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Apocalypse

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Marie-Françoise

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S’ennuyer sur une plage, n’est pas dans les habitudes d’Anthéa. Les copains sont absents pour trois jours, le ciel est couvert, l’atmosphère légèrement humide, le sable colle entre les doigts de pieds. Les méduses offrent un ballet aquatique merveilleux aux yeux des baigneurs. Semblent attendre leurs prochaines victimes dans la grâce et la volupté. Le temps rêvé pour charmer et attirer les estivants peu méfiants.
Je dois réagir rapidement songe Anthéa si je ne veux pas m’endormir sur le sable. Délaissant le bouquin d’Antoine Silber « Les cyprès de Patmos », elle se lève d’un bond. Le range précautionneusement dans son sac, secoue sa serviette et enfile ses tongs. Je me boirai bien une Agua limon faute d’ouzo.

Le parfum de la brise marine, les cris rauques des mouettes, le bruit des vagues s’écrasant sur la digue émerveillent et apaisent la promeneuse depuis son enfance. La Tramontane commence à souffler en rafales, soulevant le sable par intermittence. Le ciel se montre subitement menaçant. Les derniers baigneurs désertent la plage en courant, fouettés par les grains qui voltigent.
Anthéa, se réfugie à La Taverne, le bar du port d’où elle pourra contempler la plage à l’abri. Des types en sandales, bermudas, tee-shirts, cheveux ébouriffés et non rasés sirotent des bières en attendant la fin du mauvais temps, imperturbables. Elle décide, à l’aide de son mobile, de saisir la tempête qui se rapproche. De filmer le paysage marin en pleine rage. La nature se déchaîne devant elle. Dévoilant toute l’étendue de sa beauté, à la fois somptueuse et féroce. Lui revient alors en mémoire quand elle avait six ans la séance de cinéma avec son père, Fantasia, quand Mickey joue à l’apprenti sorcier, la situation lui échappe, tous les objets s’emportent dans une danse effrénée.
La soudaine violence des éléments a cloué le bec des oiseaux qui d’ailleurs se sont évaporés. Les nuages s’épaississent, se font plus noirs. Des éclairs grandioses zèbrent les flots. La mer s’agite de plus en plus, les vagues claquent, déferlent dans une majesté à couper le souffle, explosent l’une après l’autre sur la jetée en pierres, redoublent d’animosité. Leurs fracas immenses couvrent la violence du vent. L’écume est tellement dense et compacte qu’on ne distingue plus la couleur de l’eau. Son corps frissonne devant cette impressionnante féérie.
La foudre implacable frappe le mât d’une minuscule embarcation dérivant sans personne à bord, semble-t-il. Un éclat de feu déchirant, l’éblouit. Puis, s’éteint en crépitant dans l’immensité liquide. Elle reste bouche bée, médusée par le spectacle qui vient de se dérouler devant ses yeux. Eblouissant, étonnant, magnifique, grandiose s’écrie-t-elle !

Aussi soudainement qu’elle s’est déchaînée, la mer s’apaise. Le vent souffle encore mais modérément. La pluie a stoppé net.
Au loin, un homme vient de siffler son chien. Ce dernier accourt. Trempé et penaud, sur sa médaille Bosco en lettres d’or. L’odeur qu’il exhale à présent infeste l’entrée du bar, juste ce qu’il faut pour décider Anthéa à quitter son refuge.
Elle reprend sa déambulation à travers les rues détrempées. Les tuiles orange ruissellent encore. La ville entière s’anime peu à peu. Les boutiques désertes donnent un sentiment d’infinie tristesse, les commerçants s’attèlent au nettoyage de leurs devantures, les libraires ressortent leurs tourniquets. Les habitants balaient devant leurs portes. Ramassent les quelques pots de fleurs encore intacts, échoués sur le trottoir.

Ses pensées courent du bouquin de Silber au phénomène qu’elle a contemplé. D’aucuns parleraient d’une vision d’Apocalypse. Or l’auteur raconte Patmos, cette île grecque où l’apôtre Saint Jean est tombé en extase, avant d’écrire L’Apocalypse dans ce même lieu.
C’est dingue cette coïncidence ! s'écrie-t-elle
Le silence s’est installé à nouveau progressivement, les cris des mouettes le troublent, la mer n’a pas encore retrouvé son bleu intense piqueté de tâches turquoise, le clapotis des vagues subsiste, le sable humide tassé est devenu dur, l’air embaume le sel. Je vais reprendre mon livre et continuer à rêver encore un peu de la Grèce.
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La luciole · il y a
L'Apocalypse en écho à la lecture de la narratrice, c'est très joli. Mon vote
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Epicurien78 · il y a
Une tempête en Méditerranée, aussi fulgurante que dévastatrice, comme une colère de ces femmes au sang chaud du sud, des Carmen de la vie ordinaire...
Tiens, revoilà le chien Bosco... ;)

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Marie-Françoise · il y a
yes, vous êtes un des rares à avoir remarqué la présence du toutou à sa mémère, mais c'est normal puisque vous lisez tous les textes dans la foulée !
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Asleon50 · il y a
Vous décrivez à merveille ce paysage apocalyptique. J'ai bien aimé l'analogie que la narratrice fait avec Mickey dans Fantasia 😉
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Joëlle Brethes · il y a
Oups !...
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Marie-Françoise · il y a
Que veut dire votre oups ? Aimé pas aimé ?
Lisez Danse macabre

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Joëlle Brethes · il y a
J'ai aimé, bien sûr, mais j'ai visualisé cette "violence de la nature" et j'ai frémi en la reliant à la lecture de votre narratrice qui ajoute une nuance de fantastique à votre texte. :)
Quand je n'aime pas, je passe mon chemin ! ;)

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Marie-Françoise · il y a
Merciiiiii
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Grenelle · il y a
On ne sait jamais qui est le personnage et qui est l'auteur. Certains textes sont comme un tableau cubiste, déconstruits.
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Marie-Françoise · il y a
Merci Grenelle et ? Avez-vous aimé ?
Lisez danse macabre

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