laurence Delsaux · il y a
C'est bizarre, tout est tellement prévisible et pourtant j'ai souri ++
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jusyfa *** · il y a
Augustin est à bonne école, il a de l'avenir ! Bravo pour ce polar de qualité. Je vote +5***** et je m'abonne.
Julien.
Si ce n'est pas encore fait et seulement si vous en avez envie, je vous propose "Sofia" , un polar en compétition des nouvelles.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sofia-4
à bientôt peut-être.

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