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Annivercide

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Evelyne Parisse

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La nouvelle arriva dix mois plus tard, à la même heure de la nuit.
2h45 du matin.
Avec un jour, seulement, de décalage.

Terrorisée, la dormeuse, réveillée par le vacarme, se recroqueville dans son lit.
Ils sont trois.
Lui, vocifère. En face de lui, un silence, mortel.
Mon dieu, faites qu’elle parle !
Bientôt, l’enfant qui se confond avec l’horreur aigüe du corps humilié, violenté, meurtri, de sa mère, supplie.
Elle-même, ratatinée comme un chiffon, la dormeuse guette une intervention des voisins.
Une sirène de police va retentir.
Elle va bientôt percevoir la clameur de gens alertés par le tumulte.
Ne se trouve-t-il personne pour maîtriser le fou. QU’IL SE TAISE !
Mais non.


Elle n’est plus qu’une pauvre chose. Rien d’autre qu’une bête qui sent l’abattoir, un porc après lequel le porcher court avant de l’égorger pour le faire griller.
Dans son enfance, elle a connu ça, les cris hystériques du goret essayant de se soustraire à son bourreau, dans l’enclos.
Elle n’est qu’une chose qui étouffe sa tête contre l’oreiller.
Quand le silence vient, la crainte d’un irréparable plane, comme un oiseau de proie. Qui guetterait, au sol, un soubresaut.
Au milieu du lit, les yeux aveuglément plissés d’Éva refusent de s’ouvrir.
Alors, la déferlante. Un deuxième assaut. Violence d’un barrage qui cède.
Le corps d’un homme hors de ses limites, l’inhumain échappant à sa cage.
L’effroi s’étend comme une tâche de sang.
Seule résistance, le déchirement continu, sans reprise d’air de l’enfant.
Dans ce trio de voix, une absente. La mère. LA FEMME.
La dormeuse s’est glissée, atone, dans cette peau réduite à néant.
Un long temps s’écoule. Longtemps.

Elle se lève enfin. Écoute. RIEN ?!
Aucun rai de lumière au bas de la porte, donnant sur le couloir de l’immeuble.
Au réveil qu’elle a mis une éternité à regarder, est inscrit ce qu’elle craignait de découvrir. 2h45 du matin.
Elle fonce sur le balcon .Personne en alerte !
La lune est dans sa plénitude. La grosse boule, plantée dans le rez-de-jardin de la vieille dame du dessous, amorce son fondu enchaîné du bleu au vert.
Un hélicoptère affole ses pales au dessus de l’hôpital militaire.

À 2h45 du matin, voilà dix mois, dans la nuit qui suivait la journée « Contre les VIOLENCES FAITES AUX FEMMES »

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