Amour et crime

il y a
2 min
2
lectures
0
Emmanuel le sait, il n’a plus le choix. Il aurait pu avoir une chance d’exprimer son libre arbitre s’il était seul dans la confidence, ça oui. Mais tout le monde est au courant. À chaque sortie il sent le regard inquisiteur de son voisin, du concierge, de la vendeuse à la caisse du supermarché. Même les yeux de son chien l’emplissent d’une profonde tristesse et d’un sentiment de culpabilité.
Mais comment assumer ?
Comment effacer cette partie de sa vie ?
Elle fut d’abord une simple idée, un songe, un idéal mais pendant le confinement ils se sont rapprochés. C’est Emmanuel qui avait fait le premier pas, en la laissant faire comme bon lui semblait. Il commença par la brosser toujours dans le sens du poil, elle apprécia et leur relation grandit sainement.
Puis, pour la tester avec presque une once de perversion il arrêta de la regarder. Il ne lui prêta plus attention. En réponse, elle commença par se révolter, à vriller, à se tordre dans tous les sens, à bondir partout et à occuper tout l’espace. Mais Emmanuel, dans son élan de sadisme n’esquissait à chaque regard qu’un unique rictus malin et bref.
Elle finit par s’épuiser et face au dégout qu’affichait son autre fois bienfaiteur, sombra dans une spirale, s’aplati et perdit définitivement sa vivacité d’antan.
C’est une fois au plus bas, qu’Emmanuel décida de lui tendre à nouveau la main. Cette fois-ci, elle se laissa faire faire. N’ayant plus une once de volonté elle s’assouplit et suivi Emmanuel dans ses déboires les plus profonds.
De son côté lui, s’était façonné un partenaire qui ne pouvait plus lui apporter de résistance.
Il pouvait en faire ce qu’il désirait et rien ne l’en priva. Il la modela, la coiffa, la rasa et la décence n’était plus de mise dans ses schémas pervers.
Lui-même, parfois lucide sur les méfaits de cette relation essaya de couper court, mais rien n’y fit. L’ivresse que lui apportait son pouvoir n’était que trop forte.
Les 2 mois passèrent, et la France s’ouvrit à nouveau mais pas Emmanuel. Lui n’avait plus qu’elle. Elle avait été son projet, elle était maintenant son tout. Revenir en arrière n’était pas une possibilité.
Cette relation houleuse les avait profondément affectés moralement. Il l’aimait, elle l’adulait, il la vomissait.
Les matins il en était arrivé à la contempler, une lame à la main, des envies de meurtres et d’en finir plein la tête. Mais ça se finissait toujours en tendre caresses sous lesquelles elle savait frémir et jouer de ses charmes. Il l’avait modelée selon l’image de son idéal, elle était sienne s’en séparer n’était plus possible.
Aujourd’hui le monde entier est le juge de ses méfaits. Il ne peut plus à supporter ces jugements, ces ricanements, ces regards incessants.
Aujourd’hui il va en finir.
Aujourd’hui sa lame de rasoir en main.
Aujourd’hui une main sur elle, ferme, pour l’empêcher de se défendre.
Aujourd’hui les yeux trop lourds pour être levés et supporter la scène qui se déroule, qu’il déroule, devant lui.
Aujourd’hui, avec une douceur froide dont il ne se savait pas capable, il enfonce sa lame sans qu’aucune résistance ne lui soit opposé. Tout se joue maintenant, il ne pouvait plus abandonner. Il doit lui offrir une fin honorable, « propre ».
Finalement abattu par l’émotion il ripe. Le sang jaillit et est rapidement dilué par ses larmes amères. Il doit reprendre mais sa main est trop lourde pour lever une seconde fois cette lame sur elle. « Je le lui dois, je luis dois au moins ça... », il lève un dernier regard pour la découvrir ensanglantée, défigurée. Jamais, il ne l’aurait envisagée aussi misérable.
Mais pour elle, il se devait de finir. Pour honorer son histoire, pour saluer sa beauté passée.
Il termine son œuvre froidement, et se contemple dans le miroir. Cela faisait au moins 6 mois qu’il ne s’était pas vu sans elle, que sa peau ne transparaissait plus.
Étrangement soulagé dans sa peine, il réalise qu’il va enfin pouvoir tourner la page.
Qu’il ne pensera plus à elle, qu’il était libéré de son emprise, qu’il n’avait enfin plus sa moustache.
0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,