Ange

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Bienvenue dans mon impitoyable univers où les personnages sont face à une dure réalité, où les personnages ne sont pas sûrs d´en sortir vivant. Univers où le bonheur est éphémère et peut  [+]

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Métro. Vendredi, 15 heures.

Je suis avec mon fils Eliott, deux ans. Je ne sais pas pourquoi mais aujourd’hui, le métro est plein à craquer. Ça me stresse. J’aimerais une place assise au moins pour lui. Il y en a bien une qui est libre mais elle est à côté d’un gars louche. Il porte de vieilles fringues et a l’air de ne pas s’être lavé les cheveux depuis une dizaine d’années. Je balaie du regard le wagon. Il y a de tout. Des jeunes qui parlent fort et mâchent du chewing-gum, un couple de retraités qui semblent s’aimer comme au premier jour, un groupe de filles qui pianotent sur leur smartphone, un homme qui lit un bouquin énorme, une fille qui fait un bracelet avec des élastiques, un gars qui mange des chips et en fout partout, une mère avec une poussette, qui semble déjà être enceinte du suivant (à moins qu’elle n’ait toujours pas perdu le ventre du premier). Ah ! Une place libre à côté d’un homme assez mignon dans son petit costard gris. J’installe mon fils à côté de lui et je reste debout en attendant d’avoir une place assise. Bon, il est beau mais pas très galant. Il aurait pu me laisser sa place. Quand bien même, j’aurais sans doute répondu « Non, c’est bon ! » en souriant comme une conne pour faire bien. Genre je suis à l’aise sur mes talons de dix centimètres, même pas mal !

C’est étouffant. Tant de monde. Un arrêt. Bien sûr les personnes qui sortent sont celles qui étaient déjà debout, ça ne m’avance à rien ! La place à côté du gars louche reste cependant vide. Les gens préfèrent encore rester debout que d’être à côté de lui. Tu m’étonnes !

Deuxième arrêt, toujours rien. Eliott est super calme. Il tient son doudou dans les bras et semble s’endormir. Je le vois de dos. Sa tête flanche vers la droite. Il est trognon ! Je me demande pourquoi est-ce qu’il est aussi crevé. C’est sûr, la nounou ne lui a pas fait faire sa sieste.

Mon téléphone sonne. C’est le bureau. Je ne sais pas pourquoi je travaille à 75 % alors que les 25 % du temps restant, on m’appelle sans cesse. J’hésite mais je réponds parce que je suis consciencieuse, ou trop bête.

— Comment ça le dossier de Mme Duverche est perdu ? Mais ce n’est pas possible. Demandez à Mme Henry. Comment ça, elle n’est pas là ? Ah, en arrêt.

Troisième arrêt. Ça se bouscule. Le monsieur en costard se lève. Un autre passe devant. Une dame aussitôt prend sa place.

— Je repasse au bureau si vous voulez.

Je lâche mon téléphone par terre.
Mon fils ? Mon fils ? Eliott ? Il n’est plus assis. Je hurle comme je n’ai jamais hurlé de ma vie. La porte est en train de se refermer. Je me précipite pour passer avant qu’elle ne se referme. Au passage, je bouscule une vieille dame qui s’offusque.

— Non mais ça va pas ?!

Je suis très polie d'habitude, mais là, franchement, la vieille, je m'en contrefiche ! De justesse, je passe. Je cherche du regard mon fils. Je ne vois rien d'anormal. Mon Dieu, on a pris mon fils alors que j’étais à un mètre de lui ! C’est dingue. Mon cœur bat à toute vitesse. J’ai l’impression que chaque seconde dure une éternité. Je bouge frénétiquement la tête de gauche à droite, de droite à gauche. En haut des escaliers, j’entends des cris. Je reconnais la voix de mon Eliott. Je monte les marches comme une furie pour suivre sa voix. Deux hommes se battent, le monsieur que j’ai vu dans le métro et que j’ai trouvé louche est en train de tirer Eliott des bras du monsieur en costard. Il avait vu avec quelle subtilité le monsieur en costard avait réussi à m’enlever mon fils. Je hurle si fort que le monsieur n’insiste pas et court à toute allure. Je prends Eliott des bras du monsieur louche qui en fait venait de me rendre le plus beau service qui soit. J’embrasse mon fils de toutes mes forces, il semble sonné par tout ce qui vient de se passer. Du coin de l’œil, je vois l’homme qui s’en va. Je lui cours après.

— Je vous remercie monsieur.
— Je vous en prie.

Je suis surprise par sa voix suave et délicate. J’aurais aimé lui faire un beau discours, un cadeau, un baiser, il a quand même récupéré ce que j’ai de plus cher au monde. Je n’ose même pas imaginer ce que ce fou voulait faire de mon fils. D’un coup, je me sens si nulle par la réaction inappropriée que j’ai eue la première fois que j’ai vu cet homme. Je lui demande :

— Vous vous appelez comment ?
— Sami, répond-il.
— Je ne sais pas comment vous remercier.
— La prochaine fois que vous me croiserez dans le métro, n’hésitez pas à vous asseoir près de moi. Parfois les escrocs sont en costard.

Sami, son prénom résonne en moi comme celui d’un ange et chaque fois que je prends le métro, j’espère le croiser.

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